Collectages d'aînés sur les métiers d'autrefois

La Fileuse : Entretien avec Bernadette Bellay (1)

On peut dire que, pendant la guerre de 39-45, c’est la pénurie de ce dont on avait besoin pour s’habiller qui fait qu’on est revenu à ces pratiques comme celle de filer la laine à la main..

Dans beaucoup de maisons, il avait été repris des brebis. Les brebis étaient tondues à l’Ascension car un dicton disait « A l’Ascension touse ton Mouton » ce qui signifiait, aux premières chaleur, à l’ascension, tonds ton mouton.

La laine était conservée dans des sacs de jute pour qu’elle soit aérée, mais dans sa graisse, dans le suint, jusqu’à son utilisation.

Après, elle était lavée plusieurs fois dans de l’eau très chaude (il fallait que la graisse s’en aille doucement). On mettait un peu de lessive pour le super-lavage (si on peut dire) dans de grandes bassines.

Bien rincée, elle était mise à sécher, souvent sur des fagots de façon à ce que ce soit aéré. Elle était stockée avant son utilisation.

Ensuite, on l’ébourgeonnait à la main, cela consistait à étirer la laine dans tous les sens pour enlever les impuretés.

Après, on utilisait la cardeuse, juste avant le filage ensuite.

La cardeuse est le petit appareil que l’on voit là.

La Cardeuse sert à briser les nœuds qu’il peut y avoir dans la laine afin de la lisser afin de faire le fil le plus régulier possible au filage.

On mettait une poignée de laine, puis on utilisait la cardeuse afin que tous les fils soit bien brisés.

Cela faisait une petite masse allongée, qui était filée ensuite.

En filant avec le rouet, lorsqu’on arrivait à la fin de cette masse à filer, on en accrochait une autre jusqu’à ce que le  petit fuseau soit plein.

 

Après le filage, on met la laine en écheveaux sur un appareil que l’on appelait alors « Travoué »

Ces écheveaux pouvaient être utilisés bruts (avec la teinte naturelle de la laine) ou passés dans un bain de teinture, par exemple pour faire des pulls un peu moins salissants.

On faisait les teintures dans un grand chaudron presque bouillant. Il fallait ensuite rincer plusieurs fois jusqu’à ce que l’eau ressorte claire.

On ajoutait à la dernière eau de rinçage du vinaigre pour fixer la teinte. Les teintures étaient vendues dans le commerce sous forme de poudres.

Il n’y avait pas trop de choix dans les couleurs, du marron, du bleu marine, du grenat, du rouge et peut-être plusieurs teintes de bleu.

On habillait toute la famille avec la laine et surtout les enfants qui grandissaient (il y avait besoin de renouvellement même si, à l’époque, ce que les grands avaient porté servait aux autres). La laine était solide quand elle était bien filée.

Chez-nous, c’est ma grand-mère qui filait. Il y avait également des personnes qui filaient pour les gens. Je ne pense pas que c’était une profession, c’était plutôt pour rendre service. Il y avait quelques fileuses, pas beaucoup dans la commune et surtout des vieilles personnes qui avaient connu cela dans leur jeunesse.

Elles filaient chez elle, avec la matière première que les gens apportaient. Le travail de la fileuse consistait à faire tourner le rouet et faire le fil, transformer une poignée de laine en un fil le plus régulier possible.

La main droite tournait le rouet et la main gauche faisait en sorte que le fil soit assez fin et assez régulier.

La fileuse était assise sur une chaise à côté du rouet, une chaise pas trop haute pour le confort de la personne.

Si la laine était bien préparée, le fil était assez régulier, sachant qu’il pouvait quelquefois rester des bourgeons qu’on essayait d’enlever au moment de rembobiner.

Pour réaliser le fil on tournait le rouet dans un sens et dans l’autre sens pour rembobiner.

Pour la bobine du fil on utilisait une tige creuse de Berce, une plante qui vient assez haut et que l’on trouve dans les fossés. Cette tige creuse s’accordait avec la tige qui dépasse du rouet.

On utilisait également des fuseaux en bois, mais plutôt pour filer le lin. J’ai tout le temps vu ma grand-mère utiliser la Berce, plante que l’on a à volonté et qu’on peut renouveler quand le fuseau est écrasé.

Voir sur internet un film sur le filage de la laine au rouet :

https://www.youtube.com/watch?v=VGTiotvahqc

 

Collectage sur les métiers d'autrefois de Pierre Garaud, fils d' Hélène du café Garaud (03 février 2016) (A)

Métiers et Savoir-Faire d'autrefois (Pierre Garaud)

Plusieurs artisans sur Puceul.              

Le Charron

Son travail consistait à faire des charrettes pour l'agriculture (tractées par des bœufs ou des chevaux), avec un seul ou deux timons, avec deux brancards.

Il fabriquait aussi le tombereau qui avait la particularité de se vider (on pouvait bêner).

La charrette avec les hauts de chaque bout, pour mettre du foin ou du volume. Le charron avait sa forge. Il travaillait le bois et le fer.

Il utilisait la forge pour les essieux et les cercles de roues.

C'était le domaine du père Belleau, Jean Belleau.

Il était juste en face du cimetière, de l'autre côté de la route.

A l'époque, c'était la dernière maison avant la sortie du bourg.

La maison se situe juste dans l'angle du cimetière, en face de celui-ci.

Autres artisans, les menuisiers.

Monsieur Judalet était menuisier ébéniste (avec comme matériau le bois et comme outils, le rabot et l'établi) .

Il fabriquait ou réparait surtout les meubles.

