Parures annulaires du Bronze : Moisdon-la-Rivière

Parures annulaires du Bronze : le dépôt de la Charpenterie découvert en 1913 à Moisdon-la-Rivière

Texte d’Y. DAUFFY dans les Annales de Nantes et du pays nantais , 1967, no 146, XLIX, p. 39.             « Une cachette de l’Âge du Bronze à la Charpenterie, en Moisdon              « On lit dans le Bulletin de la Société archéologique de Nantes – Tome LV – page XXXIII :

« M. DORTEL rappelle qu’au printemps dernier on rencontra à Moisdon-la-Rivière les vestiges d’un atelier de fondeur à peu près semblable à celui mis au jour récemment à La Croix Bonneau.

Il s’étonne que la Société n’ait pas été tenue au courant de cette fouille dont les objets ont été déposés au musée de Châteaubriant. » Il ne semble pas que l’intervention de M. DORTEL ait été suivie d’effet : je n’ai trouvé aucune trace de cette découverte dans les publications spécialisées postérieures. M. BRIARD, le spécialiste de l’âge du bronze breton, n’avait lui-même comme information à ce sujet que l’extrait cité plus haut, lorsqu’il vint au musée de Châteaubriant en 1963.

Quelques temps après, j’appris par un fermier de La Charpenterie, M. Alexandre LUCAS, que son père avait trouvé autrefois des « faucilles de cuivre » en charruant. Il me fit voir l’endroit, un champ situé au Sud des bâtiments de la ferme (Cadastré K 209), à 15 m. d’un chemin et 70 m. de la route de Moisdon-Louisfert.

M. Julien LUCAS avait remarqué après le passage de la charrue que la terre était verdâtre : il trouva un « palis » (pierre plate en schiste dont on fait des palissades, dans la Région), puis des sous, un pot de grès qui s’effondra : il contenait des objets en bronze. Grâce à l’obligeance de Mme NICOULAUD et de M. TRAVAILLE, j’ai pu dépouiller l’année 1913 du courrier de Châteaubriant et du journal de Châteaubriant.

Ces deux journaux ont publié le même jour, le 4 octobre 1913, un récit de la découverte due (sic) à la plume de M. Joseph CHA-PRON. Je crois utile de reproduire ici in-extenso l’un deux, celui du journal de Châteaubriant, il s’agit d’un texte rare, la collection des 2 journaux étant introuvable.

[Reproduction de l’article du journal de Châteaubriant du 4 octobre 1913] Découverte d’un atelier de fondeur.

Il y a quelques temps, M. LUCAS, cultivateur à La Charpenterie, labourant un champ situé devant sa maison, vit des traces verdâtres sur la terre. L’idée lui vint de fouiller à cette place et il découvrir un vase de terre, qui tomba en poussière dès qu’on le toucha et dont la charrue en creusant à 40 ou 50 centimètres de profondeur avait effleuré la partie supérieure.

Dans ce vase qui pouvait mesurer vingt centimètres de diamètre, étaient empilés des objets métalliques que l’oxydation avait revêtu d’une couche de vert-de-gris. C’était effectivement une collection d’objets en bronze datant des temps préhistoriques.

Elle se composait de douze haches à talon de diverses grandeurs, de sept bracelets de divers diamètres, d’une pointe d’épée ornée de deux filets en relief, de deux morceaux de scories de bronze et de divers fragments de haches et de bracelets usés ou déformés.

Les morceaux de scories qui sont plats étaient au fond du pot, ainsi que les fragments, et dessus, les haches étaient soigneusement rangées trois par trois.

La plus grande des haches mesure 165 millimètres de longueur, et la plus petite environ 120 millimètres. Le plus grand bracelet mesure 90 millimètres au grand axe sur 70 au petit axe.

Un autre bracelet de 70 millimètres au grand axe montre une surface plane à l’intérieur et une surface convexe à l’extérieur.

Il est orné en partie d’une série de guillochures alternativement longitudinales et latitudinales, séparées par une cassure accidentelle. Ces pièces ont évidemment des parties oxydées, mais celles qui ne le sont pas présentent une belle patine lisse et brillante.

Les divers débris, scories et déchets font croire qu’on se trouve en présence d’un atelier de fondeur de bronze, mais la matière du vase qui les contenait et le peu d’épaisseur de ses parois font repousser l’idée que ce vase était le creuset qui servait au fondeur. Il est étrange que depuis si longtemps que ce champ fut labouré, cette cachette d’un fondeur de haches de bronze qui vivait il y a quelques milliers d’années n’ait pas été découverte plus tôt.

Yves DAUFFY » références citées dans l’article suivant :

 

Fig. 2. Quelques parures annulaires et le fragment d’épée « avec filets » réattribués au dépôt de Moisdon-la-Rivière - Musée Dobrée, Nantes (cliché M. Mélin)

Dépôt du Bronze moyen 2 de Moisdon-la-Rivière : collection du Musée Dobrée (M. Mélin, M. Nordez, 2014)

Le Campaniforme et l’âge du Bronze dans les Pays de la Loire PROJET COLLECTIF DE RECHERCHE RAPPORT D’ACTIVITÉ – ANNÉE 2014

https://www.academia.edu/15853749/Rapport_activit%C3%A9_PCR_Bronze_Pays_de_la_Loire_2014

Sylvie BOULUD-GAZO (coordinatrice), Adrien CAMUS, Sophie CORSON, Catherine DUPONT, Quentin FAVREL, Henri GANDOIS, José GOMEZ DE SOTO, Jean-Marc LARGE, Cécile LE CARLIER, Vivien MATHÉ, Muriel MÉLIN, Marilou NORDEZ, Lolita ROUSSEAU, Yann VIAU, Thomas VIGNEAU, Olivier WELLER

2. 5. Le dépôt du Bronze moyen 2 de Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) : un ensemble retrouvé parmi les collections sans provenance du musée Dobrée de Nantes Muriel MELIN et Marilou NORDEZ pp 55-71

« Cet article est l’occasion de reparler d’un dépôt métallique disparu, trouvé au début du XXe siècle au nord de Nantes […]

Cette découverte faite à Moisdon-la-Rivière était connue jusqu’à présent par une description très succincte, qui a cependant permis son attribution chronologique au Bronze moyen 2.

Dans sa thèse de 1965, J. BRIARD signalait uniquement « MOISDON-LA-RIVIÈRE. «Dépôt» (A. Dortel, B. S. A. Nantes, 1913, p. 54) - Dans un vase, 13 haches à talon, 7 bracelets certains ornés de guillochures, épées avec filets, scories (Courrier de Châteaubriant, 4 octobre 1913 ; renseignement Y. Dauffy) » (Briard 1965 : 315, no 363).

