Histoire de la Bretagne Xe XIIIe XVIe XVIIe siècles

IXe-Xe siècle Chronologie des Invasions Vikings (Pierre Bouet)

XIe-XIIIe siècles La Bretagne féodale (Chédeville, Tonnerre) 1987 (Quelques extraits)

La Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles Alain Croix

XIe-XIIIe siècles La Bretagne féodale (Chédeville, Tonnerre) 1987 (Quelques extraits)

André Chédeville- Noël-Yves Tonnerre La Bretagne féodale XIe XIIIe siècle Editions Ouest-France 1987

 

Chevaliers et seigneurs

 

A partir des IXe et Xe siècles, le développement rapide de la cavalerie multiplie les combattants à cheval, la guerre est devenue la spécialité de ceux qui disposent d'un cheval et peuvent s'entraîner régulièrement.

Les relations d'homme à homme, c'est à dire les liens vassaliques, déterminent les pouvoirs et les obligations au sein de l'aristocratie militaire.

Au cour de la première moitié du XIe siècle, se sont constituées les plus importantes seigneuries châtelaines : seigneuries où le titulaire exerce non seulement les droit d'un propriétaire foncier, mais aussi un large pouvoir de commandement dont la caractéristique essentielle est le droit de construire un château.

C'est dans le premier tiers du XIe siècle qu'apparaissent les premiers châteaux en dehors des domaines comtaux.

Avec l'accord de leurs seigneurs, par la suite, d'autres fidèles construisirent leurs châteaux sur un ensemble d'alleux auxquels s'ajoutent les terres concédées par le comte sous forme de bénéfices.

 

Un exemple est celui de la Châtellenie de Châteaubriant.

Les ancêtres de Brient, fondateur du château qui allait porter son nom, ne disposaient que d'une fortune terrienne modeste dans le sud du Comté de Rennes, mais la fortune future de la famille fut conditionnée par la lutte que le Comte de Rennes mena à la fois contre le Comte de Nantes et contre le comte d'Anjou.

Féodalement la nouvelle seigneurie échappait au Comté de Nantes pour être annexée au Comté de Rennes et vers l'Est, elle allait constituer une forteresse essentielle dans le dispositif ducal face à l'Anjou.

 

Seule une minorité de nobles parvient à établir une châtellenie, les autres doivent se contenter d'être les propriétaires de seigneuries foncières. On peut estimer, avec prudence, qu'au milieu du XIIe siècle, il y a eu entre 120 et 150 châtellenies en Bretagne.

Les maîtres de petites châtellenies sont incontestablement des domini, mais sont les plus souvent vassaux de grandes châtellenies. De nombreux seigneurs n'ont pas réussi à fonder une châtellenie, ils ont pu édifier une motte, mais ils restent toujours sous la dépendance d'un seigneur plus puissant qui a conservé les pouvoirs militaires.

 

Le Pouvoir et la vie noble.

 

Le groupe chevaleresque est en train de constituer au XIIe siècle une véritable noblesse avec des usages, des pouvoirs et une manière de vie spécifique.

Le pouvoir de commandement s'est fragmenté au niveau de multiples seigneuries banales.

La construction d'un château privé a pu amener progressivement la création d'une châtellenie dans la mesure où cette fortification traduisait un nouveau rapport de forces.

 

La mise en place des structures féodales s'est accompagnée dans tout l'Occident de l'institutionnalisation du droit d'aînesse et du principe de l'indivisibilité des fiefs. Les cadets n'étaient pas totalement déshérités, mais ils devaient se contenter des revenus que le frère aîné pouvait leur concéder.

L'indivisibilité des fiefs n'a pas été le seul moyen utilisé par l'aristocratie pour éviter l'émiettement de ses biens et de ses pouvoirs. L'aristocratie s'est efforcée dans la seconde moitié du XIe siècle et surtout au XIIe siècle d'éviter la multiplication des lignages en adoptant une stratégie matrimoniale très rigide.