Sa fille s'est mariée avec JB Houssais qui lui aussi était menuisier.

La menuiserie se situait là où est l'école St Joseph.

Son dépôt de bois était juste dans l'angle formé par la route d'Abbaretz et la route qui mène au bois de la Savinais (il y entreposait tous ses chênes) .

L'atelier était à suivre et il y avait aussi un pressoir où l'on pouvait faire du cidre en écrasant les pommes (juste dans l'angle de la route d'Abbaretz et de celle qui mène au bois)

Le menuisier faisait aussi les cercueils.

Quand il y avait un décès, il fallait prendre les mesures du défunt, pour établir un cercueil selon sa corpulence.

Il y avait aussi le forgeron dans le bas de la route de Vay et dont la forge a été reprise ensuite par Guy Richard.

J'ai connu Donatien Tessier, mais en 1931, d'après le recensement, c'était Tudy.

Dans ma jeunesse, c'était Donatien Tessier qui est allé plus tard, quand Guy Richard s'est installé, sur la route d'Abbaretz, tout près de chez Jean Garaud.

Il s'était fait un hangar et sa forge était là.

Mais auparavant, lorsqu'en tant qu'écolier, on descendait la route de Vay, on voyait les chevaux attendre devant la forge, surtout les lundis, mardis et mercredis.

Tous les chevaux étaient attachés, souvent en début de semaine en accord avec Donatien Tessier .

Le forgeron s'occupait de l'entretien des machines agricoles, de refaire les socs, les fers, les charrues, les herses...

L'hiver, comme il ne faisait pas chaud, il fabriquait lui-même ses fers.

Il recevait ses tringles de fer brutes.

Et avec un compagnon qui tapait dessus sur l'enclume pour donner la forme du fer, il faisait son stock de fer lui-même.

Mais plus tard sont arrivés les fers mécaniques livrés tous-faits.

Mais à l'époque, compte-tenu du prix d'un fer, il était plus rentable de le façonner soi-même à chaud.

Tout-gamin on s'arrêtait à la forge.

C'était un plaisir de voir la fumée qui s'échappait du pieds du cheval.

On était à l'école juste à côté, on voyait le Travail.

Le Travail était là à peu près où il est actuellement.

Dans le bourg, je n'ai connu qu'un maréchal-ferrant, par contre, j'ai connu un boulanger qui n'est pas indiqué dans le recensements de 1931.

 

Collectage sur les métiers d'autrefois de Pierre Garaud, fils d'Hélène du café Garaud (03 février 2016) (B)

Le boulanger était juste avant la bibliothèque actuelle.

Le four se situait pratiquement sur la route des Gremets.

J'ai travaillé d'ailleurs 6 mois là-bas comme boulanger chez Duranteau.

Mais quand j'étais gamin j'ai connu Berbigier.

Le dimanche, on allait porter un plat de viande ou un dessert dans le four pour les cuire. On avait accès le dimanche matin car le four était encore chaud, par exemple pour un plat d'oeufs au lait à faire cuire.

Le Sabotier.

En 1931, d'après la liste nominative du recensement, il y avait le père Julien Daniel et son ouvrier François Caba qui a pris ensuite l'affaire à son compte comme sabotier quand le père Daniel s'est arrêté de travailler.

Joseph Hamon était Tailleur.

Il exerçait où est le café « Chez Tonton » maintenant.

C'était le père des filles Hamon dont l'une tenait le café, Josephe (également organiste à l'église avec Soucy) et l'autre était coiffeuse.

Le Cocassier, le grand-père de Louis Robin, JB Coquet ramassait le beurre, les œufs dans la campagne et vendait de l'épicerie.

Jean Alix était lui aussi cocassier, il était installé près du cimetière, en face (là où se trouve maintenant le logement de Zoë Lebreton).

Le Tisserand s'appelait Soleau.

Sa maison était située où était logée Marie-Thérèse, mais je ne l'ai pas connu.

A l'époque on nommait encore la Maison à Soleau, mais il n'était plus là dans ma jeunesse. Il avait de la famille à la Rouaudière sur Abbaretz.

Des Tonneliers, il y en avait plusieurs.

Il y avait Elie Roger, à la Bourdinière (ils étaient peut-être même deux)

Le Tonnelier cherchait le châtaignier pour faire les cercles. Après il y a eu les cercles en métal. Les fûts étaient calculés pour contenir 220 litres.

Il y avait Elie Roger à la Bourdinière, mais aussi François Belleau qui s'est également mis tonnelier. Mon conscrit, JB Belleau, est devenu comme son père, tonnelier, il est parti ensuit exercer à Mouzillon dans le pays du vignoble.

Au Champ Battu, Poirel vendait des sardines.

Il partait avec son vélo chercher les sardines à Nantes et les ramenait avec de la fougère dessus.

Comme couturière, il y avait Marie Etienne, que j'ai bien connue.

C'est elle qui fabriquait le couvre-pieds sur la photo prise là où était le café Pasgrimaud.

Elle habitait là avant de prendre la maison où habitait madame Papion.

Comme Maréchal, en 1931, il y avait Roland Tudy, mais moi je ne l'ai pas connu, Donatien Tessier avait pris la relève.

En 1931, Léon Judalet était menuisier, c'est le frère de Léonie qui s'est mariée avec JB Houssais de Jans, devenu lui aussi menuisier à Puceul.

La femme du Sabotier Julien Daniel, Mélanie, faisait de la charcuterie et tenait un café juste dans l'angle de la Bibliothèque, à la place de l'ancienne aubette (Maison frappée d'alignement abattue depuis).