Cette description est reprise à l’identique par M. GABILLOT (2003 : 233, no 992). […]

… article très peu connu, paru dans les Annales de Nantes et du pays nantais de 1967, dans lequel Y. DAUFFY relatait plus précisément la découverte et le contenu de cet ensemble. […}

Dans la base de données Patriarche, le site est référencé sur la parcelle « 1985 : YM 83 », avec les coordonnées Lambert II étendu X=319750 et Y=2299270 (no d’EA 44 099 0006 ; fig. 1).

Le dépôt, mis au jour au cours du printemps 1913 lors de labours sur les terres d’une ferme du village de la Charpenterie, était donc effectivement contenu dans un vase. D’après la description fournie dans le Journal de Châteaubriant du 4 octobre de la même année, il était composé « de douze haches à talon de diverses grandeurs, de sept bracelets de divers diamètres, d’une pointe d’épée ornée de deux filets en relief, de deux morceaux de scories de bronze et de divers fragments de haches et de bracelets usés ou déformés » (Dauffy 1967 : 39). Nous remarquerons ici quelques différences avec la mention de J. BRIARD en 1965 : il s’agit bien d’une seule épée (un fragment de pointe), qui possède, et la précision est d’importance, deux filets en relief.

Les « scories » sont au nombre de deux, et les haches sont au nombre de douze, et non treize. Nous n’avons eu connaissance de ces données que dans un second temps, alors qu’une partie des pièces avait déjà été potentiellement réattribuée au dépôt suite à leur étude de visu (cf. ci-après). […]

Histoire des objets du dépôt de Moisdon-la Rivière, de leur découverte à aujourd’hui

Lors de la séance du 28 octobre 1913 de la Société archéologique de Nantes et du département de Loire-Inférieure,

A. DORTEL « rappelle qu’au printemps dernier, on rencontra à Moisdon-la-Rivière les vestiges d’un atelier de fondeur de bronze, à peu près semblable à celui mis au jour récemment à la Croix-Bonneau.

Il s’étonne que la Société n’ait pas été tenue au courant de cette fouille dont les objets ont été déposés au musée de Châteaubriant. » (p. 33-34).

L’auteur fait ici référence au dépôt des Écobuts, aujourd’hui disparu, mais daté du Bronze final atlantique 3 d’après les descriptions d’objets, alors que la description du dépôt de Moisdon-la-Rivière suggère plutôt une attribution au Bronze moyen 2, en particulier par l’association haches à talon et bracelets.

D’après cette mention, tous les éléments constituant le dépôt ont donc initialement été confiés au musée de Châteaubriant. Malheureusement, de nombreuses informations contextuelles ont été perdues dès l’entrée des objets dans cette collection, jusqu’à leur provenance.

C’est le cas de bon nombre d’autres pièces ayant appartenu au même musée, comme nous le montre l’étude de M. VIEAU (1976).

Dans le cadre d’un travail de reprise des données sur l’âge du Bronze moyen régional, notamment initié sous l’impulsion du présent projet collectif de recherche, les objets sans provenance typochronologiquement concordants ont été étudiés et leur patine comparée avec attention, permettant, dans certains cas, de reformer des ensembles dispersés (cf. Nordez, ce volume : 38-54 ; Mélin, ce volume : 77-86 ; Mélin 2014). »

« Les différentes mentions du dépôt de Moisdon-la-Rivière précisent bien que ces pièces ont été déposées au musée de Châteaubriant.

En 1997, les collections de celui-ci ont été concédées au musée Dobrée de Nantes, où elles sont encore conservées aujourd’hui. Nous sommes parties de l’idée que les objets du dépôt de Moisdon-la-Ri-vière pourraient donc s’y trouver.

Aidées, au départ, de l’unique description de J. BRIARD (1965), nous avons voulu vérifier la possible présence de ces objets au sein du lot de pièces sans provenance des anciennes collections du musée de Châteaubriant, en nous appuyant en particulier sur la patine.

Parmi les pièces sans provenance, publiées en 1976 par M. VIEAU, il existe bien des bracelets et des haches à talon.

Mais c’est surtout la présence d’un objet assez spécifique qui nous a mises sur la piste du dépôt de Moisdon-la-Rivière : il s’agit d’un étroit fragment distal de lame d’épée avec deux nervures en fort relief, qui semble correspondre au morceau d’« épées avec filets », dans la description de J. BRIARD.

Il s’agit en fait du seul fragment d’épée sans provenance issu des collections de Châteaubriant.

Toujours parmi les objets sans provenance, il existe ce qui pourrait correspondre aux « scories » : il s’agit d’un résidu de métal (dénommé « lingot » par M. VIEAU, 1976), constitué d’une plaque assez épaisse mais plate.

[…] Ces nouvelles informations sont venues assurer notre première intuition : il n’y a, au sein du dépôt, qu’une seule épée, un fragment de pointe plus précisément, et qui possède un décor de deux filets en relief.

La « scorie » est en deux morceaux, bien que de cassure récente, ce qui est conforme au premier texte qui mentionne deux morceaux.

La précision concernant sa forme plate vient confirmer que l’on a bien affaire aux objets du dépôt de Moisdon-la-Rivière.

Partant du fragment d’épée à la patine vert-clair, brillante, des restes de sédiments conservés par endroits et de couleur de l’altération de l’alliage, nous avons pu réunir un certain nombre d’objets qui correspondraient originellement à un même ensemble Fig. 2. Quelques parures annulaires et le fragment d’épée « avec filets » réattribués au dépôt de Moisdon-la-Rivière - Musée Dobrée, Nantes (cliché M. Mélin) »

« 3. Description et analyse des objets réattribués au dépôt

Les objets que nous proposons de réattribuer au dépôt de Moisdon-la-Rivière ont déjà été partiellement publiés en 1976 par M. VIEAU (83-86, pl. LVII-LXI), mais sans provenance associée.

Les parures ont cependant été ici redessinées, permettant notamment de corriger la nature de certaines fractures. […]

3.1. Le fragment de lame d’épée (fig. 3)

Il s’agit d’un fragment distal de lame d’épée (Vieau 1976 : pl. XLIX, no 74).

Fig. 3. Fragment de pointe d’épée de type rapière avec deux filets en fort relief (cliché M. Mélin) »

 

 

 

 

 

 

L’objet est assez étroit, presque à bords droits (fig. 2). Sa cassure est ancienne ; il est courbé près de cette cassure.