 

La naissance de toute seigneurie châtelaine s'accompagne d'une ou plusieurs fondations monastiques.

Quand le chevalier ne combat pas, il consacre une grande partie de son temps à la chasse. Les Ducs et les Barons veillent jalousement sur leurs forêts. Ils limitent les défrichements. Aux XIe et XIIe siècles, la forêt apparaît nettement comme le monopole de l'autorité banale.

 

La géographie féodale.

 

La dispersion du pouvoir de commandement aux XIe et XIIe siècles a entraîné une nouvelle organisation de l'espace. Autour des châteaux se sont constituées des unités territoriales qui vont se maintenir jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

 

Le Comté Nantais a vu son territoire se modifier profondément au cours des XIe et XIIe siècles.

 

Au centre du Nantais, Blain a été un important carrefour routier à l'époque gallo-romaine et un castrum au Haut-Moyen-Age. La construction d'un château au XIe siècle dans une position aussi stratégique est certaine mais notre information est inexistante.

En 1208, les seigneurs de Blain disposent incontestablement d'un pouvoir de commandement autonome.

Au delà de Blain, dans la direction de Châteaubriant rattaché au Comté de Rennes, quelques seigneuries de dimension modestes se développèrent au XIIe siècle.

Mais pour toute la partie septentrionale du Comté de Nantes, nos informations restent lacunaires, même au XIIe siècle. La région, encore très boisée au XIe siècle connut un développement tardif. L'organisation territoriale ne se met en place qu'au siècle suivant.

Cernée par les massifs forestiers de Teillay, Araize, Juigné, Domnaiche, la clairière de Châteaubriant a connu dès l'Antiquité une activité économique importante grâce à l'exploitation des gisements de fer.

La présence de voies romaines permit au christianisme de se propager rapidement comme en témoignent le nom et les titulatures de plusieurs paroisses (Saint-Pierre de Soudan, Saint-Pierre de Ruffigné, Saint-Martin de Fercé).

 

Par la création d'une châtellenie au bord de la Chère au cours du XIe siècle, en quelques dizaines d'années, Brient, puis ses deux fils, allaient établir leur mainmise sur tout le nord du Pays Nantais.

Comment à partir d'une assise foncière relativement étroite, les ancêtres de Brient sont-ils parvenus à établir une puissante seigneurie ? L'Eglise de Nantes possédait à la fin du XIe siècle de nombreux domaines dans le nord du Nantais. éloignés du chef-lieu du diocèse, négligés par une autorité épiscopale défaillante, ces domaines ont été vers l'an mil une proie tentante pour des propriétaires laïcs ambitieux.

 

La reconnaissance de l'autorité banale des seigneurs de Châteaubriant et de leur principaux vassaux fut d'autant mieux assurée que Brient et ses successeurs manifestèrent un soutien inconditionnel au Comté de Rennes.

Châteaubriant fut un élément essentiel dans le dispositif stratégique des ducs de Bretagne.

Il était indispensable de verrouiller une frontière menacée.

 

L'expansion du Monde rural.

 

La période du XIe au XIIIe siècle est caractérisée encore, comme les siècles précédents, par la primauté du milieu rural. Pendant toute cette période, l'Europe occidentale connaît à la fois un essor démographique et un accroissement de la production, l'un soutenant l'autre, qui tous deux, ont eu pour conséquence un vaste mouvement de conquête des sols. Partout, la forêt, la lande ou la friche ont reculé devant les cultures.

 

L'essor démographique

 

L'essor qui se manifeste dans tous les domaines à partir de la fin du Xe siècle a eu pour cause et pour conséquence un progrès démographique. L'énergie humaine est alors primordiale.

Nous allons chercher à nous faire une idée de l'essor de la population grâce à l'accroissement du nombre de lieux habités.

 

La création de paroisses

 

Les paroisses, à partir de l'an mil ont des circonscriptions bien délimitées.

L'érection de paroisses nouvelles est un indicateur valable de la vitalité démographique.