Le Tailleur Joseph Hamon, jouait du violon

Un ouvrier Charron, François Belleau, travaillait chez son cousin Jean Belleau. Après être devenu tonnelier, il a travaillé chez Grimoux à la Grigonnais.

L'ouvrier Sabotier de Julien Daniel était François Cabas, il est devenu lui-même sabotier et faisait office de sacristain.

Jean Lumineau tenait le bureau de tabac, il est indiqué comme buraliste en 1931.

Louis Sansoucy, le père de Soucy, était cabaretier.

Jean Bonneau, cabaretier, tenait le café qui allait devenir le café Garaud.

Louis Garaud de Vay, était commerçant, il avait son dépôt de blé et de grain auprès de la maison habitée par Marie-Thérèse Chartier.

Jean Alix était coquetier, là où est le logement de Zoë Lebreton

Marie-Louise Cossard était épicière dans l'une des trois maisons des frères et sœurs Cossard. Louise Mahé était épicière, cultivatrice et couturière, elle apparaît sur la photo de la fabrication du couvre-pieds.

Jean Baptiste Coquet était marchand de bœufs, épicier et cocassier, c'est le grand-père de Louis Robin.

Jean-Marie Cossard, le frère de Marie-Louise était marchand de veaux. Deux marchands de veaux habitaient la Couassière : Victor Chenaie et Victor Josse

Edouard Chéory était couvreur journalier au châtelier.

J'ai également connu Danias Pierre comme charron-exploitant.

Roger Auguste était également Tonnelier à la Mélatais.

Au Moulin de Bohallard, il y avait un autre maréchal-Ferrant, Charles Guinel, il venait jouer aux cartes au café Garaud.

 

Collectage Jacqueline Durand sur le métier de lingère à Puceul (janvier 2016)

J’ai connu Marie Fry, lingère, quand j’allais en vacance chez ma marraine qui habitait au Moulin-Eve. Celle-ci  était la mère de Marcel Dupont, mon cousin.

Marie Fry venait plusieurs fois dans l’année pour l’aider à faire des réparations de vêtements.

Elle faisait des vêtements neufs, mais surtout elle réparait les vêtements usagers. Par exemple, avec deux draps usagers, elle en faisait un neuf.

Elle faisait de la couture et utilisait la machine à coudre de la ferme. Elle restait toute la journée et déjeunait à la ferme.

La fermière ce jour-là n’allait pas travailler dans les champs, elle restait avec elle, pour lui donner tout le travail qu’elle avait à faire.

Cette personne devait se déplacer de ferme en ferme pour faire le même genre de travail. Elle faisait uniquement de la couture.

Elle était payée le nombre d’heures qu’elle faisait car chaque fermière ne lui donnait pas les même tâches.

Je suppose qu’elle faisait surtout des reprises de vêtements arrachés ou décousus. Car pour remettre en état des vêtements, à l’époque, on mettait des pièces de tissu.

Un pantalon avait un trou, on le réparait avec une pièce d’un tissu équivalent. Souvent cela se voyait car le tissu de la pièce était plus neuf que le tissu du reste du pantalon.

Pour cela le tissu était souvent recherché sur d’autres vêtements usagers.

Souvent la lingère ne fournissait pas le tissu.

Quand je l’ai vu travailler, j’avais 10 ans. Marie Fry était la nièce de deux demoiselles Iris qui habitaient dans le bourg de Puceul.

Son métier était lingère : un métier à part entière.

La fermière avait beaucoup de travail, elle avait sa ferme à mener et allait très souvent travailler à l’extérieur. Donc la lingère l’aidait beaucoup.

Selon l’importance de la ferme, elle passait une fois par mois, un peu plus ou un peu moins.

Elle réparait les vêtements usagers, mais elle était couturière et exerçait aussi sur des vêtements neufs.

Par exemple Marguerite Blond se souvient, lorsque Marie exerçait chez ses parents, sa mère allait acheter le tissu, pour faire des blouses, à Nozay. Elle l’achetait au mètre sous les halles, souvent lors du marché du lundi.

Les couturières ou lingères allaient à domicile chez les personnes qui possédaient une machine à coudre et travaillaient très peu chez elles.

Selon une autre lingère des années 1950 (Thérèse Dupont), le fil était fourni par la lingère ou alors la maison le fournissait. Chaque lingère avait sa propre trousse avec ses ciseaux et ses aiguilles.

 

D’après Pierre Garaud, Marie Fry était Marie Iris née en 1901, Elle habitait avec sa soeur Jeanne où se trouve actuellement Marguerite Carcouet face à la boulangerie. 

 

Collectage Théophile Carcouët : Travailleur de la Mine d’Abbaretz de 1955 à la fermeture ...

J’ai commencé à travailler à la mine en 1955.

De la Coindière (Puceul), j’allais à la mine en vélo. Je passais par l’avenue de la Bellière à la Coindière, les quatre routes au Sauzais et direct à la mine.

L’hiver de l’année 1955, il faisait très froid. Le vent venait d’Abbaretz.

J’étais à la mine. J’ai commencé au fond de la carrière, à l’équipe de ripage.

Cela consistait au transport des traverses.de chemin de fer pour rallonger les tapis de la pelle à la trémie.

 Pendant ce temps là, une équipe de mineurs minait, faisait partir les explosifs. Les plus gros cailloux étaient triés et cassés sur place. Deux pelleteuses électriques extrayaient la roche

La terre, les stériles (les schistes tendres enfermant les filons de quartz stannifères) partaient vers le terril sur les tapis.

