Bas Fourneaux, époque romaine, région de Blain

Bas Fourneaux, époque romaine, région de Blain : témoignage de Léon Maître 1883

VII Les Ateliers romains existent dans la région des Châtelliers

Dans un sujet aussi neuf, on comprendra que nous gardions la plus grande réserve dans nos affirmations. Ce qui est très facile à démontrer, c est que les procédés romains se sont répandus dans toute la région que nous avons parcourue, et que les traces des ateliers romains ne sont pas moins nombreuses que les châtelliers….

On remarquera que la plupart des villages et lieux dits que j'ai à citer dans le présent chapitre, ont déjà occupé notre attention quand j'ai parlé des enceintes et des scories. Il est visible qu'il y a eu juxtaposition d'établissements et concurrence entre les étrangers et les indigènes. ...

Les creusets, qui étaient sans doute en simple terre glaise, soutenue par de gros cailloux, furent enveloppés, après la conquête, d'une maçonnerie plus solide, plus compacte, composée de ces fameuses briques indestructibles que nous rencontrons dans la plupart des landes.

Les amas isolés de tuiles à rebords qui se voient dans nos champs, loin de toute agglomération, ne sont pas des débris de toitures effondrées, comme on le pense souvent, mais des vestiges de forges, de fourneaux et de creusets qui se groupaient ordinairement par 4 et 5 foyers.

Dans les communes qui touchent le territoire de Blain, c'est la même abondance de vestiges. Il y a tant de briques dans les champs qui environnent la chapelle Sainte-Barbe, en Cambon, que les cultivateurs ont inventé la légende d'une ville écroulée pour en expliquer la provenance.

L'un des habitants, M. Trégré, assure qu'il a démoli, il y a 20 ans, une construction ronde qui ressemblait à un four, et vidé un puits qui contenait des cendres et du charbon.

Le domaine de Levrisac, en Guenrouet, possédait un grand nombre de ces constructions circulaires semblables à des fours, sur le bas du versant qui touche les prairies de l'Isac ; le fait est certifié par les cultivateurs qui ont défriché la bordure du taillis.

Au surplus, il reste encore deux petites mottes que j'ai pu sonder moi-même et dont la composition va nous donner une idée approximative de l'agencement des matériaux, bien que la voûte du foyer soit effondrée

La plus petite motte est simplement un amas de charbon ; la plus forte, qui a 1 m. 50 de diamètre, une fois coupée en deux, m'a offert une superposition de couches qui me semble annoncer une pratique industrielle supérieure à la science des Gaulois.

Là, point de briques dans la maçonnerie, mais je trouve dans les décombres des tables d'ardoise qui ont dû servir à consolider les côtés ou la voûte du foyer. Le terrain a été d'abord rehaussé au moyen d'une douve qu'on a creusée, et dont le déblai a servi à composer un tertre circulaire, sur lequel on a étendu une couche de terre glaise qui était l'aire du foyer, puisque la couche supérieure est composée de charbon.

La coupe donne ensuite un lit de sable rouge, un lit de terre jaune, un lit de terre rouge, puis de la terre grise, de la terre blanche, enfin de la terre rouge et, par dessus, la terre naturelle. Le tout est renfermé dans une enveloppe de pierres sèches qui, ailleurs, était faite de briques..

Pourquoi avons-nous tant de peine à trouver des fours ou creusets intacts ? C'est que les ouvriers métallurgistes de l'antiquité les détruisaient eux-mêmes, une fois la fonte terminée, afin de retirer plus aisément le lopin de fer tombé au fond du creuset.

Sur le territoire de Nort, les amas de briques ou de tuiles à rebords qui se sont rencontrés autour de. la Gazoire, formaient toujours des amas circulaires et des groupes. Il n'y a pas longtemps qu'un fermier de la Bellerie a renversé trois fours maçonnés avec de grosses pierres de granit et réunis dans le même massif.