La lame présente une section à nervures très en relief. Vu ses proportions, elle devait appartenir à une épée de type rapière, à pointe très effilée.

Les épées de ce type possédant une nervure de part et d’autre de l’axe central, ne sont pas des plus fréquentes. […]

 Dimensions : Longueur : 93 mm Largeur : 15 mm Epaisseur : 5 mm

Il doit d’ailleurs être signalé que tous les objets potentiellement réattribués au dépôt de Moisdon-la-Rivière possèdent des numéros d’inventaire proches, comme c’était déjà le cas au musée de Châteaubriant.

Bien que cela ne suffise pas à déterminer que ces objets proviennent d’un même dépôt, il s’agit d’un argument de plus allant dans ce sens, indiquant potentiellement leur entrée simultanée dans cette collection.

Fig. 4. Parures annulaires du dépôt de Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) - Musée Dobrée, Nantes (dessins et DAO M. Nordez)

3.2. Les parures annulaires

Les parures annulaires qui sont décrites ici comme appartenant au dépôt de Moisdon-la-Rivière ont initialement été rapprochées du fait de la proximité de leur patine, de leur état de conservation et de la couleur des sédiments piégés dans le métal. Bien que de morphologies et d’ornementations relativement variées, elles sont typologiquement cohérentes et sont toutes attribuables à la fin du Bronze moyen 2.

Parure annulaire no 1a et 1b (fig. 4, no 1)

À l’instar de toutes les autres parures annulaires regroupées comme provenant potentiellement du dépôt de Moisdon-la-Rivière, celle-ci est à tige massive et de forme ouverte.

Elle est constituée de trois fragments, dont deux dus à une cassure récente (D997.1.62) et un troisième résultant clairement d’une cassure ancienne (D997.1.63). Ainsi présentée, elle constitue un objet complet de forme elliptique relativement régulière. Cependant, le remontage au niveau de cette cassure ancienne n’est pas totalement évident. En effet, la forme de la section des deux fragments censés remonter est légèrement différente : biconvexe au niveau de l’extrémité de D997.1.62, à laquelle viennent s’ajouter à méplats latéraux, elle est ensuite presque plano-convexe sur D997.1.63.

Fig. 4. Parures annulaires du dépôt de Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) - Musée Dobrée, Nantes (dessins et DAO M. Nordez)

La surface, et par conséquent le décor, sont très altérés et ne permettent pas de trancher sur ce potentiel raccord, laissant un doute subsister quant à l’appartenance de ces fragments à un même objet, pourtant cohérent dans sa forme.

Les restes de décor suggèrent un agencement assez particulier de l’ornementation, partiellement agencée en panneaux.

Le décor subterminal et les séparations sont constitués simplement d’incisions transversales. Un premier compartiment très large contient des séries de chevrons longitudinaux, motifs assez rarement représentés dans les décors en panneaux, mais en revanche souvent figurés dans les décors continus, plus fréquents dans la moitié sud de la France (Nordez 2015 : fig. 15).

Les panneaux suivants sont beaucoup plus étroits, mais leur contenu n’a pu être restitué, excepté quelques motifs arciformes et des pointillés sur le fragment D997.1.63.

Dimensions Diamètre max. : 68 mm Diamètre interne : 58 mm Longueur déroulée : 190 mm Largeur section max. : 8,5 mm Hauteur section max. : 5,5 mm Poids : 40 g

Parure annulaire no 2 (fig. 4, n° 2)

Cette parure annulaire ouverte est de section plano-convexe, possédant des méplats latéraux très marqués, dont résulte une morphologie presque subquadrangulaire. L’une des faces latérales est d’ailleurs totalement rectiligne.

Ce bracelet, fonction suggérée par la faible dimension de son diamètre interne (61 mm), est complet, formé de deux fragments résultant d’une cassure récente, et s’achève sur des extrémités effilées.

Bien que le décor soit très altéré, des résidus ont cependant permis d’affirmer qu’il s’agissait d’une ornementation continue, formée d’une succession de chevrons longitudinaux, encadrée d’incisions transversales aux extrémités.

Cette ornementation rappelle celle décrite pour le bracelet no1, dont la particularité était d’être incluse dans un compartiment : ces motifs ainsi agencés correspondent à un modèle courant dans le Centre-Ouest français (Nordez 2015 :fig. 15). L’altération du décor peut sans problème être liée à l’usure de l’objet, dont résultent peut-être, au moins partiellement, ces méplats latéraux extrêmement prononcés.

Dimensions Diamètre max. : 75 mm Diamètre interne : 61 mm Longueur déroulée : 205 mm Largeur section max. : 5,5 mm Hauteur section max. : 6,5 mm Poids : 44 g

Parure annulaire no 3 (fig. 4, n° 3)

Cette parure annulaire est ouverte, complète, de forme elliptique relativement régulière, s’achevant sur des extrémités à tampons précédées d’un rétrécissement de la tige.

Sa section plano-convexe de 13 mm de large pour 8,5 mm de haut possède un méplat latéral très marqué, alors que l’autre face latérale forme un arrondi régulier jusqu’à l’arête marquant le début de la face interne.

Elle ne porte aucune ornementation. Le terme de bracelet ne semble ici pas tout à fait approprié pour décrire cet objet, son diamètre interne de 87 mm laissant envisager un port à la cheville, ou éventuellement au biceps, plutôt qu’au poignet.

Cette hypothèse est corroborée par la présence du méplat latéral très prononcé évoqué précédemment : le fait qu’il n’ait pas de pendant symétrique suggère qu’il résulte d’une usure très importante, qui ne peut être due qu’au port en série de plusieurs éléments métalliques.

En effet, les faces latérales de deux objets portés en série au niveau de la cheville subissent des frottements plus importants que s’ils étaient portés au poignet, du fait de la position verticale de la jambe, qui pourrait tout à fait avoir causé cette réduction de la tige.

Dimensions Diamètre max. : 103 mm Diamètre interne : 87 mm Longueur déroulée : 288 mm Largeur section max. : 13 mm Hauteur section max. : 8,5 mm Poids : 154 g

Parure annulaire no 4 (fig. 5 et 4, n° 4)

Ce bracelet de forme ouverte est complet, de forme elliptique régulière, et s’achève sur des extrémités jointives à légers tampons. Sa section plano-convexe est très large (19 mm), constante et n’est pas agrémentée de méplats latéraux, contrairement à la majorité des autres parures du dépôt.

Elle est ornée d’un décor uniquement limité aux extrémités, composé d’une alternance de séries d’incisions transversales et longitudinales régulières.

