Landes et défrichements dans le canton de Nozay

Défrichements des Landes et mise en valeur du sol au XIXe siècle dans la région de Nozay

Concernant les progrès agricoles de Jules Rieffel et l'expérience du défrichement des landes dans les secteurs de Nozay et Derval voir l'article de Julien Bretonnière dans la Mée du 16 mars 2006 et plus particulièrement la partie sur Jules Rieffel, un défricheur et un précurseur: http://www.journal-la-mee.fr/606-histoire-agricole.html

 Chronologie du Domaine de Grandjouan : oeuvre de Jules Rieffel sur "Nozay Grandjouan" : 

http://www.didierteffo.fr/139245251

Toujour sur jules Rieffel et son expérience de mise en valeur des landes de Grandjouan, on pourra aussi consulter la biographie très riche de Jules Rieffel écrite par l'ASPHAN : http://www.asphan.fr/spip.php?article50

 

On consultera avec intérêt l'article consacré par Jean Renard en 1998 sur la thèse de René Bourrigaud présentée en 1994 sur le développement agricole en loire-atlantique au XIXe siècle, voir : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182x_1998_num_177_1_6854_t1_0096_0000_2

 

L'expérience de Jules Rieffel et l'exemple du défrichement des landes de Grandjouan sont mentionnés dans l'article suivant :

Innovations étrangères dans les campagnes nantaises au début du XIXe siècle 

René Bourrigaud   lien Études rurales  lien   Année   1994   lien Volume   135   lien Numéro   135-136   lien pp. 161-173 voir notamment p165 la partie consacrée à Jules Rieffel et l'expérience de Grandjouan : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rural_0014-2182_1994_num_135_1_3493

 

A voir également dans la revue sciences ouest un article de Camille Moule  sur Rieffel le défricheur : http://www.espace-sciences.org/archives/science/18720?page=2

 

Landes et Défrichements au XIXe siècle en Loire-Inférieure et à Nozay : Sources historiques diverses

 

Landes : Richesse des pauvres gens. (1) (2) (3)

Dans les campagnes, même les plus déshérités jouissaient, par droit ancestral, de l'usage des pâtures communales et pouvaient entretenir quelques têtes de bétail. Aux moutons, on abandonnait les vastes landes, les brandes et les terres temporairement incultes. (1)

 

A la veille de la Révolution, près de 90% de la population est appliquée à la culture et à l'élevage.

Seulement ¼ des terres est cultivé. Les landes très nombreuses permettent l'élevage de chèvres et de moutons.

 

Dans le pays de Châteaubriant, les landes étaient la richesse des pauvres gens qui y faisaient paître de nombreux troupeaux, des brebis d'une espèce particulière.

Sur les landes sont présents des élevages de chèvres et de petits moutons noirs très sobres.

http://www.races-de-bretagne.fr/decouvrez-les-races/mouton-des-landes-de-bretagne/

Ces moutons, presque noirs, d'une chétive apparence, étaient l'objet d'un commerce considérable. (2)

 Moutons et industrie de la Laine en Pays de Châteaubriant.

Une triple industrie en est née : - Moulins à foulons - Les serges - Les peigneurs de laine.

Développement des métiers de la laine. L'élevage des moutons amènera une autre industrie, la mégisserie, puis la tannerie.

L'industrie de ceux qui travaillaient la laine était la plus considérable. Tout le monde peignait.

Les corporations se plaçaient sous la bannière du saint-patron. Les peigneurs de laine sous la protection de St Blaise. (3) (2)

 La lande : Une réponse à un obstacle insurmonté! (4)

Les landes des campagnes du Pays Nantais au nord de la Loire sont particulièrement étendues au XVIIe siècle.

Le fait que les défrichements massifs n'aient été opérés qu'au XIXe siècle, confirmerait l'hypothèse d'un obstacle technique.

Il a fallu résoudre un énorme problème d'engrais et surtout d'amendements.

 

L'utilisation de la lande comme pacage est essentielle pour la vie quotidienne des familles paysannes.