De toutes les communes qui entourent Blain, Saffré est celle qui peut montrer le plus de témoins de son antique origine. D'abord le bourg, qui est à un kilomètre à peine d'Augrain, village traversé par la voie romaine de Blain en Anjou, succède à une agglomération antique dont les constructions s'étendaient surtout au nord de l'église..

Il y avait certainement des ateliers dispersés à la même époque dans la campagne, je puis affirmer le fait au moins pour le Bois-Goué, village situé sur la route de Blain, entouré de tas de mâchefer et de restes de briques. En creusant une sablonnière, un habitant a mis au jour un conduit en briques à rebords si large qu'il l'aurait pris pour un tombeau s'il avait eu plus de hauteur, de plus, un pot rempli de cendres et un monceau de cendres mêlées de charbon.

Les villes disparues de la Loire-Inférieure : tome I / Léon Maître Maître, Léon (1840-1926). Extraits des pages 270, 330 et 331

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141550p/f351.item.texteImage

Enfin, je terminerai ma revue des communes sises autour de Blain en faisant remarquer pour celle de Vay, où j'ai signalé de grands mouvements de terre, que la station de forges romaines n'était pas au Souchay et à l'Hôtel Jageny» mais plus près de la voie de Blain à Candé.

Les cultivateurs de Boisdun et du Fayel se rappellent parfaitement qu'en défrichant leurs landes, ils ont démoli de petites constructions circulaires de 1 m. 30 de diamètre, si remplies de briques bordées et brûlées, qu'ils sont convaincus d'avoir découvert des fours.

Leur impression se traduit de la même manière partout où ils renversent des creusets ou des forges ; ils répètent également la même formule : « Nous avons démoli deux ou trois fours. » Le souvenir de ces établissements est resté attaché au sol autour du domaine de la Rivière et jusqu'à Malescot, en Puceul, sur les deux rives du ruisseau de Siffrou ; c'est pourquoi le cadastre mentionne le Bois de la Forge, le Deffay et le Pâtis de la Forge, sans que jamais personne ait entendu parler d'usine .

La région qui est au sud du bourg (de Vay) est encore plus remplie de traces du même genre. ... ; le Boisdun, c'est-à-dire le bois de la fortification, village autour duquel on a découvert beaucoup de fours, situé sur le bord de ces immenses terrains vagues qu'on nomme les landes du Fouée (focagium), désert où les vieillards ont vu des amoncellements de scories, surtout près de Prelan.

Dès la fin du XIXe siècle, donc, l’historien Léon Maître et l’ingénieur des mines Louis Davy furent les premiers à s’intéresser à la longue histoire de la métallurgie du fer en Bretagne.

Louis Davy montra l’extrême importance des restes archéologiques de la région (Tas de scories, anciennes minières et même vestiges de fourneaux).

Léon Maître datait de l’époque gallo-romaine des ateliers sidérurgiques fortifiés qu’il avait découvert dans les forêts castelbriantaise.

Cependant ici comme ailleurs la métallurgie antérieure au XVe siècle reste très mal connue.

Ces repérages archéologiques montrent simplement la densité des vestiges et l’importance des déchets et donc de toute l’activité antique et médiévale.

Mais ces historiens et archéologues du XIXe siècle ont eu tendance à privilégier l’étude de la période gallo-romaine et à en surestimer par conséquent l’importance.

Il est vrai que la métallurgie bretonne remonte à une époque très reculée et semble-t-il surement au cours de la Tène (à partir du début du Ve siècle avant notre ère).

Aux dires de Strabon et de César, la région située à l’ouest de la Vilaine, dans le pays des Vénètes, possédait la principale industrie métallurgique de la région.

Mais il devait y avoir d’autre lieux d’exploitation et les alentours d’Abbaretz et de Nozay paraissent avoir connu simultanément une industrie du fer et une industrie de l’étain.

Cependant l’exploitation fut intensifiée pendant la période gallo-romaine.