La roche (le quartz stannifère), l’étain et les cailloux, partait vers la grosse laverie. La terre et les résidus de lavage allaient aussi vers le terril sur un autre tapis.

J’ai été six mois dans une des trois équipes de trois à consolider les parois, pour éviter les éboulements du côté de la route Nozay-Abbaretz. Ils étaient à 80 mètres de fond.

Après je suis parti à l’entretien des machines et leur dépannage et ensuite dans les laveries, aux cribles.

De grosses trémies avec des grillages permettaient de trier le minerai d’étain avec la pression de l’eau. Pour récupérer l’étain, il y avait 4 cribles et toujours deux en service en permanence.

L’étain passait dans la dernière laverie pour obtenir des particules d’étain.

C’était trié et le sable résiduel partait pour l’entretien des cimetières surtout.

Il y avait des immenses tas de sable du plus fin au plus gros.

Le minerai d’étain était mis en petits sacs de 50 kilos. L’étain fin était lui aussi mis en sacs et ça partait par camions (pour la Belgique).

En septembre 1955, il y a eu la grève. 15 jours à 3 semaines en rapport avec les conditions de travail, aux accidents et selon certains ouvriers parce qu’ils n’étaient pas suffisamment payés.

Pourtant les salaires étaient bien largement supérieurs à ce que gagnaient auparavant les ouvriers lorsqu’ils étaient dans les fermes.

Après la grève, il y a eu un changement de patron et plus rien ne marchait.

J’ai été un des derniers à travailler à la mine. Moi je m’y plaisait bien.

On avait la pointeuse, il fallait être à l’heure! On nous retirait une demi-heure pour un tout petit retard d’une minute car il fallait remplacer celui qui était en bas.

On faisait huit heures par jour, les 3/8, de 5h à 13h, de 13h à 21h ou de 21h à 5h.

J’avais une heure de trajet à l’aller et une heure au retour.

Ça tournait sur 3 semaines et une fois sur trois je travaillais la nuit.

Après 4h de travail, on prenait un casse-croute avec la bouteille de cidre.

En rentrant, je prenais mon café et je donnais le sien à Marie-Jo.

Le dimanche, je ne me couchais pas et repartais au boulot pour 21h.

On était contents de faire ça.

Lorsque la mine a fermé, j’étais à même d’aller travailler aux mines d’uranium de Gétigné. J’ai refusé et je suis allé à la commune du Gâvre.

 Je travaillais à la scierie pour les charpentes. Mais c’était moins bien payé.

 

André, fils de François Caba, sabotier à Puceul présente le métier de son père.

André, fils de François Caba, sabotier à Puceul présente le métier de son père.

« Mon père a été sabotier toute sa vie. En matière d’outils, il y avait pour les tailler, une hache avec un manche en bois avec une grosse boule.

On utilisait le harpon pour abattre les arbres, dans le Bois de la Savinais, pour couper le tronc d’arbre en bouts de 30 cm environ suivant la taille des sabots voulus, quelquefois moins, car il fallait prévoir des sabots pour les enfants.

Mon père n’a jamais eu de tronçonneuse, tout était scié au harpon.

On brouettait ensuite les morceaux de bois jusqu'à l'atelier ou à la maison familiale quand il était à son compte. »

« Ensuite mon père les fendait en quartiers.

Il les fendait en premier en deux , puis en trois ou en quatre selon les sabots qu'il voulait sortir : soit des comètes (toutes en bois), soit des semi-comètes ou encore des hirondelles (petites chaussures pour dame pour venir à la messe le dimanche avec une bride en cuir dessus).

Mon père fendait lui-même son bois, avec un coin et un maillet qu'il faisait lui-même (cerclé de fer par le charron, Monsieur Bellaud pour qu'il ne fende pas).

Comme outils il y avait également les vrilles pour creuser les sabots et ensuite les cuillères pour pouvoir agrandir.

Les cuillères avaient des numéros suivant leurs grandeur, du 10 au 22 si je me souviens bien.

Le même manche est utilisé pour toutes les cuillères.

Quand il travaillait avec les cuillères, il mettait les deux mains, mais il n'y en avait qu'une qui travaillait.

L'autre servait à maintenir le tout pour ne pas que la cuillère ne ripe.

Cet outil a vraiment une forme de cuillère mais il coupe très bien ».

« Mon père affûtait ses propres outils.

Les cuillères servaient à faire l'intérieur du sabot.

Pour lui donner la forme extérieure il y avait le paroir (sorte de lame tranchante amovible de près de 80 cm fixée à une extrémité : NDLR) avec un manche en bois, poignée en forme de S.

Le boutoir servait à finir de creuser au fond du sabot, il coupait des deux côtés et dans le milieu.

Mon père était toujours protégé d'un tablier en cuir.

Un ouvrier pour être bien payé devait réaliser trois paires de comètes par jour.

C'était difficile à concilier avec son autre activité de sacristain qui l'obligeait à sonner l'angélus du matin, celui du midi et celui du soir,…  sans compter les baptêmes, les enterrements et les mariages.

Pendant la guerre les gens devaient commander au moins trois mois à l'avance leur paire de sabots.

Mon père faisait des sabots pour les habitants de Puceul et même au delà. »

 

« Il y avait un sabotier à Nozay, un à Saffré et un autre à Abbaretz.

Il y en avait également un en forêt du Gâvre que j'ai vu travailler sitôt la guerre avec une machine.

Il faisait des comètes et sur la fin, mon père ne pouvait plus les faire.