En Bretagne, le problème est compliqué par l'existence de trêves.

Comme les distances étaient telles qu'elles empêchaient les fidèles de fréquenter régulièrement l'église paroissiale, ceux-ci avaient à leur disposition des chapelles tréviales.

 

Entre 10 à 20% des paroisses au moins furent créées entre le début du XIe et la fin du XIIe siècle.

Ce mouvement a plutôt contribué à densifier le réseau paroissial qui existait déjà, ce réseau demeurera ensuit à peu près stable jusqu'au XIXe siècle : dès 1790, plus encore à la suite du concordat de 1801, la plupart des trêves devinrent des communes, et du même coup des paroisses de plein exercice.

 

Pour le Haut-Moyen Age, la toponymie est à peu près le seul moyen pour appréhender les progrès ou du moins l'évolution de l'implantation humaine. Dans les zones de langue romano-française, l'époque est marquée par l'apparition et la multiplication des noms en -ière ou en -erie, en -ais et en La Ville-.

Dans la zone romane qui s'étend vers l'ouest, de nouveaux toponymes apparaissent dans le courant du XIe siècle.

Les noms en -ière, en -erie et en -ais sont généralement construits avec un nom d'homme ou avec un nom indiquant une profession (-erie).

Ces noms sont répandus dans tout l'ouest de la France, leur aire coïncidant avec celle de l'habitat dispersé.

Aujourd'hui, il est admis que les noms en -ière ou en -erie sont les plus anciens, à partir des XIe et XIIe siècles alors que ceux en -ais leur seraient postérieurs d'environ un siècle.

 

Les mouvements migratoires sont une réalité de la démographie médiévale.

Beaucoup partaient, pour un temps (pèlerins) ou définitivement (émigrant dans l'espoir d'une vie meilleure).

 

La vie des campagnes.

Les défrichements

 

Difficile d'expliquer pourquoi le monde occidental est alors en expansion : Phase climatique optimale, fin des invasions, évolution de la structure seigneuriale, innovations techniques, ...

Le nombre des hommes a-t-il augmenté parce que des terres nouvelles permettaient de les nourrir ou bien ont-ils été poussés à défricher parce qu'il y avait davantage de bouches à nourrir ?

 

Les défrichements individuels ont du être les plus nombreux, mais n'apparaissent guère car ils sont une œuvre très progressive, modeste à l'échelle des individus, clandestine souvent.

Les défrichements organisés, comme en Touraine, dans le Vendômois ou dans le Marais Poitevin sont l’œuvre de seigneurs laïques, plus riches de terres que de capitaux qui s'associèrent à des monastères.

Les abbayes bretonnes n'ont pas utilisé ce système.

En règle générale, les monastères ont reçu des terres sans que l'on sache quel fut ensuite leur sort.

En fait les abbayes ont plutôt reçu des terres dispersées dont la superficie n'est pas indiquée, mais qui ne paraît pas considérable.

Le rôle des religieux dans la conquête des sols n'est donc pas aussi évident qu'on le croyait naguère : ils ont encouragé des initiatives, ils ont pu en encadrer ; ils ont surtout profité des efforts de ceux qui, de leurs mains, gagnaient des terres nouvelles.

Il est maintenant de bon ton de minimiser l’œuvre cistercienne. Les uns leur accordent de s'être bien adaptés aux conditions de leur temps : venus tard, donc dotés de terres médiocres, ils les auraient habilement vouées à l'élevage auquel le monde urbain naissant offrait un débouché ; ils auraient donc été des éleveurs plutôt que des défricheurs.

Le rôle des cisterciens doit être donc interprété avec prudence ; il convient de distinguer les premiers temps, pionniers, de leur installation, de ceux qui suivirent où le souci de rentabilité l'emporta sur la pratique des vertus.