De nombreux sites ont en effet livré des objets de cette période (monnaies, bronzes, céramiques et débris de briques à rebords …) par exemple autour de Blain, Saffré, Sion-les-Mines, Abbaretz et Moisdon-la-Rivière, Lusanger et St Aubin-des-Châteaux.

Les anciennes mentions de vestiges de fours attribués à l’époque gallo-romaine sont également nombreuses.

Les villes disparues de la Loire-Inférieure : tome I / Léon Maître Maître, Léon (1840-1926). Extraits des pages 270, 330 et 331

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141550p/f351.item.texteImage

 

 

Le massif de Domnaiche-en-Lusanger (Loire-Atlantique) » Jean-Claude Meuret 2010

On ne peut éviter ici de citer ici le travail de L. Maître consacré aux forges et ateliers fortifiés de la Basse-Loire. Théorie selon laquelle, à l’époque gallo-romaine, le travail du fer aurait tenu une place majeure en Basse-Loire et se serait fait dans des enceintes de terre fortifiées qu’il nomme châteliers.

À l’appui de sa démonstration, il entasse pêle-mêle des observations et des arguments souvent imprécis et très discutables, relevant d’activités et d’époques diverses.

Ce modèle excessif s’inscrit dans une époque où la recherche archéologique était dominée par une forme de romano-centrisme.

Or, si une telle activité a bien sûr existé pendant l’Antiquité, elle n’en a pas moins commencé plus tôt, dès le second Âge du fer, qu’on ignorait alors complètement.

Et contrairement à la Montagne Noire dans le sud de la France, ou aux Clérimois dans l’Yonne, aucune fouille n’a démontré que les énormes ferriers des forêts qui vont de Segré à la Vilaine remontent à l’Antiquité.

Dans les ferriers de la région, récupérés à l’époque de L. Davy, hormis les « tuiles à rebords » (mais ne s’agissait-il pas de briques, tomettes ou tuiles postérieures ?), on ne connaît aucun vestige sûr attribuable à l’époque gallo-romaine.

Tous les dessins qu’il donne dans son inventaire sont ceux d’objets de la fin du Moyen Âge, telles les poteries à œil-de-perdrix, voire plus tardifs, comme un moule à rouelles. En seule prospection, la datation des ferriers est malaisée.

Cependant, nous avons recueilli deux indices. Le premier pour le petit amas de Briangault dont on observe qu’il est respecté et donc antérieur aux billons fossilisés dans ce secteur.

Or, les grands chênes qui poussent sur ceux-ci ont autour de 200 ans, ce qui fournit un terminus ante quem autour de 1800 ; ce n’est guère satisfaisant, mais le contexte du lieu indique que ces labours sont certainement de tradition bien antérieure. Le second, concerne le ferrier n° 2 de la ligne coupe-feu, le deuxième du massif en volume. On a pu y observer qu’il se superpose à sa périphérie est au fossé talus limite qui sépare bois de Quimper et forêt de Domnaiche.

Or plus loin, il sera montré à partir des actes médiévaux que cette limite existe dès le début du xiie siècle. Ce qui fixe un terminus post quem.

La cartographie des données archéologiques et textuelles, va exactement dans le même sens : les ferriers ne sont pas implantés en fonction de la voie romaine ; en revanche, tous, sans exception, sont placés sur les cheminements nord-sud du Moyen Âge central.

Comme d’autres chercheurs qui ne se limitent pas à l’étude d’une seule période et qui cherchent à observer le phénomène dans le temps long, nous pensons que ces gros ferriers de Domnaiche, comme d’autres dans la région, sont attribuables au Moyen Âge d’après l’an Mil.

Qu’ils sont à mettre en relation avec une population en expansion, une société réorganisée et une économie nouvelle.

Tous les domaines d’activité connaissent alors une croissance continue de la consommation de fer : la guerre, l’armement, l’extraction de la pierre, les toitures, les châteaux, les moulins, l’agriculture, l’équipement du cheval, les moyens de transport, etc., partout le fer devient omniprésent, et dans des volumes très supérieurs aux périodes antérieures.

