Bretagne Bronze ancien à moyen Briard 1991

Extraits et notes tirés de « La Protohistoire de Bretagne et d’Armorique. » Jacques Briard 1991 Editions Gisserot

Extraits et notes tirés de « La Protohistoire de Bretagne et  d’Armorique. »                                 Jacques Briard 1991 Editions Gisserot

« Quelques tombes à poteries sont connues contemporaines des premiers tumulus à pointe de flèche entre 2000 et 1600 ans avant J.C.

Mais bientôt la splendeur première des tumulus va s'estomper, correspondant aux changements brutaux, guerres ou cataclysmes naturels qui affectent la Méditerranée. Les lointains échanges sont taris. Les tombes deviennent plus pauvres, plus communautaires.

Souvent un caveau est creusé dans le sol maçonné de pierres sèches, et recouvert d'une dalle puis d'un petit tumulus. A l'intérieur, l'on dépose le mort accompagné de rares armes, le plus souvent d'un petit poignard.

Ce faciès qui commence au Bronze ancien va se prolonger jusqu'au Bronze moyen, vers 1200 avant J.C. » « Plusieurs faits nouveaux apparaissent, outre la rareté du métal et plus encore de la parure en or (on note simplement une agrafe de fourreau à St Jean-de-Brevelay), c'est le retour systématique de la poterie dans les tombes qui surprend.

On revient aux vieux rites funéraires néolithiques ! Les poteries sont des vases le plus souvent biconiques à une anse, deux anses, trois anses et plus encore, fait caractéristique pour l'Armorique, quatre anses, sûrement lié au rituel qui nous échappe »[...]

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vases.jpg

« Ces poteries sont souvent décorées de motifs géométriques simples, chevrons ou triangles, là encore c'est la tradition du « vieux style européen », excluant les représentations humaines ou anthropomorphes ».

« Les tombes à poterie se multiplient dans les zones côtières, succédant aux premiers groupes de tumulus à pointe de flèche ».

« Elles sont nombreuses dans la région stannifère du Léon »[...]

« Dans le sud Finistère l'on connaît des groupes de tumulus à poterie »,... « mais le fait nouveau est l'apparition de véritables « champs de tumulus » sur les Monts d'Arrée ».

« Des centaines de tombes et coffres ont été aménagés sur le territoire des communes de Berrien, Brennilis, Huelgoat, Loqueffret »…

 

http://camancetres.canalblog.com/archives/2014/03/02/29342426.html

Petit coffre de l’âge du Bronze du Tumulus de   de Juno Bella  à Berrien

 

Ces tumulus sont assez pauvres et la production céramique mélange d'élégants vases biconiques décorés de motifs géométriques (La Feuillée) (Spezet) à des créations très frustes à pâte grossière (Loqueffret).

 

Figure 16 extraite de https://rao.revues.org/2073

Quelques grands tumulus, témoignages des derniers aristocrates, sont encore élevés à cette époque (Berrien) (Botsorhel).

« Le beau tumulus de La Croix-Saint-Ener à Botsorhel révéla un des plus magnifiques vases décorés de cette époque, accompagné de deux poignards en Bronze, le tout daté des environs de 1200 avant J.C. Par le radiocarbone ».

 

La pénétration des tumulus en Bretagne intérieure se manifeste dans le Morbihan avec des ensembles remarquables de champs de tumulus (Cleguer-Malguenac) (Ploërdut-Locuon)

Ploërdut. Tumulus de Kerfandol sud. Tombelle en bordure nord du tumulus.

http://ns2014576.ovh.net/files/original/5654de90e9b9ae1029ddaabb083af4eb.pdf

« Ce sont souvent des caveaux bâtis en voûtede pierres sèches qui se sont effondrés (tombes en baignoire) »

A Cleguer les poteries évoluent vers les urnes à cordons et les poignards à bords incurvés annoncent déjà ceux du groupe du Bronze moyen de Tréboul.

« La céramique armoricaine des tumulus eut un certain prestige ». Elle fut exportée ou imitée (Jersey) (Wight) (Sud-est de la France).

4) Le renouveau métallurgique : Tréboul et les haches à talon.

« la société du Bronze ancien a donc eu des aspects de prospérité et de prestige : objets luxueux échangés entre le monde nordique, britannique, continental, ibérique et même méditerranéen ».

 

« Progressivement cet aspect va disparaître, la société devient plus égalitaire si l'on en juge par le nivellement des coutumes funéraires ».

