Alignement du Pilier en forêt du Gâvre

Alignement du Pilier en forêt du Gâvre (Texte de Serge Cassen avec Cyrille Chaigneau et Pierre Guibert)

Le site dit « alignement du Pilier » (également « Breuil de la Herse » et « allée du Pilier ») s’étale dans le nord de la forêt domaniale du Gâvre (ancienne tenue 39), sur la commune du même nom.

Il est constitué, au dernier décompte, d’une file de 85 blocs de quartz et quartzite orientée nord-ouest - sud-est, sur près d’1 km, de chaque côté de l’allée forestière du « Breuil de la Herse » jusqu’à toucher « l’allée du Pilier », au sud du « carrefour du Pilier » ; 9 blocs supplémentaires sont détachés de cet alignement et forment des structures adjacentes, peut-être perpendiculaires.

La géologie indique l’origine anthropique du dispositif puisque la roche utilisée (le quartz, la quartzite, le grès quartzeux), ne correspond pas au substrat du lieu, schisteux.

Trois sondages manuels restreints ont confirmé l’implantation des stèles au sein de fosses de fondation ; un quatrième sondage a vérifié la nature du substrat sous le développement nord-ouest de l’architecture.

Méconnu de la plupart des acteurs de l’archéologie préhistorique, ignoré de la plupart des érudits locaux, le site est en fait signalé une première fois par J. Hurtaud en février 1976, dans le cadre d’un pré-inventaire diligenté par la DRAC, d’après une information donnée par une habitante du Gâvre, Mme Coué.

Non validé par J. L’Helgouac’h qui se rend sur place à l’époque où il était directeur des Antiquités préhistoriques, l’alignement fait tout de même l’objet d’une brève étude par J. Hurtaud publiée dans le Bulletin de la société polymathique du Morbihan en 1977.

Dans le cadre de la construction d’un modèle interprétatif sur les ensembles de pierres dressées à Carnac (Morbihan), mais en quête des contextes les plus éloignés de la nébuleuse morbihannaise, une liste de gisements à fort potentiel d’informations a été établie dans les Pays de la Loire.

Ainsi, reprenant une indication fournie par E. Geslin (société nantaise de Préhistoire) à propos d’une file de quelque 5 ou 6 pierres en quartz en forêt de Gâvre, de datation douteuse, qu’il eut le grand mérite de conserver en mémoire, les retrouvant de surcroît sur le terrain en 2005, nous nous sommes déplacés en avril 2006 pour réaliser que cette file se prolongeait de part et d’autre du noyau reconnu et que ses éléments constitutifs étaient très probablement préhistoriques.

Une deuxième et troisième visite sur le terrain en juillet 2007 permirent d’affiner la validation visuelle, en compagnie de C. Chaigneau .

Forts d’une collaboration récente (2007) en Morbihan (alignements d’Erdeven) en concertation avec l’Office national des Forêts, initiée par C. Boujot (service régional de l’Archéologie de Bretagne), et de l’expérience que nous avions également menée en 2003 sur des architectures monumentales en forêt d’Amenon (Sarthe), toujours avec l’Office national des Forêts, un échange d’informations a été opéré avec cet organisme dès 2006 (C. Dardignac, E. Allard et M. Belloir) afin de prêter attention à l’emplacement de la file au moment des débardages programmés par les forestiers, travaux qui sont finalement entamés en août 2008, juste après notre intervention, en préservant l’intégrité des stèles.

Devant la difficulté à sonder de tels sites, et donc à les dater, qu’il s’agisse de l’époque d’implantation des monolithes ou de celle de leurs chutes, nous avons proposé en 2007 de solliciter la méthode de datation par OSL (« optically stimulated luminescence »).

Cette méthode exploite les propriétés dosimétriques des grains de minéraux naturellement inclus dans les sédiments, les roches et les objets fabriqués.