C'est la même conclusion qui a été formulée à deux reprises par les chercheurs de l'Inventaire ou associés, dans une importante étude consacrée aux forges de la région de Châteaubriant, Les forges du pays de Châteaubriant.,« Ces historiens et archéologues du XIXe siècle [L. Maître en particulier] ont eu tendance à privilégier l'étude de la période gallo-romaine et à en surestimer par conséquent l'importance », Jean-François Belhoste et Hubert Maheux, p. 19). « Une quantité importante de tas de scories répertoriés dans le sud-est de l'Armorique, que l'on attribuait aux Gaulois ou aux Gallo-romains seraient en fait médiévaux », Claudie Herbaut, p. 41.

«éologie, paysage et histoire d’une forêt du Néolithique à nos jours. Le massif de Domnaiche-en-Lusanger (Loire-Atlantique)» Jean-Claude Meuret 2010 Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest 117-4 (2010)

https://abpo.revues.org/1839 Dernière Précision de J.Claude Meuret :

Lors d’une visite que j’avais organisée dans le massif, C. Le Carlier était présente. Elle a fait un prélèvement de charbon de bois dans le grand ferrier du bois de Quimper et y a fait faire une datation 14C. Le résultat est sans appel : la datation la plus probable est de 1369 ap. J.-C., en datation calibrée et vient ensuite 1406 ap. J.-C., toujours en datation calibrée.

C’est donc du XIVe-XVe s. Pour cette même période, j’ai pu consulter les comptes de la seigneurie d’Ancenis aux AD44. Ils y font mention de plusieurs forges en forêt de la Poitevinière.

La métallurgie du fer en Europe et en France : découvertes récentes (Florian Sarreste)

Notes extraites de LA SIDÉRURGIE ANCIENNE DANS LE BAS MAINE - Université de Tours- Thèse de Florian Sarreste-2008 www.applis.univ-tours.fr/theses/2008/florian.sarreste_2882.pdf

 

"La métallurgie du fer peut être considérée comme une chaîne opératoire dans laquelle on peut distinguer cinq grandes étapes : l'extraction du minerai, les pré-traitements, la réduction, l'épuration et la forge (Deux dernières étapes regroupées sous les termes d'opérations de post-réduction).

Après les traitements minéralurgiques, le fer présent dans le minerai se trouve, en théorie uniquement sous forme d’oxydes.

Pour obtenir le fer métallique, il faut donc ôter l’oxygène . C’est ce qu’on appelle, en chimie, une réduction. Pour obtenir celle-ci, il faut de l’énergie (la chaleur) et un agent réducteur (le carbone).

La combustion de charbon de bois dans un milieu mi-clos permet d’obtenir ces conditions et la réduction successive des oxydes de fer . À 1 000°C, la réduction du fer est en théorie complète.

Toutefois, cette température n’est pas suffisante. En effet, malgré les traitements préalables, aucun minerai ne contient que des oxydes de fer.

Il existe toujours une gangue, qui piège donc le fer métallique relâché par la réduction. On doit, pour le libérer, la faire fondre.

La gangue de la plupart des minerais a un point de fusion variable en fonction de sa composition, mais il s’abaisse jusqu’à 1 100°C. Ce n’est qu’à partir de cette température que le fer métallique peut être séparé de la gangue.

Lorsque la température atteinte est inférieure à la température de fusion du fer, le métal n’entre pas en fusion et se concentre, à l’état pâteux, sous forme d’une masse hétérogène.

Le mélange SiO2-Al2O3-CaO-FeOn passe quant à lui à l’état liquide et forme la scorie, qui est évacuée. On obtient ainsi directement du fer doux et/ou de l’acier à partir du minerai.

Ce processus est connu sous le nom de filière ou méthode directe de réduction.