Il lui achetait des comètes sorties d'usine (avec les deux prises de chaque côté) et il assurait la finition au paroir.

Il demandait au client d'essayer les comètes et de dire où elles faisaient mal et avec ses outils il les arrangeait aux pieds de celui-ci.

Très peu de gens revenaient se plaindre d'avoir mal.

Les demi comètes au lieu d'être couvertes avec du bois l'étaient avec une bride en cuir.

Les acheteurs étaient les fermiers, leur femme et leurs enfants car à l'époque les enfants venaient à l'école en sabots.

Mon père fabriquait entièrement les hirondelles avec leur bride en cuir noir. Il prenait le cuir à Nantes où il avait un fournisseur.

A la demande du client il pouvait dessiner ce que l'on appelle une fleur avec l'aide de sortes de gouges. »

André Caba

 

Collectage : Paul Sansoucy, Cultivateur à la Bourdinière et au Champ Battu à Puceul

« Je suis né le 24 février 1933 à Puceul dans le village de la Bourdinière. Ma mère a eu douze enfants dont un qui est décédé à la naissance. J'ai un frère jumeau : Martin.

Je suis allé à l'école publique de garçons de Puceul, unique école de Puceul à l’époque 

A 12 ans, je suis parti à l'école privée St Laurent à Blain. J'ai eu quatre diplômes, 4 certificats d'études.

Je faisais la route Puceul-Blain à vélo, 14 km sur des petites routes, celle de Nozay-Blain était recouverte de gros cailloux .

J'ai suivi, ensuite, des cours CERCA à Angers, par correspondance jusqu'à l'armée. J'ai obtenu un brevet de technicien agricole.

En plus des cours du soir, je travaillais à la ferme avec mon père, à la Bourdinière.

Mon père, lorsque j'avais 14 ans a acheté la ferme « Le Champ battu » (ferme construite en 1856)

Cette ferme d'une vingtaine d'hectares avait appartenu à la famille Orion, François et Renée, en lien avec Orion, maire de Nantes de 1942 à 1944. (voir photo).

Au cimetière les Orion avaient un tombeau, en pierre de Nozay : on y lisait François et Renée Orion – Le Champ-battu.

Champ Battu : Le nom de ce lieu-dit viendrait de l'époque des Guerres de religion ; 6 hommes ont été tués sur le champ à côté de l'emplacement actuel du four. (voir photo)

Une petite fille a été tuée lorsque des ouvriers montaient une poutre. Elle leur apportait des dragées et ils ont été distraits.

Sur cette poutre on peut lire l'inscription « fait par François et Renée Orion l'an 1856 »

Le bâtiment qui est en face la ferme était un relais de poste. Les deux chevaux dormaient à cet endroit et le cocher dormait dans une chambre à l'étage. »

 

« J’ai exercé le métier  de « cultivateur »

En 1959, j'ai pris la ferme. On exploitait une vingtaine d'hectares. On faisait des céréales : Blé, blé noir, orge, avoine. C'était une ferme de polyculture avec des céréales.

Mais avant à la Bourdinière,  pour moudre les grains de blé on allait au Moulin Rôti à Saffré, faire la livraison avec une charrette à cheval.

Pour engrais, on mettait du fumier et des scories (phosphates, potasse), très peu de chaux et la sylvinite, engrais livré par le père Louis Robin.

Il nous prenait nos céréales et nous fournissait les engrais.

Pour les battages, le blé était battu vers le fin juillet, jusqu'à la mi-août, le Blé noir c'était plus tard.

Les batteuses, Onillon ou Merlin, venaient de Nozay (Monsieur Paillusson) ou Abbaretz (Monsieur Lévêque)

Compagnie de Battage

Tout le village travaillait, il y avait environ une trentaine de personnes.

On faisait 2 repas quand les battages duraient 5 heures, mais seulement un repas quand cela ne durait que 2 heures.

 

Dans les grandes fermes, chez clément Blond, ou au bourg chez Baptiste Julienne, il y avait même 3 repas comme cela durait la journée.

On faisait aussi de l'élevage. On avait 9 à 10 vaches. On vendait les veaux au grand-père Cossard, Jean Cossard.

Ce qui restait du lait, avec l'écrémeuse on en faisait du beurre et le petit lait était pour les petits déjeuners et le surplus pour les cochons.

Pour le café on utilisait de l'orge grillé.

Pour notre consommation on élevait des volailles et des lapins.

Pour avoir de l'argent on vendait les veaux et les céréales.

On faisait notre pain et on le cuisait dans le four à bois.

Du temps de mon grand-père la terre était charruée avec des bœufs, avec un brabant et une charrue.

A la Bourdinière, il y avait 4 bœufs et un cheval.

Ensuite, ici au Champ battu, il y a eu un cheval et un tracteur.

Lorsque j'avais 16 ans, mon père a acheté son premier tracteur, un Société Française de Vierzon, 1 cylindre.

Jusqu'à 10 km, on entendait le bruit du moteur. »

Extraits de collectage du 19 janvier 2015

 

Collectage Marie Drugeon : Une cultivatrice dans les années 1950

Marie Drugeon.

Collectage du 1er Juin 2015,

Une cultivatrice dans les années 1950.

Je suis née en 1928 à Puceul au Bouillon Jaune.

La Maison n'existe plus, elle était à la place de l'actuelle zone d'activités (juste au dessus du parking de l'Oseraye).

Mes parents étaient exploitants au Bouillon Jaune un petit moment, puis ils sont allés à la Guillaudais, cela fait partie de la Grigonnais.