On datera le moment où le quartz aura vu la lumière du jour pour la dernière fois. mais, faute d’avoir pu réunir le financement pour assurer l’intervention d’une équipe assurant ce type de prélèvements et de datations payantes, une collaboration a été sollicitée avec P. Guibert du centre de recherche en Physique appliquée à l’Archéologie afin de développer, en France, la méthode OSL. Une intervention fut programmée les 20 et 21 novembre 2008. Une demande de bourse post-doctorant a été déposée auprès de la région Aquitaine pour assurer le financement de cette recherche.

https://www.geocaching.com/geocache/GC4QFD1_alignement-du-pilier-n1?guid=a41efced-f790-4b2c-9280-e3e28c126ba9

Document initial sur :

https://www.academia.edu/1954894/Le_G%C3%A2vre._Alignement_du_Pilier

Serge Cassen est directeur-adjoint du LARA (Laboratoire de Recherche en Archéologie et architectures) - UMR CNRS 6566 Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire (CReAAH)

 

Alignement du Pilier

Alignement du Pilier en forêt du Gâvre (Chronologie) (Revue Archéosciences N°37 2013) (extraits)

Les pierres dressées de la forêt du Gâvre (Loire-Atlantique) :

nature et origine des matériaux, premiers éléments de chronologie (14C, OSL)          Serge Cassen, Sophie Blain, Pierre Guibert,

Guirec Querré et Cyrille Chaigneau

Archéosciences      N° 37 2013 p. 173-188

https://archeosciences.revues.org/4057

Extraits

[…] L’ouvrage du Pilier se compose d’une première file occidentale allongée sur 400 m, divisée plus à l’est en deux files parallèles de 500 m de long, sur l’ensemble desquelles s’ajoutent trois files secondaires perpendiculaires.

Fig. 2 : Plan simplifié de la partie occidentale du site ; emplacement des sondages archéologiques ; localisation des prélèvements.

Prospections et enregistrement au GPS ont précédé un levé topographique précis puis une campagne de trois sondages archéologiques restreints (2008) au contact de trois monolithes […] .

L’énormité du développement architectural imposait de rechercher des moyens de l’interroger rapidement, directement et peut-être même avec une moindre précision.

C’est en cela que la méthode de datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) et la réflexion sur une nouvelle technique de datation, telle que l’OSL de surface, nous ont semblé une manière d’entrer dans le problème posé par ces structures, en datant monolithes et sédiments au creux de leurs fosses d’implantation. […]

Nature des roches composant l’alignement

Les blocs de roche formant l’alignement du Pilier sont, en grande majorité, constitués de quartz blanc laiteux, ce qui est le cas pour l’un des 2 blocs étudiés par OSL (menhir N6A). 

 

Certains blocs, comme le second destiné à l’étude OSL (N15A), présentent des enclaves schisteuses de couleurs foncées, elles-mêmes souvent recoupées par de nombreux filonnets de quartz.

Plus rarement, des blocs sont principalement composés de schistes gris-vert mais toujours zébrés de filons de quartz blanc […].

Un petit fragment de roche détaché du bloc no 20 (système oriental, file sud), sans doute lors du passage d’un engin, a fait l’objet d’une étude en lame mince.

La roche apparaît constituée de grandes plages de quartz en cristaux xénomorphes présentant des craquelures toutes dirigées dans le même sens, sans doute sous l’effet de contraintes tectoniques […].

Il s’agit donc d’une roche magmatique de composition hyperquartzique.

Cette roche est connue parfois sous le nom de silexite, terme qui porte cependant à confusion, trop proche des silex et silexoïdes, roches siliceuses également mais de nature sédimentaire.

Il ne s’agit pas non plus d’un quartzite, terme réservé à une roche sédimentaire.

L’appellation de quartzolite retenue ici et reconnu par la communauté internationale correspond à une roche ignée dont la proportion de quartz est supérieure à 90 % (Streckeisen, 1974), ce qui est le cas des blocs de l’alignement du Gâvre. […]

Les blocs de l’alignement sont constitués typiquement d’une roche filonienne essentiellement quartzeuse.

Ce ou ces filons sont intrusifs dans des roches de type schistes et grès.

Du point de vue géologique, l’alignement du Pilier se trouve dans la zone couverte par le synclinorium de Saint-Georges-sur-Loire.

Si l’on fait abstraction des formations superficielles meubles attribuées au Plio-Pleistocène, le site se trouve sur un socle composé de roches sédimentaires datées de l’Ordovicien et du Silurien (cartes géologiques Nozay no 420 : Trautmann, 1988 ; et Redon no 419 : Delfour et al., 1984).