Ce procédé est le premier à avoir été mis en œuvre pour l’obtention du fer à partir de ses minerais, dès le 3e millénaire au moins en Anatolie.

Il reste le seul connu en Europe jusqu’au XIIIe s. et perdure, dans certaines régions, jusqu’au XIXe s.

C’est grâce à l’expérimentation et à l’ethnologie que l’on peut retracer dans les grandes lignes les étapes d’une opération de réduction dans un bas fourneau.

Quelle que soit la forme de celui-ci, la démarche est la même : un feu est allumé à la base de la structure et assure le préchauffage de la structure.

Ensuite, le volume du four, appelé cheminée ou coupole, est chargé par le haut alternativement de charbon de bois et de minerai, préalablement traité ou non.

Au fur et à mesure de la combustion du charbon, la charge descend dans le four, exposant progressivement les oxydes au gaz réducteur.

Ils sont ainsi successivement réduits. Au-delà de 1 100°C, le mélange silicaté composé par la gangue, les parois du fourneau, et l’apport du combustible commence à fondre et forme la scorie. La scorie liquide se sépare par gravité.

De petites quantités de fer, issues de chaque morceau de minerai, s’agglomèrent alors à l’état pâteux au fond de la structure de réduction et forment une masse plus ou moins compacte, appelée "massiot*" ou "éponge*".

A l’issue de la réduction, le métal n’est pas directement apte à la fabrication d’objets. Sa transformation en objet passe par plusieurs étapes regroupées sous le terme de post-réduction.

L'éponge doit être débarrassée de ses impuretés puis compactée pour être travaillée et transformée en objet. Cette étape est appelée épuration.

Elle consiste à faire "suer" la scorie en réchauffant la masse de fer puis à l’expulser par martelage (cinglage*), sur une enclume pour assurer le repli des porosités et la soudure du métal.

Le bas fourneau est la structure de combustion dévolue à l’obtention du fer par la filière directe*.

Il n’existe pas de fourneau type : il doit seulement fournir les conditions thermiques et atmosphériques nécessaires à la réduction des oxydes de fer.

Il s’agit généralement d’un espace confiné (structure semi-fermée), d’un volume plus ou moins important et de forme variable (appelée cuve ou cheminée) dont l’alimentation en air peut être contrôlée par des évents ou des tuyères* en nombre variable.

Sa ventilation peut être naturelle (par tirage) ou forcée (avec des soufflets).

On peut, en se fondant sur les exemples archéologiques, en distinguer trois groupes :

- des foyers ouverts, semi-enterrés, appelés fours en fosse

(où le métal ne se sépare pas entièrement de la scorie)

- les bas fourneaux à scorie piégée dans lesquels la scorie est séparée du métal tout en restant à l’intérieur de la structure

et les bas fourneaux à scorie coulée où la scorie est évacuée à l’extérieur du fourneau.

Les bas fourneaux à scories piégées les plus courants présentent une fosse dans laquelle la scorie s’écoule, refroidie et reste piégée.

En général, ce bloc est laissé en place, la cheminée est détruite pour la récupération de la masse de fer et les sidérurgistes sont obligés de reconstruire un nouveau four, creuser une nouvelle fosse…

On parle de bas fourneau à scorie piégée à usage unique.

Pour certains fours, un accès est aménagé jusqu’à la fosse réceptacle : la scorie peut ainsi être enlevée et le four réutilisé. Il s’agit de bas fourneaux à scorie piégée à usage multiple.

De même, la branche des bas fourneaux à scories coulées se scinde en plusieurs familles.

Les distinctions sont essentiellement faites à partir de la forme de la cheminée, cylindrique ou en dôme, ou de la position du four par rapport au sol, semi-enterré ou encastré dans la pente ou dans un talus artificiel.

Les bas fourneaux à écoulement de la scorie peuvent être isolés ou réunis en batterie avec deux , trois ou six individus.

Les bas fourneaux à scorie coulée peuvent être utilisés des dizaines de fois et nécessitent un entretien minimal.