Jusqu'à notre mariage, je suis restée à la Guillaudais.

Mon mari est aussi originaire de la Guillaudais, on était voisins.

Je me suis mariée en 1947, j'avais 19 ans et mon mari en avait 25.

Pendant la guerre, il était réfractaire, il s'est caché pour échapper au S.T.O., comme Pierre Leroux.

A partir de 1947, j'ai tenu l' exploitation avec mon mari, c'était une petite exploitation à ce moment là. Notre ferme était à la Rivière.

C'était une petite ferme dont le propriétaire précédent est mort d'une maladie qui l'a emporté en trois jours. La Rivière fait aussi partie de la Grigonnais.

En venant de Puceul, c'est le premier village de la Grigonnais.

On avait 7 ou 8 vaches.

On n'allait par dans les champs, il n'y avait pas d'outils pour faire le boulot.

Déjà chez mes parents, j'allais beaucoup dans les champs car j'étais l'aînée de quatre enfants.

Le travail c'était d'abord de traire les vaches à l'étable. Dans les champs il fallait planter, sarcler …

C'était de la culture polyvalente. Il fallait aussi aller au foin, .le tourner à la fourche, à ce moment là, il n'y avait pas de machines..

Tourner le foin, c'était le travail des femmes. Il n'y avait pas d'autres femmes à aider, chacun faisait sa ferme.

On donnait aussi à manger aux cochons. On en avait 7 ou 8 dans deux cases, des soues à cochons.

Il fallait cuire les pommes de terre dans la chaudière et on leur donnait aussi des céréales pour les nourrir.

Ils étaient vendus à Victor Josse qui était marchand de cochons à la Drugeonnais, c’était l'oncle à Jeannine Roussière.

Les vaches que nous avions étaient variées, mais c'était pour faire du lait.

On avait un peu de Maine-Anjou, mais aussi des Normandes.

En novembre on tuait le cochon et on faisait la charcuterie.

On faisait les boudins, les saucisses, le pâté. Puis, on mettait du lard au charnier.

Il n' y avait ni frigidaire, ni congélateur.

On faisait aussi le jardin, c'était principalement la femme qui s'en occupait

Je m'occupais du jardin potager : planter et entretenir. Pas le bêcher, mais l'entretenir.

Les labours étaient le domaine des hommes, chez mes parents ils se faisaient avec des bœufs et chez nous des juments.

Dans le village, il y avait un four à pain. On faisait le pain une fois par semaine.

On y faisait cuir la charcuterie, les pâtés.

En octobre on ramassait les pommes pour faire le cidre.

On est venus à la Ménerais en 1955, on est restés huit ans à la Rivière.

A la Rivière, on était propriétaires d'une partie des terres seulement, mon mari avait quelques terres à lui, par ses parents, le reste était en fermage.

 

Bernadette Bellay, Agricultrice au Grand-Fougeray et au Châtelier à Puceul

J'exerce le métier d'agriculteur depuis l'âge de 13 ans et demi.

D'abord chez mes parents au Grand-Fougeray puis comme aide familial puis au châtelier ensuite.

Mes parents étaient agriculteurs, mes grands-parents aussi.

Mes parents avaient environ 25 ha, mes grands parents n'avaient même pas cela.

Mais moi, j'ai tout le temps connu au moins 25 hectares.

Jean est arrivé au châtelier en 1956, on s'est marié en 1958 et on est resté ici jusqu'à la retraite.

L'exploitation du châtelier comportait treize hectares au départ, et on a complété jusqu'à 28-30 ha, par différents échanges et achats au fil des opportunités.

Le siège d'exploitation était au Châtelier.

Nous étions en polyculture (herbe, blé, betterave, choux et un peu de maïs pour compléter sur la fin).

On n'a jamais fait d'ensilage.

A l'origine, c'était la ferme de ma belle-mère (Chevalier-Maillard)

Y compris les génisses de remplacement on est allé jusqu'à 35-40 bêtes.

Mais au départ quand je suis arrivée il y avait seulement 6-7 vaches.

Les chevaux faisaient les labours avec le brabant, c'était déjà plus la charrue.

On a acheté le premier tracteur vers la fin 1960.

On a vendu un cheval et on a gardé l'autre pour les travaux et les petits charrois.

Chez mes parents, autrefois, c'était des bœufs, ils sont même passés des bœufs au tracteur là bas.

Ils avaient une paire de bœufs pour une exploitation de 20 à 25 ha, c'était déjà une belle exploitation pour l'époque.

Je n'ai jamais vu de bœufs dressés à la maison, papa les achetait déjà dressés.

Ils servaient pour les labours et aussi pour le fauchage, la moisson. On attelait les bœufs sur la faucheuse.

Il n'avait pas de moissonneuse lieuse à l'époque, on liait les brassées à la main.

J'ai connu la lieuse les dernières années là-bas (à partir de 1952-54).

Il y avait deux façons de faire les liens, soit on tournait les épis, soit on faisait comme une corde tout au long.

Il y avait un coup à prendre, il ne fallait pas que cela se défasse quand on serrait.

On cultivait aussi un peu de blé noir chez mes parents au Grand-Fougeray (mais pas ici).

Le blé noir se coupait aussi à la faucheuse, mais quand il était trop petit on l'arrachait à la main.

On l'arrachait pour que ce soit un peu plus long. Il fallait être deux.

Chacun prenait sa brassée par les épis, on choquait les racines et on les mettaient face à face.

Puis on laissait sécher comme cela avant d'être emmené en vrac pour la batteuse.