Sa surface est altérée, mais les parties conservées permettent d’attester que seuls les tampons et la zone les précédant étaient ornés. De même que pour les autres parures, aucune trace de martelage n’est visible sur la face interne. En revanche, des marques transversales irrégulières y apparaissent nettement, donnant à la surface un aspect plissé (fig. 5).

Il pourrait s’agir des stigmates du cintrage, la déformation entraînant l’étirement de la face externe et le tassement de la face interne. La face externe est, quant à elle, parfaitement régularisée, comme c’est très souvent le cas sur ce type d’objet.

Il faudrait donc imaginer dans le cas présent un cintrage par martelage de la face externe, seule solution permettant de rendre les extrémités jointives, mais avec des outils ne laissant aucune ou peu de traces sur le métal, celles-ci étant ensuite totalement effacées.

Dimensions Diamètre max. : 80 mm Diamètre interne : 67 mm Longueur déroulée : 242 mm Largeur section max. : 19 mm Hauteur section max. : 7 mm Poids : 151 g

Parure annulaire no 5 (fig. 4, n° 5)

Cette parure de section plano-convexe à méplats latéraux est incomplète et fortement déformée. Une extrémité s’achevant sur un léger tampon est conservée, l’autre a été brisée anciennement de manière très nette.

La tige a été repliée sur elle-même de manière à ce que les extrémités se chevauchent sur 45 mm.

Aucun décor n’a pu y être relevé. Cette déformation est bien sûr volontaire, résultant d’un acte particulier, certainement en vue de la déposition. Il s’agit d’un phénomène relativement courant dans les dépôts. Des objets présentant ce même resserrement sont connus par exemple dans le dépôt de Malassis à Chéry, Cher (Briard et al 1969 […] )

Dimensions Diamètre max. : 61 mm Diamètre interne : 50 mm Longueur déroulée : 218 mm Largeur section max. : 8,5 mm Hauteur section max. : 6 mm Poids : 65 g

Parure annulaire no 6 (fig. 4, n° 6)

Ce fragment de parure annulaire, auquel il manque les deux extrémités, est de section plano-convexe à méplats latéraux très marqués. Il a, comme le précédent, fait l’objet d’une importante déformation, dont aurait résulté le croisement des extrémités si elles n’avaient pas été récemment brisées. L’une des cassures, très rectiligne, suggère d’ailleurs un prélèvement, dévoilant un métal rougeâtre à l’intérieur de la section. Une fois de plus, cette déformation renvoie à un acte volontaire, probablement en vue de la déposition.

Dimensions Diamètre max. : 89 mm Diamètre interne : 74 mm Longueur déroulée : 192 mm Largeur section max. : 6,5 mm Hauteur section max. : 7 mm Poids : 48 g

Parure annulaire no 7

Ce petit fragment de 29 mm de long est rectiligne, et il semble s’agir d’une extrémité. Bien que résultant d’une cassure ré-cente, aucun remontage avec d’autres objets du dépôt n’a pu être retrouvé. De section plano-convexe à méplats latéraux, un décor est légèrement perceptible sur la tige, mais très fortement altéré par la corrosion, la surface de la face externe ayant presque disparu. Au niveau de la cassure, l’intérieur de la section présente la même couleur rougeâtre que le précédent.

Dimensions Longueur déroulée : 29 mm Largeur section max. : 9 mm Hauteur section max. : 6 mm Poids : 9 g

3.3. Les haches à talon (fig. 6 et 7)

Fig. 6. Haches à talon de type normand et de type Haguenau dont les patines semblent bien correspondre aux bracelets présentés plus haut (cf. fig. 4) (dessins Vieau, 1976, complétés de tirets indiquant des cassures récentes)

Le lot d’objets sans provenance des anciennes collections du musée de Châteaubriant comprend toute une série de haches à talon. Deux en particulier possèdent une patine vert-clair tirant sur le jaune par endroits, et des restes de sédiment un peu jaune : elles semblent ainsi bien s’accorder avec les pièces présentées ci-dessus (fig. 7).

Fig. 7. Similitude de patine indéniable entre un des bracelets et la hache à talon de type Haguenau (cliché M. Mélin)

Il s’agit d’un type normand sans anneau et à décor d’écusson pour l’une, et d’un type caractéristique de l’Est de la France, le type Haguenau, rarement représenté dans les dépôts occidentaux (fig. 6). On voit bien sur la figure no 7 la similitude indéniable entre la patine de la hache de type Haguenau et le bracelet décoré (n° D997.1.64 et 70)

 

 

« 3.4. Résidu de coulée (fig. 8)

Il s’agit du seul élément pouvant correspondre à la description des objets trouvés à Moisdon-la-Rivière, à travers le terme « scorie », bien que cette pièce n’en soit pas une. […]

L’emploi erroné du terme scorie ne serait en aucun cas étonnant : C. LE CARLIER DE VESLUD a montré récemment la pléthore de termes employés pour décrire les objets en lien avec la métallurgie que l’on retrouve fréquemment au sein des dépôts (Le Carlier de Veslud et al. 2014).

Cette pièce, analysée par J.-R. BOURHIS (In Vieau 1976 : 99), est composée d’un alliage binaire de cuivre à 8,7 % d’étain.

S’agit-il d’un lingot de bronze comme le propose M. VIEAU ? Ou d’un surplus de métal ? Il pourrait s’agir d’un écoulement sur le sol (Le Carlier de Veslud et al . 2014 : 514), bien que celui-ci soit bien plat et relativement grand.

Dimensions, Longueur : 175 mm, Largeur : 96 mm, Épaisseur max : 12 mm […]

45. Conclusion

Partir de la patine afin de tenter de reconstituer un dépôt reste un exercice délicat. En effet, au vu de la variabilité de l’altération de l’alliage cuivreux, tributaire de sa composition de base et de son lieu d’enfouissement, lorsque deux objets sans provenance présentent une patine strictement similaire, il existe une très forte probabilité pour qu’ils proviennent du même endroit.

À l’inverse, ce n’est pas parce que les patines des objets varient légèrement que ceux-ci n’ont pas été enfouis ensemble : la position des objets au sein du dépôt joue un grand rôle et induit une certaine variabilité au niveau des processus de corrosion. Selon leur position, dans la partie inférieure ou supérieure du dépôt, en contact direct ou non avec le sédiment, ou protégés par un éventuel contenant, ceux-ci seront potentiellement soumis de manière différente à la corrosion ; leur patine différera donc éventuellement, y compris au sein d’un même dépôt. […]

Par conséquent, une certaine prudence est de mise quant à la restitution du dépôt de Moisdon-la-Rivière, partiellement basée sur l’examen des patines des objets. Cependant, au sein des objets présentés ici, plusieurs groupes nous semblent très bien fonctionner ensemble et sont conformes à la première description du dépôt : les bracelets, deux des haches à talon, le fragment d’épée et le résidu de coulée sont tout à fait cohérents. […]

Les descriptions du dépôt qui suivent de peu la découverte mentionnent douze haches à talon (et non treize, comme le signalait J. BRIARD), sept bracelets, une pointe d’épée, deux résidus de fonte ainsi que des fragments de haches et de bracelets, malheureusement dans une quantité non précisée.