La lande serait ainsi la réponse la mieux adaptée à l'impossibilité de mettre en culture avec profit des terres trop acides.

Mais lande ne signifie pas terre inutile : pacage, matériaux, litière (bruyères) représentent un apport non négligeable pour les familles paysannes. (4)

 Evolution des Landes au XIXe siècle en Loire-Inférieure. (5)

En moins de 80 ans, plus de 140 000 ha de terres infertiles ont été mises en culture dans la Loire-Inférieure, sur un territoire total de 687 457 Ha (soit plus de 20% de la superficie du département.

Les terres labourables s'étendaient sur 260 000 ha en 1803, 301 600 ha en 1840 et 400 272 ha en 1882.

La proportion des Landes mises en valeur dépasse même les 40% pour des communes comme Marsac/Don, Jans et Conquereuil (Elle est de 28,6% pour l'ensemble du canton de Nozay).

 

L'accroissement des terres labourables a été rapide, surtout dans la dernière période.

En 1789, 132 000 ha de terres incultes étaient présents dans la Loire-Inférieure.

Cela représentait près de 1/5 du total du territoire. (5)

 La vague de défrichement des Landes. (2) (5)

Longtemps l'agriculture demeura stationnaire, les seigneurs du pays de Châteaubriant se mirent à défricher tardivement les vastes landes que la peste noire du XVIe siècle avait laissées après elle.  (2)

On observe un petit nombre de défricheurs dans les dernières années du XVIIIe siècle.

La raison en est dans l'état d'indivision où se trouvaient alors la plupart des landes (ambiguïté de la législation).

 

Vers 1818, nouveau mouvement vers les terres vagues et renouvellement des contestations. Les difficultés ne prirent fin qu'en 1850, après la promulgation d'une loi de procédure qui régularisait complètement le partage des terres incultes. 

 

En 1840 en Loire-Inférieure, 28% seulement des terres incultes étaient livrés à la culture.

Le plus fort du travail a été accompli de 1850 à 1889.

Les Landes, Pâtis, Bruyères et Marais constituaient 132 000 ha en 1803, 96 265 ha en 1852 et seulement 38 735 ha en 1882. (5)

Obstacles et Causes des défrichements.

L'absence de drainage sur ces plateaux argileux du nord de la Loire-Atlantique et l'absence de chemins praticables sont sans doute les causes majeures de la mise en valeur récente de certaines terres au XIXe siècle. (6)

 

Alors que dès le début du XIIe siècle, en Haut Poitou, on songeait partout à défricher. L'augmentation de la population provoqua une augmentation des surfaces cultivées. Dans les pays de brandes les défrichements furent plus tardifs que dans les région boisées. Au XIIIe siècle le peuplement des campagnes du Haut-Poitou était dense. (7)

 

Rieffel Statistiques du canton de Nozay  1865 (8)

Toutes les routes macadamisées du canton de Nozay datent de 1830.

Auparavant seuls existaient des chemins de terre impraticables une grande partie de l'année.

La grande route de Nantes à Rennes, qui traverse la ville de Nozay, ne faisait pas exception, elle n'a été mise en état de bonne viabilité que de 1832 à 1838.

Sur le canton de Nozay, plus de 8000 ha de landes sur un territoire de 28 000 ha ont été défrichées et convertis en terres arables et prairies (28,6% du territoire cantonal). (Landes : 9837 ha en 1811, 1730 ha en 1864)

Disparition des mauvais bois : 900 ha.           Quasi doublement des Terres labourables : 8528 ha en 1811, 16 003 ha en 1864.

Les céréales s'étendaient sur 11 610 ha en 1864 avec 5877 ha de froment d'hiver. Changement radical par rapport à 40 ans auparavant (Extension des cultures, disparition du seigle au profit du froment).