 

La palynologie, ou étude des pollens fossiles, appliquée à l'examen des pollens de la tourbière de Landemarais en Parigné, près de Vitré permet de distinguer, une période, avant 900, où l'environnement est constitué d'une forêt de Chênes, Tilleuls, ormes, hêtres à sous bois de houx, et celle qui suit où les pollens d'arbres diminuent progressivement, bien qu'apparaissent ceux du châtaignier ; en revanche les pollens des plantes liées aux cultures ; plantains, oseilles et graminées sauvages, s'accroissent très nettement avant un nouveau retour à la friche dans le courant du XIVe siècle qui dura jusque vers 1600.

 

Les paysages.

 

Au Moyen Age, le mot foresta est davantage une notion juridique qui s'applique à un territoire soumis à un droit particulier sous le contrôle direct de l'autorité ducale ou seigneuriale.

Elle a son origine dans le fait que les zones inhabitées avaient fait partie du domaine public à l'époque gallo-romaine ; elles étaient ensuite devenues, avec d'autres, propriétés royales dans le cadre du « fisc » avant de passer aux mains des ducs, des comtes ou même, à la suite du morcellement de l'autorité publique, au pouvoir de seigneurs de moindre importance.

La Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles Alain Croix (quelques extraits)

La Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles Alain Croix

 

Les Paysages

 

La répartition des landes est loin d'être uniforme en Bretagne. Celles des campagnes du Pays Nantais au nord de la Loire sont particulièrement étendues au XVIIe siècle.

La carte de la superficie des paroisses confirme la parenté évidente entre les pays à landes et les pays de grandes paroisses.

Le fait que les défrichements massifs n'aient été opérés qu'au XIXe siècle, à une époque où la population n'était probablement pas plus nombreuse que dans les campagnes du XVIIe siècle confirmerait l'hypothèse d'un obstacle technique.

Il a fallu en effet résoudre un énorme problème d'engrais, et surtout d'amendements.

L'utilisation de la lande comme pacage est essentielle pour la vie quotidienne des familles paysannes.

La lande serait ainsi la réponse la mieux adaptée à l'impossibilité matérielle, technique, de mettre en culture avec profit des terres trop acides.

Elle fait partie d'un système de culture, d'un assolement à rotation parfois extrêmement lente.

Mais lande ne signifie nullement terre inutile : pacage, matériaux, litières (bruyères) représentent un apport non négligeable pour les familles paysannes.

 

Agriculture

 

Diversité des grains : froment, seigle, avoine ; menus grains (mil en Pays Nantais, sarrasin)

Le blé noir, peu exigeant, quant au sol, poussant rapidement, sensible seulement aux variations de température est très bien adapté à la Bretagne.

Il joue à partir de la fin du Moyen Age un rôle comparable à celui du maïs dans le Sud-Ouest du Royaume au XVIIIe siècle.

 

Économie.

 

Extrême diversité de l'économie bretonne au XVIIe siècle.

Partout deux grands produits agricoles de base (grains et bétail généralement) et un grand produit commercial.

Le Pays Nantais manque de grains cependant (du vin, du sel, un élevage important, mais peu de grains).

 

Évolution de la conjoncture économique :

Dès le début du XVIe siècle au plus tard, un essor indiscutable de la production se manifeste, d'abord sans doute dans la région nantaise directement influencée par ses échanges avec l'Espagne, puis dans toute la province.

Les guerres de la Ligue brisent brutalement cet élan dans la dernière décennie du XVIe siècle.

La paix est accueillie avec soulagement en 1598.

Nouvel essor au début du XVIIe siècle : l'expansion se maintient au moins jusque vers 1660.

 

Etude démographique

 

En Bretagne, des ensembles de forte densité se dégagent avec netteté dans la répartition du peuplement avec en Pays Nantais, par exemple, les coteaux de la Sèvre.

La répartition du peuplement reflète ainsi très nettement la richesse économique et confirme que cette richesse, cette capacité à nourrir beaucoup d'hommes, n'est pas en Bretagne étroitement liée à la production de grains.

 

La Bretagne est bien une terre de diversité.