Il n'y avait pas de grandes surfaces de blé noir. Mais il y en avait quand même dans toutes les fermes.

Les gens faisaient moudre le blé noir pour la galette. Il était autant utilisé de galette que de pain.

Papa semait le blé noir seulement après certaines récoltes.

Il y avait des terres à blé noir, mais on utilisait pas les terres trop riches.

 

Les bâtiments agricoles étaient constitués d'étables, de granges et parfois d'un hangar, mais pas tout le temps. Le foin et la paille étaient souvent entreposées à l'extérieur.

On faisait des paillés et des barges de foin. Elles étaient faites de façon à ce que l'eau s'écoule par dessus. Seule, une très faible épaisseur était abîmée quand c'était bien fait.

Chez mes parents aussi, il y avait un four à pain. On faisait le pain tous les 8-9 jours environs.

Il y avait deux fermes dans ce village du Grand-Fougeray, chacune avait son four, chacune avait son puits.

C'était rare à l'époque car il y avait souvent dans les villages des fours communs.

Dans notre ferme du Châtelier aussi le four et le puits étaient privés, mais il y avait également 2 autres fours dans le village, à côté chez Eugène Josse et chez Valin.

Il y avait un four privé chez Valin, mais le puits était commun à toute cette partie de village.

On avait également une vieille maison dans le village qui nous donnait droit à l'accès au puits.

On l'appelait la patacherie, mais c'était une maison avec une cheminée.

Il y avait un petit jardinet et ma belle-mère faisait le jardin et allait chercher de l'eau au puits.

Déroulement d'une année : les quatre saisons.

L'automne

L'année agricole commence en octobre à cause des semailles. (Une année s'écoule entre les semailles et la récolte).

On commençait par couper les betteraves, les effeuiller.

On semait le blé dans les champs. On ramassait aussi les pommes.

Les semailles duraient un moment, surtout avec des chevaux (c'était pas les hectares remués aujourd'hui).

La journée était aussi une mesure agraire (elle correspondait à ce que pouvait labourer un cheval dans une journée). Cela représentait un peu moins d'un demi hectare (Deux journées constituaient un hectare).

Cela pouvait durer un moment suivant le temps qu'il faisait.

L'hiver.

On effeuillait les choux tout l'hiver, mouillés ou pas mouillés.

Les animaux étaient tous à l'étable et il n'y avait pas les abreuvoirs automatiques. Il fallait affourager et abreuver les animaux (les vaches et les cochons)

C'était quand-même une saison un peu paisible à la campagne. On avait quand-même du temps.

Il n'y avait pas de télé de radio, donc c'était des travaux manuels.

Les travaux d'hiver à l'intérieur

Moi j'ai fait mon trousseau comme cela (coudre, broder, tricoter). Cela commençait vers 18 ans, on achetait la toile, on taillait les draps, les taies d'oreillers, on brodait tout cela.

Plus tôt dans mon enfance, ma mère remisait les draps. Ceux qui étaient usagers, c'était souvent dans le milieu. Elle les coupait en quatre et on rassemblait les quatre coins en bon état.

Les draps trop usagés servaient à faire des torchons. Cela se faisait l'hiver.

Le filage de la laine

Pendant la guerre, on filait, Ma grand-mère a filé, moi aussi, un petit peu. Je pense que je saurais le faire, peut-être avec un fil pas trop régulier sans doute.

La pénurie de la guerre a fait qu'on a eu quelques moutons, pour pouvoir faire des tricots et s'habiller.

On tondait les brebis et on stockait la laine dans le suint pour qu'elle se conserve.

La laine lavée ne se conserve pas, aussi elle était lavée au fur et à mesure qu'on la filait.

La laine était conservée en l'état, avec la graisse de la peau de mouton présente dans la laine.

On appelait cela le suint et c'est cela qui la conservait en bon état.

On la lavait avec du savon, moins agressif que la lessive, dans plusieurs eaux et on la mettait à sécher dans le pré. Maman lavait une toison à la fois (un bon gros sac de laine).Quand la laine était sèche, on la mettait en réserve, avant de la filer. Avant de la filer il y avait deux opérations.

D'abord à la main, on ébourgeonnait la laine pour lui enlever tous les petits nœuds, puis après on la cardait.

Pour le rouet, on cardait à la main avec une cardeuse dont j'ai gardé un exemplaire.
La cardeuse possède un manche et d'un côté les petites griffes sont articulées, tandis que de l'autre elles sont fixes.

Pour la laine utilisée pour les matelas, la cardeuse était beaucoup plus importante, comme un banc avec un balancier qui cardait plus grossièrement.

La cardeuse à main faisait un travail plus fin pour obtenir un fil le plus uni possible.

Le travail des hommes

Pendant ce temps là les hommes faisaient des paniers, de la vannerie, des gèdes.

Les gèdes servaient entre autre à mettre le pain à lever.

Dans la région de Puceul, ils utilisaient ce que l'on nomme « gueurna », une espèce d'herbe très fine qui pousse dans les endroits humides et de la ronce pour faire le lien qui rassemblaient les brins d'herbe.

Le « Gueurna » est une sorte de graminée qui pousse dans les endroits humides.

Dans la région du Grand-Fougeray, les gèdes étaient faites avec de la paille et de l'osier gratté.

Je n'ai jamais mon grand-père et mon père utiliser autre chose.

Les outils également étaient réparés l'hiver (notamment les manches cassés).

 

On faisait aussi les balais l'hiver, notamment les balais de bouleau quand les feuilles sont tombées.

