Le dépôt de haches à Talon de la Jossaie à Saffré

Exemples de Haches à talon du dépôt de la Jossaie à Saffré.

Nouveaux dépôts de haches à talon découverts en Bretagne par Jacques BRIARD : La Jossais à Saffré (1966)

Un des faits marquants de l'Age du Bronze Moyen dans la zone atlantique est le développement d'importants ateliers métallurgiques dont l'activité nous est révélée par une véritable accumulation de dépôts.

Le dépôt de La Jossais, Saffré, Loire- Atlantique.

Le 30 novembre 1965, M. Clément Surget creusait des trous pour planter des pommiers dans le verger proche de sa ferme lorsque sa fourche accrocha, à quelque quarante centimètres de profondeur, un objet vert bleuté. Examinant de plus près l'excavation, il aperçut et dégagea trente haches à talon et les fragments de la poterie qui les contenait .

Les tessons recueillis ont permis de reconstituer la partie inférieure du vase . Le haut fut vraisemblablement dispersé lors des labours antérieurs. Le fond, plat, a un diamètre de l'ordre de 130 mm. Il est impossible de savoir s'il s'agit d'un vase caréné ou d'une simple jatte. La pâte, jaune-brun est bien cuite et se rapproche plus de certaines poteries du Bronze Final que des habituels tessons domestiques du Bronze Moyen plus grossiers et à gros dégraissant.

Les trente haches de Saffré sont assez bien conservées. Leur intérêt réside d'une part dans la variété des types et d'autre part dans l'abondance des traces de martelage, forgeage ou affûtage.

 

Une seule hache possède un anneau latéral et encore celui-ci, mal venu à la fonte, est obstrué par une coulée sans doute non prévue de métal.

Trois exemplaires apparaissent comme des exceptions dans la série. Le plus atypique se singularise par une lame trapézoïdale ornée d'une nervure médiane bien moulée. Mais le plus intéressant est la présence d'un décor latéral, à peine visible, presque effacé d'un côté et consiste en chevrons irréguliers formés d'incisions larges et peu profondes. Un deuxième instrument possède un tranchant très large (65 mm) et un écusson, en creux sous le talon tout à fait dans le style normand . Un troisième outil également orné d'un motif en creux sous le talon diffère surtout des types bretons par sa lame trapézoïdale proche des exemplaires de l'Est de la France . (10)

Toutes les autres haches présentent un aspect longiligne et un tranchant peu élargi dans le style habituel à l'Armorique.

Huit ne sont pas décorées mais dix-neuf présentent la traditionnelle nervure médiane souvent bien venue à la fonte . Les bords de la hache sont parfois soulignés d'un filet en relief. Mais le détail typologique le plus original est la présence, sur le côté de la hache, d'un petit relief triangulaire placé pointe en haut au niveau de la base du talon. On le retrouve sur six exemplaires.

Les traces de martelage sont abondantes et très belles et l'on peut se demander si ce travail, outre l'ébarbage des bavures de coulée, la rectification des bords du talon ou des plats n'a pas dans certains cas un but esthétique.

Onze haches de Saffré ont pu être analysées spectrographiquement. On retrouve toujours la haute teneur en étain, de l'ordre de 14,5 % corrélative à un faible pourcentage de plomb (0,17 % de moyenne).

 

CONCLUSIONS

Ces découvertes confirment qu'il y a eu, en Bretagne, à la fin du Bronze Moyen, une abondante production de haches à talon dont l'importance n'est plus à démontrer. Un recensement objectif, éliminant certaines découvertes douteuses permet de dénombrer, et c'est un minimum, une soixantaine de dépôts groupant quelque 2 000 instruments. Ils préfigurent déjà les énormes accumulations de haches à douille du Bronze Final. Le plus souvent les dépôts sont uniquement composés de haches et ce n'est que sporadiquement que l'on a signalé la présence de bracelets parfois décorés par incision.

La répartition géographique montre une occupation assez régulière de l'intérieur de la Bretagne, qui contraste avec la distribution nettement plus maritime d'autres groupes du Bronze Moyen (Tréboul) ou Final (épée en langue de carpe). L'emploi des haches à talon dans le déforestage pourrait expliquer ce phénomène.

Figure de gauche (25): Bel exemple de hache de type breton à nervure médiane

Les dépôts les plus importants s'échelonnent en Haute Bretagne de la Rance au Sud de la Loire. Ce sont les principales régions productrices. En Loire-Atlantique, la présence de gisements d'étain a pu jouer un rôle dans le développement de cette industrie . D'autre part, un dépôt comme celui de Saffré, pourtant situé seulement à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau de la zone stannifère d'Abbaretz-Nozay, apparaît, non comme la production d'une forge locale, mais comme une accumulation de haches de types différents, comprenant même quelques instruments étrangers à la Bretagne. Il est vrai qu'une hypothèse séduisante serait d'y voir le « trésor » d'un prospecteur ayant troqué de la cassitérite, en de multiples opérations, contre des haches à talon d'origines variées.

L'analyse typologique des dépôts récemment découverts montre l'abondance de la hache à tranchant étroit décoré d'une nervure médiane. La Bretagne fut certainement le premier centre producteur de ce modèle mais cela de façon non exclusive. Parfois il inspire des centres de production secondaire.

Réciproquement la Bretagne subit l'influence des ateliers voisins. Cela peut se limiter à une simple imitation de décor. , mais la hache elle-même est importée ou imitée . Plusieurs dépôts des Côtes-du-Nord ou de Loire-Atlantique (Saffré) contiennent des modèles d'origine étrangère. Cela confirme la fréquence des échanges à l'intérieur du Nord-Ouest de la France. Mais le dépôt de Saffré suggère des influences plus lointaines. Une moulure triangulaire rappelle étrangement un caractère typologique fréquent sur les haches du Nord de l'Allemagne. Le rapprochement n'a rien d'extraordinaire quand on connaît les multiples échanges de la Baltique avec la zone atlantique.

Les analyses métallurgiques de haches à talon ont montré l'importance des teneurs en étain. Elle n'a rien d'étonnant d'autant plus que le martelage à chaud de bronze à l' étain est possible. La faible teneur en plomb < à 1 % est bien caractéristique des instruments du Bronze Moyen.

J. Briard « Bulletin de la Société préhistorique française. » 1966 Volume 63 N° H-S pp. 565-582

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1966_hos_63_3_4087#

 

Autre article dans :

http://www.saffre.fr/Histoire.html

 

 

 

Dépôt de haches à talon (bronze) Saffré, La Jossaie, vers 1450-1250 av. J.-C.

Dans un vase de terre, ce dépôt comprenait initialement trente haches dont vingt-huit sont conservées. La plupart sont de type breton, mais deux viennent du Centre-Ouest, une de Normandie et une dernière de l’Est. . D’autres ont été ébarbées, martelées, polies et affûtées : il s’agit donc sans doute du dépôt d’un bronzier ou d’un marchand du Bronze moyen.

http://grand-patrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/les-collections/bases-de-donnees-en-ligne/oeuvres-choisies/departement/medaillier-fonds-general/depot-de-haches-a-talon-fr-eja_100347

 

Figures extraites de « Etudes Préhistoriques et Protohistoriques des Pays de la Loire » 1972-73

Carte de répartition des haches à talon en Loire-Atlantique
Dépôt de Saffré (Musée Dobrée)