Suite à cette étude, deux haches à talon, sept bracelets, la pointe d’épée et les deux fragments d’un résidu de coulée ont pu être réattribués au dépôt de la Charpenterie avec certitude.

S’y ajoutent un probable lot de neuf ou dix haches, suivant la méthode de décompte des fragments, ainsi que trois fragments de tiges martelées. L’ensemble ainsi restitué paraît donc très cohérent avec la description de 1913.

Bien qu’il reste des doutes sur la provenance réelle de certaines pièces, il semble désormais presque certain que nous avons bien affaire au dépôt mis au jour à la Charpenterie, sur la commune de Moisdon-la-Rivière, dépôt jusqu’alors considéré comme disparu.

La réattribution d’une grande partie des objets, et donc la redécouverte de ce dépôt est d’importance, puisque son assemblage est intéressant à plus d’un titre pour la période : si l’association de haches et de parures annulaires est des plus classiques, la présence, aux côtés de ces objets, d’un fragment d’épée et d’un résidu de coulée, est en revanche originale.

Par conséquent, cet ensemble est à rattacher au groupe des dépôts de composition variée, réunissant au moins trois catégories fonctionnelles, à savoir des haches, des parures et de l’armement.

Peu fréquents dans l’Ouest de la France, représentés uniquement par quatre autres ensembles fiables (fig. 14), il était important de pouvoir retrouver ce dépôt « disparu », notamment dans le cadre de travaux en cours sur les dépôts et l’affinement chronologique du Bronze moyen et de la transition avec le Bronze final […]. » les références des articles cités sont disponibles sur : ...

Le dépôt du Bronze moyen 2 de Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) : un ensemble retrouvé parmi les collections sans provenance du musée Dobrée de Nantes Muriel MELIN et Marilou NORDEZ pp 55-71

Le Campaniforme et l’âge du Bronze dans les Pays de la Loire PROJET COLLECTIF DE RECHERCHE RAPPORT D’ACTIVITÉ – ANNÉE 2014

https://www.academia.edu/15853749/Rapport_activit%C3%A9_PCR_Bronze_Pays_de_la_Loire_2014

 

Typologie et Ornementation des Parures annulaires du Bronze moyen des Pays-de-la-Loire (M. Nordez) 2013

Particularités typologiques et ornementales des parures annulaires du Bronze moyen des Pays de la Loire      Marilou NORDEZ

https://www.academia.edu/11777371/Particularit%C3%A9s_typologiques_et_ornementales_des_parures_annulaires_du_Bronze_moyen_des_Pays_de_la_Loire

Larges extraits :

« A compter de la seconde partie du Bronze moyen, les dépôts se présentent sous une forme relativement monotone dans le Grand Ouest de la France : les ensembles enfouis à cette période se composent souvent uniquement de haches à talon et/ou de parures annulaires massives, ces dernières étant régulièrement ornées d’un décor ciselé. Ces deux catégories d’objets peuvent être déposées en nombre variable, seules ou associées.

Il s’agit ici de dresser un bilan régional des caractéristiques typologiques, décoratives et d’enfouissement des parures annulaires en alliage à base de cuivre mises au jour dans les Pays de la Loire, ainsi que d’effectuer un premier tri dans les données bibliographiques disponibles. Résultant souvent de découvertes anciennes, ces dépôts ont régulièrement fait l’objet de mélanges et de reconstitutions abusives, et nécessitent désormais d’être réexaminés.

En Pays de la Loire, ce sont au total 152 parures annulaires en alliage à base de cuivre, issues de 50 sites différents, qui ont été mises au jour, auxquelles il faut ajouter quatorze objets de provenance indéterminée mais très certainement locale. La carte ci-dessous figure l’ensemble de ces sites ligériens, hiérarchisés selon trois niveaux, en fonction du nombre d’objets livrés par chacun de ces sites (Fig. 1).

Fig. 1 - Répartition des parures annulaires du Bronze moyen des Pays de la Loire

Typologie et Ornementation des Parures annulaires du Bronze moyen des Pays-de-la-Loire (M. Nordez) 2013

 

 

Fig. 1 - Répartition des parures annulaires du Bronze moyen des Pays de la Loire

Cette carte de répartition permet de mettre en évidence deux zones de concentration importantes : l’une couvrant le nord de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire, dont on sait qu’elle se prolonge en Ille-et-Vilaine ; la seconde se trouve au sud de la Loire et en suit quasiment le cours, à cheval sur le sud de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire, ainsi que sur le nord de la Vendée. La Sarthe et la Mayenne, qui n’ont respectivement livré qu’une et six parures annulaires, paraissent nettement en marge de ces concentrations, bien que cela puisse être du à un état de la recherche. »

« Contextes d’enfouissement, assemblages et chronologie

Parmi les cinquante sites ligériens recensés comme ayant livré des parures annulaires, quarante-et-un sont des dépôts, trois sont à vocation funéraire attestée ou supposée, et ceux restants ne sont pas suffisamment renseignés pour que leur contexte puisse être envisagé.

Les dépôts

Au sein des dépôts, vingt correspondent à des dépôts d’objet unique ou découvertes isolées, sans informations supplémentaires sur leur contexte, et les vingt-et-un autres sont des ensembles regroupant de deux à trente-et-un objets.

Parmi ces derniers, quatre contenaient uniquement des parures annulaires (de deux à neuf), et huit associaient des haches à talon (une à dix), toutes à talon, avec des parures annulaires (une à sept).

Ce type d’assemblage est aujourd’hui admis comme appartenant à la seconde partie du Bronze moyen. »

« Les neuf dépôts restants correspondent à plusieurs possibilités. Tout d’abord, les deux dépôts de Pierre-Cou, respectivement désignés comme provenant du Fourneau et du Belvédère, à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire), ont notamment livré des haches à rebords, suggérant une déposition légèrement plus ancienne, au milieu du Bronze moyen (Bronze B2 – C1 de la chronologie allemande).