 

La Bretagne du XVIe siècle et des deux premiers tiers du XVIIe siècle connaît une expansion démographique presque ininterrompue.

L'explication profonde de la résistance de la Bretagne aux dépressions profondes qui frappe l'Europe, aux difficultés du XVIIe siècle aussi, est donc bien la variété de ses ressources :

à l'échelle des pays ouverts à l'agriculture, à l'industrie et aux échanges

et au niveau de chaque famille.

 

Pourquoi alors, à la fin du XVIIe siècle, cette économie supposée parfaitement équilibrée, cette croissance démographique qu'elle soutient, connaissent elles des difficultés telles qu'un retournement de conjoncture se dessine, annonçant le déclin presque général du XVIIIe siècle.

En fait la Bretagne de la fin du XVIe siècle avait été relativement épargnée par les contrecoups des troubles, des guerres qui affectent alors une bonne part de l'Europe Occidentale.

Un siècle plus tard, elle en subit au contraire les effets directs ou indirects.

Depuis longtemps la prospérité bretonne repose ne partie sur les relations avec l'extérieur : la neutralité savamment sauvegardée par les ducs explique ainsi en partie le rapide essor maritime du temps de Jean V.

 

La Bretagne a gardé ensuite et même développé de nombreuses activités tournées vers l'exportation en jouant sur une gamme très ouverte de clients (Espagne,Portugal, Angleterre, Hollande).

Un bouleversement intervient à partir du milieu du XVIIe siècle.

La Monarchie française prend réellement le contrôle de l'administration bretonne.

Cette monarchie utilise l'économie comme arme de guerre avec la multiplication des interdictions de commercer sur tous les produits.

Les mesures protectionnistes prises à l'encontre des produits manufacturés étrangers amènent des mesures de rétorsion dont sont victimes au premier chef les textiles bretons.

La prise du pouvoir par Louis XIV est donc une réalité profonde pour la Bretagne.

 

Les Crises

 

Les crises du XVIe siècle ascendant.

1528-1533 : crise complexe en Pays Nantais (famine, peste).

1545-1546 : Crise frumentaire très nette en Pays Nantais (elle s'accompagne de la peste)

1563 : Crise en Pays Nantais (mauvaise récolte, aggravation par la guerre)

 

Les crises de la fin du XVIe siècle.

1583-84

1591-1593 (3 années de mauvaises récoltes à suivre : 1590, 1591,1592) (passage de diverses troupes qui prennent ou perdent le siège)

La triple crise de 1591-1593 est le fruit d'une succession d'éléments dont les effets se sont cumulés :

Trois mauvaises récoltes successives

Des « prélèvements » multiples et parfois énormes par les gens de guerre.

Perte des stocks et des semences aggravées par le printemps pourri de 1592.

Il s'agit bien d'une crise frumentaire aggravée et même en partie causée par la guerre.

1597-1598 (1596 et 1597 sont deux années de cherté avec une soudure difficile et de mauvaises récoltes) (Ravages de la guerre, afflux de pauvres et développement de l'épidémie).

 

La trêve : 1600-1620

Aucune crise, nulle part, ne sévit plus de trois mois

La guerre et le passage des gens de guerre n'apparaissent que très épisodiquement. La famine est absente.

Exception, en 1616, le Pays Nantais est le plus touché par la « guerre des Princes » entre le Duc de Vendôme (gouverneur de Bretagne) et le Prince de Condé. Les armées des deux bords rançonnent les villes et les campagnes et les navires sur la Loire. Le 8 mars, le recteur de Saffré indique que les soldats sont à Abbaretz, Nozay, Joué. Le passage des troupes, en lui-même peu meurtrier, engendre une crise frumentaire désastreuse.

 

Un nouveau paroxysme : 1625-1640

Une crise épidémique (Peste) gagne toute la province en 1626 avec des résurgences parfois brutales ici ou là.

à la suite d'une mauvaise récolte en 1630, la famine explique à Nantes et dans le sud de la Loire une extraordinaire poussée de la mort en 1631.