L’alignement se trouve plus précisément à l’interface des schistes de Saint-Perreux composés de siltites argileuses verdâtres à rougeâtres avec des intercalations de phtanites, d’âge ordovicien, et des grès de l’Eclys, grès séricitiques recristallisés, plutôt d’âge silurien.

De plus, apparaissent sur les cartes géologiques de nombreux filons de quartz dont certains minéralisés en or ou/et pyrite.

L’observation sur les blocs du site archéologique est identique à la description qui en est faite dans la légende des cartes, y compris la présence d’enclaves schisteuses chloritisées.

La carte de Nozay ne figure pas précisément la présence d’un filon de quartz à l’emplacement de l’alignement du Pilier (Trautmann, 1988).

Toutefois, il est noté dans la légende de la carte de Redon la présence de nombreux filons quartzeux mais « qu’il n’est pas possible de représenter sur la carte à 1/50 000 » (Delfour et al., 1984).

Fig. 5 : Position de l’ouvrage du Pilier (Le Gâvre) replacé dans son contexte géologique. (figure extraite du document)

La flèche symbolise l’orientation générale de l’alignement. Le filon de quartz se trouve à 1,5 km au NO de l’extrémité ouest de cet ouvrage, entre le Chêne et le Breil (zone notée Q et qua pour la carrière) (carte géologique BRGM Nozay no 420).

 

Fig. 5 : Position de l’ouvrage du Pilier (Le Gâvre) replacé dans son contexte géologique. (figure extraite du document)
Alignement du Pilier en forêt du Gâvre (Situation des lignes estimée d’après Revue Archéosciences N°37

 Par contre, un filon de quartz orienté Nord 110°, anciennement exploité, est relevé parfaitement dans le prolongement nord-ouest de l’alignement à environ 1,5 km, à l’interface des formations ordoviciennes et siluriennes, ce qui est également le cas de la position de l’ouvrage de pierres dressées sur la feuille de Nozay (fig. 5).

Il est donc tout à fait possible que ce filon se prolongeait plus au sud-ouest et qu’il fut exploité par les constructeurs protohistoriques.

L’orientation de l’alignement du Pilier est effectivement comprise entre l’azimut 106° (file ouest) et l’azimut 112° (files est), semblable à la direction structurale des formations géologiques locales, dont le filon de quartz figurant sur la carte géologique  […] .

Selon toute vraisemblance et du fait de cette concordance des alignements géologiques et archéologiques, il est probable que les blocs de quartz furent prélevés à proximité immédiate de l’ouvrage projeté, pour les disposer sans transport significatif tout en conservant la direction naturelle du filon.

L’érosion différentielle du socle entre, d’une part, les filons de quartz relativement résistant et, d’autre part, les schistes souvent très altérés, a pu laisser en relief les roches filoniennes facilitant sinon leur accès au moins leur détection grâce à la topographie.

Mise en œuvre de l’OSL

L’événement que l’on cherche à dater est l’installation des blocs, c’est-à-dire la dernière exposition à la lumière des sédiments (lors de leur brassage) ou de la base des stèles (au moment de leur implantation dans la fosse). L’idée d’une datation de surface par Luminescence Stimulée Optiquement ou OSL (la pénétration de la lumière étant faible – quelques millimètres dans ces matériaux – on parle de datation de « surface ») est une idée récurrente dans la communauté.

Depuis une vingtaine d’années, quelques tentatives ont été réalisées (Liritzis & Vafiadou, 2005 ; Vieillevigne, 2006 ; Liritzis et al., 2007 ; 2010 ; Liritzis, 2011).

 Fig. 6 (a, b ) : Mise en situation du carottage de la pierre N6A dans la partie exposée ; mise en place de la sonde gammamétrique à proximité de la roche N15

 

Fig. 6 (a, b ) : Mise en situation du carottage de la pierre N6A dans la partie exposée ; mise en place de la sonde gammamétrique à proximité de la roche N15

Il s’agit d’une technique exploratoire qui nécessite d’importants développements méthodologiques (Tribolo et al., 2003) et en pratique, elle doit être adaptée à chaque situation, voire à chaque échantillon.