En plus de ces haches à rebords (atlantiques à décor cannelé, continentales ou encore disparues), sont également regroupés des fragments de ciseaux à talon, une pointe de lance, des parures annulaires à tige rubanée et à côtes longitudinales ainsi que d’autres à tige massive, etc. (Gabillot et al., 2011).

Ces deux ensembles se rattachent aux dépôts dits mixtes, du fait de l’association d’objets d’influence à la fois atlantique et orientale.

Le dépôt de Saint-Lumine-de-Clisson (Loire-Atlantique), mis au jour en 2010, présente de fortes ressemblances avec les deux précédemment évoqués, hormis les haches, qui sont quant à elles à talon de type breton, supposant probablement une expression plus tardive de cette forme d’assemblage (Boulud-Gazo et al., 2012).

Enfin, il peut s’agir d’ensembles hétéroclites, abusivement reconstitués ou à la composition encore aujourd’hui incertaine.

Les dépôts de Montaigu (Vendée), de Plessé (Loire-Atlantique)et de Durtal (Maine-et-Loire) appartiennent à cette catégorie et feront prochainement l’objet d’un réexamen, déjà initié par M. Mélin.

Quelques dépôts contiennent des éléments mobiliers ayant permis de préciser la chronologie des parures annulaires : c’est notamment le cas de celui de La Barre à Cossé-le-Vivien (Mayenne), qui a livré une épingle du type de Picardie, bien daté du Bronze moyen 2 (Farcy, 1893, p. 103 ; Briard, 1965, p. 125, 128-129 ; fig. 41).

Les sites à vocation funéraire

Parmi les trois sites à vocation funéraire intégrés dans ce corpus se trouvent deux nécropoles, qui ont fait l’objet de fouilles préventives à la fin des années 1990. La première, celle des Ouches à Auzay (Vendée), fournit de précieux renseignements quant aux modalités de port des parures annulaires.

Sept sépultures sur les quatorze fouillées ont livré des défunts parés au total de vingt-quatre bracelets et/ou anneaux de cheville (Lourdaux et Gomez de Soto, 1998). »

« Les individus parés sont représentés par un personnage de sexe et d’âge inconnus (SP 24), par un adolescent de sexe lui-aussi inconnu (SP 19), ainsi que par trois jeunes femmes munies d’un bracelet à chaque poignet (SP 20, 22 et 23).

L’une d’entre elles (SP 20) ainsi que l’adolescent portent aussi un anneau à chaque cheville, et ce dernier est également paré d’un torque ainsi que de deux boucles d’oreille ou anneaux de cheveux, découverts de part et d’autre de son crâne (SP 19). Deux autres individus, de jeunes adultes dont un masculin (SP 36) et l’autre de sexe inconnu (SP 17), ne portent qu’un bracelet.

A noter que les deux seules parures annulaires décorées de cette nécropole, issues de la sépulture 22, présentent une ornementation différente de celles connues en dépôt dans la région, caractérisée notamment par certains motifs originaux et une organisation en panneaux séparés par des plages laissées vides.

Deux datations C14 ont été réalisées dans le cadre du présent PCR sur des dents issues des sépultures n° 19 et 22 de la nécropole des Ouches à Auzay (Vendée), livrant respectivement les résultats suivants : 1410-1260 cal. BC et 1440-1370 cal. BC.

Ces données sont venues confirmer la datation supposée de la nécropole par l’étude du mobilier, à la fin du Bronze moyen, et dont l’utilisation se prolonge probablement jusqu’au début du Bronze final.

La seconde est celle de Distré « Les Murailles II » (Maine-et-Loire), probablement proche de la précédente concernant sa chronologie.

Elle n’a quant à elle livré qu’une seule parure annulaire massive incomplète, de section circulaire et non ornée (Barbier, 1996).

Le dernier site potentiellement funéraire est celui des Terrinières, à Chambellay (Maine-et-Loire), qui fit l’objet d’une fouille de sauvetage par M. Gruet en 1971.

Cette fosse, conservée sur environ 70 cm de profondeur et 50 cm de large et de long, contenait : un bol à fond plat agrémenté de trois mamelons, un grand vase cylindrique à quatre mamelons et impressions digitées sur son bord, deux parures annulaires massives sans décor, ainsi qu’un fragment de radius, qui a engendré cette attribution funéraire du site.

Un éclat de silex a également été retrouvé dans le comblement de la fosse, mais sans être directement associé au reste du mobilier. »

« Les parures annulaires massives ligériennes

La production de parures annulaires à tige massive constitue, en Pays de la Loire comme dans les zones voisines, l’une des caractéristiques de la seconde partie du Bronze moyen.

Bien que les aspects morphologiques et décoratifs de ces objets témoignent d’une variété relativement importante, des tendances majoritaires peuvent être repérées.

Considérations morphologiques

Au sein de la région qui nous intéresse, les parures annulaires massives sont presque toutes de forme ouverte.

Les seules exceptions à ce constat ont toutes deux été mises au jour dans le Maine-et-Loire, provenant respectivement de Saint-Michel-et-Chanveaux et de Doué-la-Fontaine (Cordier, Gruet, 1975, p. 186, 222 ; fig. 30, 31, n° 1, 3).

Des tampons simulés par un renflement constituent des imitations d’extrémités et constituent un point de départ au décor.

Au sein des formes ouvertes peuvent être distingués vingt-deux éléments aux extrémités jointives, dont le diamètre implique dans certains cas que les extrémités aient été resserrées directement autour du bras du porteur.

Parmi les objets dont la forme de la section est connue, la moitié sont plano-convexes.

Elles sont fréquemment caractérisées par la présence de méplats latéraux, qui peuvent être dus à l’usure, ou bien à une opération de martelage lors de la mise en forme suivie d’une phase de polissage.

Viennent ensuite les sections biconvexes (regroupant celles circulaires, ovales et lenticulaires) et quadrangulaires, concernant respectivement vingt-quatre et vingt exemplaires.

Les sections losangiques sont au nombre de sept, celles concavo-convexes au nombre de huit, et suivent enfin les sections triangulaires, qui ne sont représentées que par deux exemplaires (Fig. 2).[…]

Fig. 2 - non représentée dans les extraits

« Données métriques et pondérales Les mesures des parures annulaires ligériennes à tige massive sont les suivantes :

- leur diamètre maximal varie de 63 à 144 mm, pour une moyenne de 83 mm.

Certains objets présentent un diamètre légèrement moindre, mais ont fait l’objet d’une déformation bien visible, traduite notamment par le chevauchement des extrémités ;

- d’une grande variabilité, leur poids se situe entre 16 et 310 g, pour une moyenne de 75 g ;

- les dimensions du jonc varient de 3,5 à 27 mm de largeur pour 3 à 12 mm de hauteur, avec une moyenne de 10 x 6 mm.