« le fait marquant de cette société qui reste toujours cependant agropastorale est le développement de groupes métallurgistes actifs qui sans cesse vont modifier et diversifier les productions ».

« Si les échanges les plus lointains avec la Méditerranée disparaissent, de nouveaux circuits commerciaux se mettent en place pour former cette communauté du « Bronze atlantique » caractéristique de l'Europe protohistorique, entité qui s'oppose souvent aux groupes économiques et culturels continentaux ».

Treboul, aujourd'hui incluse dans Douarnenez, a donné son nom au premier groupe métallurgique important de Bretagne.

Figure 4 extraite de http://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1971_num_78_1_2595

En 1848 y fut découvert un lot de bronzes enfouis dans un sac de tissu en lin protégé par une dalle de granite.

« Il s'agissait d'un de ces dépôts de fondeur qui regroupaient les objets brisés ou usagers destinés à la refonte ».

« les trois cents éléments du dépôt étaient composés pour un tiers de haches à rebords et à talon, pour 40% environ de poignards et d'épées, pour 10% de pointes de lance pour 4% d'éléments de parure, pour 3% de petits couteaux triangulaires et pour 10% de débris divers ».

« Au Bronze ancien seules les haches plates étaient fabriquées en abondance relative pour les besoins de l'agriculture ».

 

« Le reste des productions concernait essentiellement les poignards et les épées qui étaient d'ailleurs souvent, avec leurs fragiles manches en bois décorés d'or, des armes d'apparat ».

« Tréboul inaugure une rénovation de la métallurgie et la fabrication en série d'objets dont certains seront exportés ».

« Les haches se diversifient et se perfectionnent avec les rebords latéraux et plus encore avec leur butée médiane (haches à talon) qui permet de mieux assujettir le manche ».

« Ces modèles de Tréboul sont communs à l'Europe du Nord-ouest, Normandie, Grande-Bretagne et Allemagne du Nord. »

 

« Ils sont dérivés des poignards du Bronze ancien dont ils constituent, avec leur large garde, des agrandissement isométriques ».

« Ils ont la même lunule centrale à la garde et au milieu du manche métallique en bronze, trois gros rivets d'apparat rappelant les trois grandes punaises des poignards du Bronze ancien (comme ceux de Plouvorn) »

« La réalisation technique de ces épées avec leur manche creux est remarquable et témoigne des progrès de la métallurgie. Des épées entières ont été récoltées dans les fleuves côtiers et les rivières, témoignage du culte des eaux »

Exemples dans le Trieux à Plourivo, dans la Vilaine à Rennes.

http://www.images-archeologie.fr/Accueil/Recherche/p-3-lg0-notice-IMAGE-A-Plourivo-dans-les-Cotes-d-Armor-cette-epee-du-Bronze-moyen-a-ete-decouverte-lors-de-draguage-effectues-dans-la-ria-du-Trieux..htm?

A St Brandan (Côtes d'Armor) a été mis à jour un dépôt de sept épées et un poignard.

A côté des épées classiques existent d'énormes lames cérémonielles non fonctionnelles (glaive de Plougresant 665 mm 2180g).

Les épées de Tréboul furent appréciées et exportées dans le Bassin Parisien, le Rhône, l'Allemagne, les Pays-Bas et les îles Britanniques. Reliques de ces « symbols of power » du Bronze ancien les lames cérémonielles furent aussi échangées au loin : Beaune, Hollande.

« Tréboul inaugure aussi un changement dans les rites funéraires : on ne connaît aucune épée ou pointe de lance typique déposées dans les tombes. »

« Le métal a perdu son rôle « aristocratique » et les sépultures de chef ont disparu ».

« C'est un des indices de la modification de cette société du Bronze moyen où les communautés marchandes semblent détenir les rênes du pouvoir ».

« Le groupe de Tréboul dérive de la civilisation armoricaine des tumulus, très hyper-occidentale mais on note la progression vers la Haute-Bretagne avec quelques dépôts notoires (Châtillon/Seiche, Gaël) ».

« A la fin du Bronze moyen (1300-1100 avant J.C.), la spécialisation des productions est un phénomène nouveau ».

« Ainsi on va produire en série des haches à talon stockées en dépôts pouvant atteindre plusieurs centaines d'instrument ».