Leur utilisation entraîne un accroissement soudain de la production, qui se traduit par l’augmentation de la quantité de déchets.

En quelques décennies, un seul bas fourneau de ce genre peut générer des dizaines voire des centaines de mètres cubes de déchets, que l’on retrouve sous forme d’amas, les ferriers.

Ce type de bas fourneau s’impose très rapidement et reste en cours jusqu’à l’apparition du procédé indirect, intervenue en France entre le XIIIe et le XVe s.

Cette innovation de la fin de l’Âge du Fer ne signifie d’ailleurs pas pour autant l’abandon des structures à scorie piégée.

On en connaît pour La Tène finale et l’époque romaine en Bretagne et dans le Maine, et même au haut Moyen Âge en Sarthe.

La réduction directe du fer produit une grande quantité de déchets : les scories, mais également, les cendres, le charbon non consumé et les fragments d’argiles provenant du bas fourneau.

On peut considérer que la quantité de scories est relativement proportionnelle à celle de fer traité.

 

Notes extraites de : LA SIDÉRURGIE ANCIENNE DANS LE BAS MAINE - Université de Tours- Thèse de Florian Sarreste-2008 www.applis.univ-tours.fr/theses/2008/florian.sarreste_2882.pdf

 

Il semble exister plusieurs foyers distincts d’apparition de la métallurgie du fer.

Les deux plus importants seraient l’un en Afrique subsaharienne (Niger, région des Grands Lacs), mis en évidence relativement récemment, et l’autre en Anatolie et dans le croissant fertile (Syrie, Iran, Irak), soupçonné depuis longtemps.

C’est ce second foyer qui est considéré comme l’épicentre du phénomène pour l’Europe.

À partir du 3e millénaire, on retrouve des objets en fer en Syrie et en Egypte.

Les premiers textes mentionnant le nouveau métal datent de cette période.

La maîtrise de l’obtention du fer à partir de ses minerais semble acquise dans ces régions dès le 2nd millénaire av. J.-C.

De ce premier foyer, le fer puis sa métallurgie se propagèrent petit à petit à l’Asie Mineure et à la Grèce et conquirent, dans le courant du 1er millénaire av. J.-C., l’ensemble de l’Europe occidentale.

Les premiers objets en fer connus en France datent du VIIIe s. av. J.-C. et proviennent du Languedoc. Toutefois, on ne peut pas affirmer que ces objets ont été fabriqués sur place .

Les découvertes archéologiques récentes pourraient indiquer l’existence de production dans plusieurs régions de France à cette période . Malheureusement, les fourchettes de datation fournies par la méthode du radiocarbone ne permettent pas de distinguer nettement les sites au sein de la période de Hallstatt, certains pouvant même dater des premières décennies de la période de La Tène.

La découverte de sites de réduction datant des premiers temps de la période de Hallstatt est une nouveauté des dix dernières années.

Elle révolutionne un peu la vision diffusionniste de la métallurgie du fer, qui voulait que la façade atlantique soit la dernière à être touchée par cette découverte.

Les découvertes réalisées dans plusieurs sites de l'ouest de la France sont concordantes et il ne fait maintenant plus de doute que la réduction du minerai de fer apparaît dans ces régions entre le VIIIe et le Ve s. av. J.-C., durant la période de Hallstatt.

L’introduction précoce de la production du fer dans l’ouest de la France va à l’encontre de l’hypothèse antérieure d’une diffusion de la sidérurgie à partir de l’Europe centrale et de la côte méditerranéenne.

En effet, selon ce modèle, la région étudiée ici, et plus largement l’ouest de la France, aurait dû être la dernière atteinte par ce phénomène.