Les données métriques et pondérales des éléments à tige rubanée ont été considérées à part du fait de la morphologie très différente de la tige. La finesse de celle-ci fait apparaître le diamètre maximal plus étroit que pour les tiges massives, celui des rares éléments complets de ce type étant compris entre 53 et 64 mm.

Le même constat peut-être effectué pour leur poids, compris entre 24 et 30 g, et les dimensions de leur jonc sont nettement différentes, mesurant de 13,5 à 19 mm de large pour 1,5 à 2,5 mm de haut.

Modes d’ornementation

Le graphique ci-dessous synthétise les différentes formes d’ornementation employées sur les parures annulaires massives ligériennes (Fig. 3).

Les éléments non ornés apparaissent largement majoritaires, suivis des décors organisés en panneaux puis des décors uniquement limités aux extrémités.

Il est à noter que les décors dits continus, qui figurent un motif unique se déroulant sur l’ensemble du jonc, en opposition avec les décors compartimentés évoqués ci-dessus, sont totalement absents de ce corpus, alors qu’ils existent en Bretagne et sont relativement fréquents dans les régions plus méridionales.

Les décors en panneaux sont nommés ainsi du fait de la répartition des motifs dans des compartiments, séparés les uns des autres par des séries de lignes parallèles transversales entre lesquelles s’insèrent souvent des lignes longitudinales superposées, et parfois des arêtes de poisson ou des pointillés.

Ce type de décor, réellement particulier à la seconde partie du Bronze moyen, peut se traduire sous trois formes principales dans le Grand Ouest : des panneaux symétriques, reproduits à l’identique sur chacune des parties de l’objet ,   des panneaux monotones, se répétant sur l’ensemble du jonc ; ou encore des panneaux variés, ne respectant à nos yeux pas d’ordre précis. »

« Cette dernière catégorie est absente des Pays de la Loire, et se retrouve rarement dans les zones voisines.

Les deux autres modes d’organisation des panneaux sont quant à eux représentés de manière équivalente dans la région.

Fig. 3 - Modes d'ornementation des parures annulaires ligériennes

Composition des panneaux

Il ne s’agit pas ici de dresser l’inventaire de l’ensemble des panneaux existants en Pays de la Loire, mais bien d’en présenter un échantillon représentatif et une classification synthétique, permettant de tirer des conclusions sur les tendances ornementales des parures ligériennes.

Le tableau ci-contre figure les quatre grands types de panneaux qui ont pu être repérés (fig. 4).

Cette classification, valable uniquement pour les Pays de la Loire, est volontairement très synthétique.

En effet, son affinement n’a livré aucun résultat significatif, notamment du fait de la trop faible quantité d’objets ornés de décors organisés en panneaux.

Le type 2 correspond aux motifs arciformes, simples, emboîtés, pointillés, hachurés, etc., qui peuvent éventuellement être agrémentés de deux triangles affrontés reposant sur les bords latéraux du panneau. Il s’agit des motifs les plus fréquents, apparaissant cinquante fois sur seize objets en Pays de la Loire.

Le type 1, qui rassemble les motifs en chevrons qui peuvent être simples, emboîtés, affrontés, hachurés, etc., n’est pas en reste : quarante-six occurrences ont été repérées sur dix-sept objets.

Les types 3 et 4 regroupent respectivement les motifs lenticulaires et losangiques, moins nombreux mais tout de même bien représentés.

Il faut ajouter à cette classification neuf panneaux uniques, connus seulement sur un objet de la région étudiée et qui ne trouvent pour la plupart aucune comparaison dans les zones voisines.

Ces associations complexes de motifs ont notamment pu être constatées sur les parures annulaires de : Plessé, Saint-Philbert-de-Grandlieu, les panneaux centraux de deux objets du dépôt de la Philipperie à Derval (Loire-Atlantique), Saint-Michel-et-Chanveaux, Champigné (Maine-et-Loire), Cossé-le-Vivien et Grazay (Mayenne).

L’exemplaire de Nantes, conservé au musée Saint-Raymond à Toulouse, a lui-aussi livré un panneau unique mais sa morphologie ainsi que l’absence d’informations concernant sa découverte laissent planer des doutes quant au lieu de sa découverte.

L’étude de la répartition géographique des différents types de panneaux n’a pas non plus été très concluante : ils sont visibles dans toute la région sans qu’une préférence ne semble être accordée à une zone plutôt qu’à une autre. »

« Liens entre morphologie et ornementation

Il est à noter que, dans le cas des sections losangiques, six des sept exemplaires proviennent du dépôt de Saint-Lumine-de-Clisson (Loire-Atlantique), et qu’aucun n’est agrémenté d’un décor ciselé (Boulud-Gazo et al., 2012).

Une autre information importante peut être relevée quant aux liens existants entre forme de section et ornementation des parures annulaires massives :

 sur les vingt-quatre objets de section biconvexe, vingt-deux ne portent aucun décor ; de même pour les vingt objets de section quadrangulaire, aucun n’est orné.

Il pourrait donc s’agir soit d’objets figurant un état intermédiaire dans la fabrication, dont la mise en forme ne serait pas achevée, et sur lesquelles l’ornementation n’a pas encore été réalisée, soit d’une forme de jonc particulière, qui n’aurait pas vocation à recevoir une ornementation.

Parures annulaires à tige rubanée et côtes longitudinales

Les parures annulaires à tige rubanée ornée de côtes longitudinales sont des objets rares dans la moitié ouest de la France.

Plus fréquentes en Europe centrale, elles sont pourtant relativement bien représentés au sein de la région étudiée : totalement absents en Bretagne, Normandie ou Poitou-Charentes, neuf sont connus en Pays de la Loire.

Deux proviennent du dépôt de Saint-Lumine-de-Clisson, Loire-Atlantique (Boulud-Gazo et al., 2012), deux autres de la sépulture 22 de la nécropole des Ouches à Auzay, Vendée (Lourdaux, Gomez de Soto, 1998), et les dépôts de Pierre-Cou à Chalonnes-sur-Loire, Maine-et-Loire, en ont respectivement livré deux complets et trois fragments (Cordier, Gruet, 1975, p. 171, 174 ; fig. 11, n° 1-8 ; Gabillot et al., 2011).

Il apparaît donc que dans trois cas sur quatre, ces parures à tige rubanée ont été enfouies par paire, la sépulture 22 des Ouches à Auzay ayant permis de constater qu’un exemplaire se trouvait sur chacun des poignets de l’homme adulte inhumé.