La petite crise de 1636 est la conjonction de plusieurs facteurs : difficultés frumentaires, passages de troupes, nouvelle flambée de l'épidémie de peste (caractère endémique de celle-ci)

La dysenterie de 1639 fait connaître cette année là la plus grave épidémie de tout le XVIIe siècle et peut-être de toute l'histoire bretonne, avec un rôle indiscutable de la peste et surtout de la dysenterie dont la violence doit être rapprochée de la sécheresse exceptionnelle de cette année.

 

La génération « paisible » : 1641-1668

Aucune grande mortalité ne frappe la province pendant l'espace d'une génération.

Les calamités traditionnelles s'effacent, ou presque : La guerre ignore à peu près totalement la Province, il n'y a pas de disette mentionnée, aucune crise démographique et des épidémies très localisées

 

La victoire sur la peste semble résulter pour l'essentiel de la lutte des hommes, d'un ensemble de petits progrès qui ,séparément, n'ont guère d'effet, mais sont indispensables à la réalisation d'une politique d'ensemble enfin mise sur pied au milieu du XVIIe siècle.

Tournant décisif : « la centralisation monarchique victorieuse de la peste » n'est peut-être pas qu'une formule.

 

Les caractéristiques des crises bretonnes des XVIe et XVIIe siècles.

 

Des crises irréductibles à un schéma.

Les crises frumentaires se manifestent avec beaucoup plus d'acuité en Pays Nantais qu'ailleurs.

En revanche l'effroyable dysenterie de 1639 y frappe moins durement qu'ailleurs.

L'économie du Pays Nantais est gravement déséquilibrée par la faiblesse insigne de son secteur vivrier.

En temps de famine les ressources extérieures sont bien peu à côté des moyens de survie locaux.

 

La place des crises dans la démographie bretonne des XVIe et XVIIe siècles.

Les épidémies sont plus meurtrières que la famine avec une extrême irrégularité.

Les crises frumentaires tuent peu et s'en prennent généralement aux vieillards.

Les structures démographiques de cette époque sont particulièrement aptes à digérer facilement des crises épidémiques.

Les crises démographiques ont eu un rôle de régulateur principal en Bretagne au XVIIe siècle et sans doute au XVIe siècle.

En atténuant le rythme de la croissance, elles ont probablement retardé ou atténué bien des difficultés.

 

La guerre.

À partir de 1580, de véritables opérations militaires se déroulent, en se limitant jusqu'en 1588, au Pays Nantais.

L'adhésion à la ligue du gouverneur de Bretagne, Mercoeur, provoque une véritable explosion militaire.

« La guerre de la ligue fut une série de petits combats, d'engagements particuliers, de surprise, de pillages et de châteaux. » A. de La Borderie 1896-1904.

A part la guerres des Princes des années 1614-1616, qui toucha surtout le Pays Nantais, la province ne connaît plus que des exactions isolées.

L'impact réel de la guerre est tout autre que les faibles morts directes qu'elle entraîne :

Le « banditisme » spontané ou intégré dans une politique de terre brûlée en est l'aspect le plus spectaculaire.

L'effet en profondeur sur l'économie de ce banditisme.

La part prélevée par la guerre, si faible soit-elle, représente une proportion importante dans un système ou réserves comme excédents sont très réduits.

A l'échelle de quelques paroisses ou d'un pays, elle accule ainsi les plus pauvres à la mort ou à l'exode, dépeuplement qui à son tour diminue la production tant que les terres abandonnées n'ont pas été récupérées.

Avec un risque accru d'épidémies du au déplacement de pauvres gens dans des situations précaires.

 

On assiste à un certain « exode rural » pour la fin du XVIe siècle en Pays Nantais (et même au XVIIe siècle).

La guerre, les disettes, la cherté du blé poussent les pauvres ruraux vers la ville.

 

La rente foncière apparaît ainsi comme l'assurance sociale du temps et ceux qui sont totalement à l'abri de la pauvreté une minorité.