Nous tentons ici d’évaluer les potentialités de son utilisation en vue de la datation directe de l’événement lié à l’érection des mégalithes. […]

Principe de la datation par OSL et mise en œuvre au laboratoire

La méthode de datation par OSL est basée sur les phénomènes de luminescence et de radioactivité.

En effet, les radioéléments contenus dans l’environnement émettent, lors de leur désintégration, des particules α, β et des rayonnements γ, lesquels, en conjonction avec les rayonnements cosmiques, irradient les cristaux de quartz contenus dans les menhirs ou les sédiments.

Les quartz ont la propriété de stocker les effets de cette irradiation sous forme d’électrons piégés dans les défauts du cristal, et de libérer cette énergie cumulée sous forme de photons (c’est la luminescence) lors d’un apport d’énergie suffisant, tel qu’un éclairement (on parle alors de Luminescence Stimulée Optiquement ou OSL).

De plus, la dernière exposition des grains à la lumière (avant leur dépôt ou enfouissement) permet la remise à zéro du chronomètre, puisqu’elle vide les pièges des cristaux.

Une fois cachés de la lumière, ces cristaux absorbent de nouveau les effets de la radioactivité.

Cette dernière étant considérée continue et constante au cours du temps, la dose totale absorbée par les grains de quartz, et donc l’intensité de la luminescence émise, sont proportionnelles à la durée d’exposition de l’échantillon.

Ainsi on peut considérer l’équation d’âge suivante : T = P / I,

où T est le temps écoulé depuis la dernière exposition à la lumière jusqu’à nos jours (années),

P est la dose archéologique totale absorbée par les grains de quartz ou exprimée en Gy (1 Gy = 1 J/kg),

et I, la dose fournie en un an par l’environnement de ces grains exprimée en Gy/an. La méthode consiste donc à déterminer ces deux paramètres physiques. […]

Vers une chronologie de l’alignement mégalithique du Gâvre

La datation de sédiments par OSL effectuée dans cette étude est une des premières tentatives en France de datation indirecte de mégalithes à partir des sédiments.

Au vu des résultats obtenus, les deux prélèvements datés sont en bonne corrélation avec la séquence stratigraphique (C3 et C4) ; la couche supérieure du comblement de la fosse est contemporaine de l’âge du Fer, ou polluée par des mélanges avec les dépôts tardifs.

En effet, une dizaine de centimètres sépare les deux prélèvements, Bdx 12712 étant le plus profond […] .

Ainsi, l’intervalle de dates [2220-1500] av. J.-C. (à 2 σ) obtenu pour l’échantillon Bdx 12712 situe le creusement de la fosse et donc l’érection du bloc au Bronze ancien.

Cette datation est en accord avec celle obtenue indirectement pour le bloc N6A (3405 ± 30 BP soit [1750-1630] av. J.-C. à 2) grâce à l’analyse 14C d’un charbon de bois.

Cette bonne concordance tend à valider les deux dates.

Quant à l’intervalle de dates [360 av. J.-C. – 50 apr. J.-C.] (à 2 σ) obtenu pour l’échantillon Bdx 12711, celui-ci suggère plutôt un remaniement survenu à l’âge du Fer (la Tène), une occupation reconnue dans la forêt du Gâvre (Meuret 2001 ; Carte archéologique, DRAC Pays de Loire). […] 

 

Conclusions et discussion

Le vaste ouvrage de pierres dressées dit du Pilier en forêt du Gâvre, un des plus longs d’Europe (une centaine de blocs préservée sur au moins 900 m), nécessitait d’être requalifié après avoir été déclaré d’origine naturelle (Carte archéologique, SRA Pays de Loire, diagnostic 1976, J. L’Helgouac’h) alors que paradoxalement la carte géologique le signalait comme mégalithe (1987, BRGM carte no 420).

Cette redéfinition imposait une étude géologique des blocs et du substrat local, et une proposition de date.

Plus généralement, ces structures architecturales s’inscrivent dans un renouvellement de la problématique des barres de stèles dont un modèle théorique a été récemment proposé à partir des données morbihanaises, et notamment celles de l’alignement dit du Grand Menhir découvert en 1989 à Locmariaquer (Cassen, 2009a).

Trois sondages restreints au contact de trois blocs (1 couché, 2 dressés) ont bien détecté des fosses d’implantation pour les deux monolithes plantés (N6A et N15).