Sur ces objets, le nombre de côtes est systématiquement de quatre ou de six, et la symétrie semble être un élément important.

A Chalonnes-sur-Loire, les côtes sont séparées par un espace central plus large, plat ou légèrement renflé.

Dans trois cas sur quatre, le sommet des côtes est agrémenté de fines incisions parallèles transversales ou obliques (Erreur : source de la référence non trouvée).

L’ensemble des extrémités conservées sont légèrement effilées et caractérisées par une zone plane de quelques centimètres, à partir desquelles démarre la section dentelée. Sur l’un des exemplaires de Saint-Lumine-de-Clisson, des groupes d’incisions obliques alternées formant un décor en arêtes de poisson a pu être repéré, bien que très fin et altéré (Erreur : source de la référence non trouvée).

Conclusion et perspectives

A compter de la seconde partie du Bronze moyen, la déposition de parures annulaires, fréquemment associées à des haches à talon, est une pratique courante dans l’ensemble du quart nord-ouest de la France.

Les Pays de la Loire participent activement du phénomène, et certaines particularités propres à cette aire géographique peuvent être relevées.

Tout d’abord, bien que les parures annulaires à tige massive soient très largement majoritaires, quelques exemplaires de bracelets rubanés à côtes longitudinales sont connus, contrairement aux régions voisines.

Ces bijoux massifs sont presque tous de forme ouverte, exceptés deux exemplaires du Maine-et-Loire qui rappellent les objets plus orientaux, provenant essentiellement du bassin inférieur et moyen de la Seine (Fleury, 2006 ; Nordez, 2013).

Parmi les formes de section, une préférence très marquée pour les joncs plano-convexes peut être détectée.

Les sections quadrangulaires et circulaires sont également bien représentées, et présentent la particularité de n’être que très rarement décorées.

Contrairement à ce qui est couramment admis, ce sont les parures annulaires non ornées qui sont les plus fréquentes en région ligérienne.

Les décors en panneaux sont également bien représentés, avec une légère majorité de compartiments organisés de manière symétrique par rapport aux compartiments répétitifs.

En revanche, les décors continus, présents dans le Grand Ouest et notamment dans les régions Centre, Poitou-Charentes et Aquitaine, sont ici totalement absents. »

« Il est à noter que toutes les haches à talon trouvées en contexte de dépôt en association avec des parures annulaires sont de type breton dans les Pays de la Loire.

Ailleurs, les exemplaires de haches à talon de type normand sont aussi extrêmement rares dans ce type de contexte.

Les dépôts du Bronze moyen 2 se manifestent donc sous des formes ne présentant qu’une faible variabilité.

Des codes, dont la signification nous échappe, semblent régir la sélection des objets déposés ainsi que les modalités d’enfouissement.

Dans le cadre du présent PCR, les dépôts de cette époque du Bronze moyen 2 et datés de la transition entre Bronze moyen et Bronze final font actuellement l’objet d’un nécessaire réexamen.

 La bibliographie et les objets des dépôts controversés seront étudiés de près afin que les recherches futures se basent sur des données fiables et que des erreurs reportées depuis plusieurs décennies prennent fin.

A cette époque, les dépôts se manifestent donc sans grande variabilité, peu de place étant laissée aux caractères originaux dans leur composition et dans la forme des objets déposés. »

Annexe : Inventaire des sites ligériens ayant livré des parures annulaires du Bronze moyen (Extraits concernant les communes du Castelbriantais)

Nbr de parures annulaires connues, forme section, type de décor + nbr de parures annulaires mentionnées dans la bibliographie mais dont la morphologie et le décor sont inconnus

Contexte de découverte (nbr PA, nbr HàT, etc.) – date découverte – Lieu conservation

Abréviations : HàR : hache à rebords ; HàT : hache à talon ; PA : parure annulaire ; PdL : pointe de lance

Blain 2 PA, sect° plano-convexe, sans décor

Contexte inconnu - Musée Dobrée, Nantes Vieau, 1976

Châteaubriant (1) 1 PA, sect° plano-convexe, sans décor

Contexte inconnu – 1914 – Musée Dobrée, Nantes Vieau, 1976

 

Châteaubriant (2) 1 PA, sect° plano-convexe, décor subterminal

Contexte inconnu – 1915 – Musée Dobrée, Nantes Vieau, 1976

Châteaubriant (environs de) 1 PA, sect° plano-convexe, décor subterminal

Contexte inconnu – Avant 1953 – Musée Dobrée, Nantes Vieau, 1976

L’Etival, Conquereuil 1 PA, sect° plano-convexe, décor en panneaux

Découverte isolée (labours) – Avant 1999 – Musée Dobrée, Nantes

L'Helgouac'h et al,. 1999, p. 95

La Cadinais, Conquereuil 2 PA, sect° plano-convexe, décors en panneaux

Probable dépôt, PA uniquement – Avant 1984 – Musée Dobrée, Nantes

L'Helgouac'h et al., 1999, p. 90-93

La Philipperie, Derval 3 PA, sect° plano-convexe, décors en panneaux

Dépôt (3 PA uniquement) – V. 1980 – Coll. privée Bregeon

L'Helgouac'h et al., 1999, p. 90-92

Plessé 1 frgt PA, sect° plano-convexe, décor en panneaux

Dépôt hétéroclite (à réexaminer) – 1859 – Musée Dobrée, Nantes

Lisle du Dréneuc, 1883, p. 59, 137, n° 43 ; 1887, p. 172 ; 1903, p. 19, n° 31 ; Mortillet, 1894, p. 318 ; Déchelette, 1910, n° 453 ; Briard, 1961 ; 1965, p. 315, n° 368 ; Maggi, 1990, p. 227-236 ; Pennors, 2004

Moisdon-la-Rivière 7 PA disparues, sect° et décors NR

Dépôt (7 PA, 13 HàT, épées, scories) – 1913 – Disparu

Dortel, 1913, p. 54 ; Courrier de Châteaubriant, 4 octobre 1913 ; renseignements Dauffy (Briard) ; Pouzet, 1964, p. 12 ; Briard, 1965, n° 363 ; Maggi, 1989, p. 156 ; Gabillot, 2003, n° 992

Références bibliographiques visibles dans :

Particularités typologiques et ornementales des parures annulaires du Bronze moyen des Pays de la Loire Marilou NORDEZ

https://www.academia.edu/11777371/Particularit%C3%A9s_typologiques_et_ornementales_des_parures_annulaires_du_Bronze_moyen_des_Pays_de_la_Loire