On vivait en autarcie, quasiment pour tout sauf pour l'épicerie : l'huile, le café, le sucre.

Même le vinaigre on le faisait nous même.

Dans toutes les maisons il y avait un petit barril, avec une mère de vinaigre que l'on faisait attention de ne pas abîmer quand on rajoutait le cidre aigri.

Fin février, début mars, on bouchait le cidre, une partie seulement car la plus grosse consommation se faisait à la clef. Le cidre bouché était un plus pour les jours de fête.

Surtout dans la région du Grand-Fougeray où il n'y avait pas de vigne à la différence d'ici même si quelquefois c'était du tord-boyaux . Il y avait seulement du raisin de table.

Jusqu'au mois de février, on effeuillait les choux, puis à partir de là on les coupait.

Le printemps² Il était semé de l'orge.

J'ai connu les escourgeons ou orge de printemps, mais autrefois, il y avait seulement l'avoine et le blé à la Toussaint et l'orge au printemps.

Le blé noir était semé quand on avait entendu les tourterelles (pas les tourterelles turques que l'on a toute l'année), celles qui émigrent et reviennent au printemps.

Quand on les entendais, il était temps de semer. Il fallait sans doute que la terre soit assez réchauffée.

Les agriculteurs à l'époque étaient des sages, ils se calquaient sur les saisons.

Et puis, il n'y avait pas de désherbant à l'époque, on passait quinze jours à trois semaines aux mois d'avril-mai à couper les chardons et l'avoine folle dans le blé, à la main.

On a trouvé du soulagement quand les désherbants sont venus, maintenant ils sont décriés, il y a eu de l'abus peut-être.

Ensuit il y avait les foins, faner à la main, faire des cossons ou des mulons.

Faner à la main était le travail des femmes, mais moi j'ai tout le temps connu une faneuse à la maison.

Mais quelquefois quand cela bourrait avec la faneuse, on revenait pour le faire à la main.

J'ai tout le temps connu une rateleuse avec laquelle on faisait les endains et quand les endains étaient formés, on faisait les mulons à la fourche.

Et avec le râteau à dent en bois ( j'en ai conservé un exemplaire et il y en a un à la salle du puits).

Il fallait que ce soit propre.

Après cela il fallait planter les betteraves et les choux (fin mai, début juin)

Les betteraves étaient quelquefois plantées avant les foins (cela dépendait de la précocité de l'année).

On le faisait à la tranche, le long des sillons.

On plantait facilement un hectare de betteraves et deux hectares de choux.

C'était la nourriture de l'hiver.

 

L'été Puis après venait la moisson.

Quand il y a eu la lieuse, c'était une grande avancée, on avait seulement les gerbes à mettre en treizaine.

Faire la barge dans l'aire de battage, puis faire venir la batteuse.

Une barge de grain et une barge d'orge

L'avoine était utilisée pour les chevaux.

Au départ on emmenait les céréales chez le meunier, puis après on a eu un moulin à céréales pour moudre le gabourage.

 

On faisait 12 à 14 heures de boulot par jour, mais la sieste était sacrée de Treize heures à 15 heures (heure solaire)

On ne retournait aux champs après souper que lorsqu'il y avait des orages qui menaçaient.

Les vaches étaient traites à 16 heures puis on retournait aux champs après.

Quand il faisait chaud, on mangeait tôt et on retournait planter tant qu'on y voyait (les plants fatiguaient moins après une nuit passée).

A la campagne on est tributaire des intempéries (c'est facile de perdre toute une récolte).

Les battages

Les battages, c'étaient la fête (même si cela représentait un travail énorme).

La batteuse se déplaçait d'une ferme à l'autre. Il fallait tout un bataillon pour alimenter la machine.

Il fallait bien deux fois quinze personnes (On ne tenait pas plus d'une demi-heure au travail).

C'était tellement pénible qu'il fallait se relayer. La machine ne s'arrêtait pas.

Il fallait plusieurs personnes :

3 personnes sur la vanneuse : Une personne mettait les gerbes sur la table, une autre coupait les liens et la dernière éparpillait les épis en faisait attention de ne pas y laisser les doigts.

3 ou 4 personnes sur la barge : il fallait approcher quand la barge était un peu longue :

Une personne pour mettre les gerbes sur la vanneuse et les 2 ou 3 autres pour lui approcher les gerbes.

4ou 5 personnes à la sortie sur le paillé : Une personne récupérait la paille qui tombait du monte paille et la passait aux deux ou trois autres qui l'étalait pour monter la barge (le paillé était centré autour du monte-paille)

Une autre personne récupérait le grain à l'ensachage et plusieurs portaient les sacs jusqu'au grenier.

A l'époque de la locomobile à vapeur, il y avait en plus deux chauffeurs pour alimenter la machine en charbon et des gamins pour alimenter en eau.

2ou 3 femmes étaient chargées de retirer les menues pailles (« Gampas ») constituées de l'enveloppe du grain, elles étaient fournies dans chaque ferme (c'était un sale boulot ou l'on ramassait toute la poussière)

En supplément il y avait tout le temps un homme sous le monte paille.

 

Certains battages étaient fait en 3 ou 4 heures, il y avait beaucoup de petites fermes.

 

A la fin de l'été il y avait aussi les pommes de terre à ramasser, les choux et les betteraves à sarcler.

 

L'hiver, il y avait aussi les transports du fumier qu'il fallait émietter à la fourche dans les champs. C'était le travail des femmes car les hommes étaient pris pour les labours et il n'y avait pas partout des employés de ferme.