« Ce sont les haches à talon de type breton avec un tranchant étroit et une nervure médiane verticale décorant leur lame ».

http://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1966_hos_63_3_4087

« Ces haches sont fabriquées en abondance en Haute-Bretagne, dans les vallées de la Vilaine (St Nicolas-de-Redon), de la Rance (Languenan, Calorguen), mais aussi dans le centre du Finistère (Saint-Thois) »

« Les analyses spectographiques de ces haches ont révélé un fort taux d'étain correspondant sans doute au meilleur rendement des exploitations d'Armorique ».

« Par la suite l'étain s'appauvrira et l'on ajoutera de plus en plus de plomb dans les alliages, alors que dans les haches à talon le plomb reste inférieur à 1% ».

« Une sévère concurrence s'exerce dans la zone Atlantique entre les ateliers fabriquant les haches à talon ».

« Les haches bretonnes sont exportées dans le Bassin Parisien, le Massif Central, le Sud-Ouest, le midi (Avignon) ou les Hautes Alpes (Chateauroux/Durance) ».

« Mais cette production est concurrencée par celle des ateliers normands dont les haches sont décorées de motifs en écusson ou en trident, des ateliers du Médoc dont les longues haches à rebord auront longue vie et même de nouveaux ateliers qui se créent dans le Centre Ouest de la France avec des modèles à tranchant trapézoïdal ».

« Un métissage se produit entre les ateliers et des dépôts comme ceux de Languenan (Côtes d'Armor) ou de Saffré (Loire-Atlantique) qui incluent, à côté d'une majorité de haches bretonnes, des haches normandes ou du Centre-Ouest. Leur analyse montre qu'elles ont la même composition et qu'elles ont été plutôt imitées qu'importées ».

https://grand-patrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/les-collections/bases-de-donnees-en-ligne/oeuvres-choisies/departement/medaillier-fonds-general/depot-de-haches-a-talon-fr-eja_100347

« Ce qui est encore la meilleure solution d'éviter la concurrence ».

« Les haches à talon sont fabriquées en série. Elles ne sont associées régulièrement qu'à un seul type de fabrication : des bracelets en bronze massif décorés de motifs géométriques, appelés type de Bignan d'après un récente découverte morbihannaise ».

https://grand-patrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/les-collections/bases-de-donnees-en-ligne/archeologie-regionale/usage/parure/bracelet-massif-decore-du-type-de-bignan-fr-eja_93061

« Ces bracelets sont surtout connus en Haute-Bretagne, en particulier dans le Bassin de la Vilaine (Guipry, Moutiers, Domalain, Drouges, etc.) »

« Ils montrent les même compositions riches en étain que les haches à talon ».

Ils ont aussi été exportés (Normandie, Centre-Ouest et même Sud de l'Angleterre.

Bracelets du type de Bignan de Conquereuil et Derval Figures extraites de Article de Jean L'Helgouac'h Christine Maggi Henri Poulain

Revue archéologique de l'ouest Année 1999 Volume 16 N° 1 pp. 85-95

http://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_1999_num_16_1_1089

« Mais il y a en France tant de séries de bracelets décorés par incision que parfois l'on a trop vite assimilé au type de Bignan des variantes communes à toute l'Europe du Nord-Ouest ».

Photo extraite de http://jean-jacques.lelez.pagesperso-orange.fr/sctorsa.htm

« La bijouterie en or est également assez massive et présente les même décors géométriques que les bracelets de bronze ».

Un gros dépôt (18 kg ) fut découvert au Hinguet au Vieux-Bourg-Quintin mais stupidement fondu au siècle dernier.

« A l'extême fin de l'âge du Bronze moyen apparaissent de grandes torsades en or pouvant atteindre un m de long ».

Celle de Cesson Sévigné (Musée de Cluny Paris) pèse 456g.

« D'autres furent trouvées à Augan (Morbihan) Plouguin (Finsitère) ».

« Le type est originaire d'Irlande où de beaux exemplaires furent recueillis sur la colline sacrée de Tara où se faiaient couronner les rois d'Irlande ».

« Le Jalonnement de cette importation se suit par la Grande-Bretagne (Yeovil) et les îles anglo-normandes (Jersey). Ces bijoux sont connus en Normandie ou certains torques torsadés sont associés à des bronzes du début du Bronze final (Fresné-la-mer) ».

 

Texte extrait de l’ouvrage :

Protohistoire de Bretagne et d’Armorique

Jacques Briard 1991 Editions Gisserot

Illustrations extraites des références indiquées en bleu