Les stratigraphies relevées ont également montré l’implantation des pierres dans un contexte sédimentaire d’altération au contact du substrat schisteux.

Ce substrat, non atteint dans ces sondages, apparaît cependant à 40 cm de profondeur dans un autre sondage à 1 m au nord-ouest du bloc N34B.

La majorité des stèles plantées est en quartz blanc laiteux, stèles plus rarement composées de schistes gris-vert.

L’ouvrage du Pilier est bel et bien d’origine anthropique.

 

Les files de blocs quartzitiques mettent donc à profit une singularité du sous-sol, un filon à l’époque probablement visible en surface à travers diverses émergences de quartz blanc, comme on peut aujourd’hui encore les découvrir en limite sud du massif forestier (secteur de Curun).

L’orientation de l’ouvrage suit de surcroît la direction du filon naturel de quartz bien noté dans son prolongement, 1,5 km plus à l’ouest, à l’azimut 110°.

On se gardera pourtant de conclure que la direction tectonique a impérativement dicté l’implantation et l’orientation de la structure architecturale.

Un ouvrage à dimension pour le moins symbolique, à l’image d’une barre de stèles développée à une telle échelle, relève de motivations socio-religieuses complexes qui peuvent bien entendu intégrer et inclure les formes du relief et la nature sensible des matériaux. […]

Si le phénomène tectonique observé au Gâvre a très nettement influencé l’emprunt direct des roches et l’orientation de leur implantation (après tout, tectonique vient du grec τέκτων ou tektōn signifiant « bâtisseur »…),

 

le site peu éloigné du Moulin (Saint-Just, à 15 km au NO) témoigne de l’importation de blocs de quartz filonien sur une distance de 3 km, avant d’être dressés et intégrés à trois files d’orientations distinctes (Le Roux et al., 1989), nous rappelant ainsi que ces architectures dépendent toutes d’un modèle anthropologique pour les animer.

La chronologie de la construction est l’autre nécessité permettant de requalifier l’ouvrage.

Devant l’absence de référentiel dans l’Ouest de la France pour dater ces structures particulières en roches quartzitiques, toutes éloignées de la concentration carnacoise bien calée maintenant dans le milieu et la seconde moitié du Ve millénaire (Cassen et al., à paraître), la méthode OSL semble une approche très intéressante pour rapidement lever l’incertitude historique de la fondation, voire même la période de destruction.

La classique fouille est en effet contrainte par le gigantisme des ouvrages et le diagnostic mené sur du mobilier trouvé aux pieds des stèles, trop souvent isolé de son environnement, semble d’une pertinence discutable (cf. les pièces de monnaie romaines ou modernes enfouies à leurs bases – Cassen, 2009a).

Encadré par une date radiocarbone sur charbon présentant d’excellentes garanties, en provenance de la fosse voisine N6A [1750-1630] av. J.-C., la date OSL opérée sur les sédiments comblant la fosse du monolithe N15 renvoie elle aussi au Bronze ancien [2040-1680] av. J.-C.

Cette date est, notons-le, conforme à l’occupation secondaire du tumulus peu éloigné du Château-Bû (Saint-Just) sur lequel des stèles en quartz blanc furent dressées au Bronze ancien (Briard et al., 1995).

Les quartz des sédiments de l’ouvrage du Pilier émettent donc un signal suffisant pour être exploité à des fins de datation.

Ce n’est malheureusement pas le cas pour les deux monolithes testés directement ; le quartz en surface de ces deux stèles du Gâvre n’est pas adapté à la datation de surface par OSL en raison d’une trop faible sensibilité à l’irradiation liée, dans cette roche précisément, à la nature des systèmes de défauts et d’impuretés.

Un test de sensibilité à l’irradiation s’impose donc sur tout monolithe avant de développer un protocole complet. […]

 

Les pierres dressées de la forêt du Gâvre (Loire-Atlantique) :

nature et origine des matériaux,

premiers éléments de chronologie (14C, OSL)

Serge Cassen, Sophie Blain, Pierre Guibert,

Guirec Querré et Cyrille Chaigneau

Archéosciences N° 37 2013 p. 173-188

https://archeosciences.revues.org/4057