C’est d’ailleurs ce qu’on a cru jusqu’ici. Les dépôts, dans la péninsule armoricaine, d’importantes quantités de haches en bronze allié de plomb durant le premier Âge du Fer a conforté l’hypothèse d’un retard pris par la façade atlantique sur le développement de la nouvelle métallurgie . Ce décalage a été vu comme une conséquence de l’éloignement du berceau de la civilisation celtique, situé traditionnellement en Europe centrale.

Cette théorie centrifuge et diffusionniste doit être remise en cause. P.-Y. Milcent (2006) est récemment revenu sur cette question : en se fondant sur les comparaisons typologiques, il a mis en évidence l’existence d’un complexe culturel médio-atlantique, perceptible dès le premier Âge du Fer et clairement distinct de celui reconnu depuis longtemps au nord des Alpes.

Cette distinction culturelle nuance profondément la vision ancienne d’un monde "celtique" homogène. Il semble même qu’il faille repousser ce dernier concept.

La mise au jour d’une tombe à char à Orval, dans le département de la Manche , et la fouille d’une agglomération ouverte livrant un abondant mobilier laténien à Lacoste, en Aquitaine , montrent bien qu’il doit exister plusieurs pôles de développement au sein des sociétés de l’Âge du Fer.

La production précoce de fer dans notre région participe peut-être de cette multipolarité de l’évolution des populations protohistoriques et du développement de la sidérurgie.

Il faut donc abandonner définitivement l’idée d’une adoption tardive du fer dans l’ouest de la France et plus spécifiquement dans notre zone d’étude (Bas Maine). ...

La découverte de bas fourneaux à scorie piégée présentant un accès à la fosse réceptacle, lors des travaux préventifs menés sur le tracé de l’autoroute A28, a permis de mettre en évidence la réutilisation de ces structures pour plusieurs opérations. ...

Il faut attendre le Ve s. av. J.-C. et la transition Hallstatt/La Tène pour voir apparaître le fer sur les sites d’habitats ruraux et, selon R. Pleiner, le début de l’Âge du Fer "au sens propre" .

Le nouveau métal commence à se démocratiser, mais dans des proportions modestes au départ .

Une révolution technique intervient dans le courant de La Tène finale, avec l’apparition d’un nouveau type de structure de réduction, le bas fourneau à écoulement de la scorie.

La période romaine marque l’apogée de la production sidérurgique dans de nombreuses zones en France et Europe, même si on ne connaît que très rarement la durée d’occupation précise des sites au sein de ces secteurs.

Nous ne pouvons par exemple pas encore cerner les différences existantes entre Haut et Bas-Empire, faute de datations suffisamment précises et nombreuses.

Ensuite, on perd le fil des évolutions après le Ve s.

Plusieurs sites des VIIe-Xe s. sont toutefois connus en Lorraine, en Suisse et en Berry mais trop peu pour commencer à en tirer des conclusions générales.

Tout juste peut-on dire que ces ateliers sont plus modestes. Aucun n’atteint le volume des ferriers repérés pour l’époque antique.

 

Au début des années 1960, plusieurs auteurs ont contribué à donner du haut Moyen Âge l’image d’une période où le fer est absent et sa production presque inconnue.

Le faible nombre d’objets ferreux mis au jour sur les sites de cette période ne doit plus servir d’argument pour justifier le manque d’objets en fer durant cette période.

Le fer, à la différence de la céramique, peut être facilement récupéré et réutilisé.

Malheureusement, les preuves archéologiques de la production sidérurgique mérovingienne sont encore peu nombreuses. Une seule zone de production est reconnue pour cette période, dans le Jura Suisse.

L’état des lieux pour les périodes postérieures est encore plus délicat à établir.

Pour une synthèse sur la sidérurgie ancienne en Bretagne, voir aussi

LE CARLIER DE VESLUD C. (2011) La sidérurgie ancienne en Bretagne. Bulletin de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Pays de Lorient, n°39, 38p. http://www.sahpl.asso.fr/site_sahpl/Le_Carlier_de_Veslud-LA_SID%C3%89RURGIE_ANCIENNE_EN%20BRETAGNE.pdf