 

Les terres incultes défrichées et une meilleure agriculture ont donné plus d'aliments et plus d'aisance à la disposition des habitants, la population s'est accrue (Population du Canton en 1830 : 10 852, en 1861 : 15 312). (8)

 

Sources :

(1) Le Mené : Campagnes angevines (vers 1350- vers 1530) (1)

(2) Goudé : Histoire de Châteaubriant (Baronnie, Ville, ...) 1870 (2)

(3) Buffé : Une cité dans l'histoire : Châteaubriant   1984 (3)

(4) Croix : La Bretagne des XVIe et XVIIe siècle (4)

(5) Andouard : Les Progrès de l'agriculture dans la Loire-Inférieure depuis un siècle (1889) (5)

(6) Andouard (Rolland) : Région de Châteaubriant, déclin ou essor (1976) (6)

(7) Sanfaçon : Défrichement ... haut Poitou ... Xe au XIIIe siècle (7)

(8) Rieffel : Statistiques du canton de Nozay  1865 (8)

Martyr de Saint Blaise à l'église du Vieux-bourg à Nozay : Saint-Patron des peigneurs de Laine.

Défrichements des Landes de Haute Bretagne méridionale (région de Derval : Jans, Lusanger ...)

 

Dans le nord de la Loire-Atlantique comme dans tout l’Ouest de la France, des landes servant de pacages communs étaient associées aux terres de culture et la superficie des terres communes était parfois très étendue : à Jans (fig. n°5), la frairie de Trénou possédait plus de 400 hectares de landes.

 

Voir plus bas la carte des landes à Jans en 1855

Des cartes des Landes en 1855 pour d'autres communes de cette région de Haute Bretagne méridionale sont visibles sur : http://www.didierteffo.fr/228429226

 

 

Au XVIIIe siècle les vastes landes de la Haute-Bretagne méridionale avaient connu quelques tentatives de défrichement par afféagement, mais les expériences restèrent limitées, les riverains hostiles aux clôtures s’empressant de détruire les talus nouvellement construits[9].

Au XIXe siècle, à partir de la Restauration, des investisseurs mieux organisés, issus du commerce nantais, souvent anciens propriétaires à Saint-Domingue, enclosent et mettent en culture des surfaces plus étendues afin de créer des métairies au milieu des landes, contre la volonté des anciens usagers qui firent tout pour s’y opposer.

Ainsi en 1827 à Lusanger, les consorts de la frairie de la Rivière, soutenus par Gascher du Val, châtelain de la Galotière, firent un long procès à un certain Dupuy, négociant à Nantes, pour s’opposer à la création sur leur terres communes des métairies du Verger et de Sainte-Marie, qui furent à plusieurs reprises assiégées et endommagées par les habitants en colère[10].

Quelques années plus tard, dans le canton voisin de Nozay, Charles Haetjens et Jules Rieffel, qui révolutionna l’agriculture en Bretagne au XIXe siècle, eurent les mêmes soucis pour le défrichement des landes du domaine de Grand-Jouan[11].

Une vingtaine d’années plus tard, la loi de 1850 sur l’obligation du partage des communs mit fin à ces coutumes ancestrales qui faisaient obstacle aux progrès de l’agriculture.

 

Extraits de :

Champs ouverts, habitudes communautaires et villages en alignements dans le nord de la Loire-Atlantique : des micro-sociétés fossilisées dans l’Ouest bocager

In Situ, revue des patrimoines  Hubert Maheux  conservateur du patrimoine

http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/article.xsp?numero=&id_article=d3-1587

 

Résumé de l'article :

Au nord de la Loire-Atlantique, le pays de Châteaubriant a été considéré jusque dans la seconde moitié du XXe siècle comme un pays de bocage. Pourtant dans sa partie occidentale, qui correspond au canton de Derval, les paysages ouverts, composés de landes et de champs en lanières non clos, ont été majoritaires jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, époque à laquelle l’embocagement fut massif. Un habitat rural organisé en rangées constituées de plusieurs logis disposés en alignements était associé à ces champs ouverts dont l’exploitation, qui se maintint jusque dans le troisième quart du XXe siècle, était fortement imprégnée de pratiques communautaires. Une étude de ces micro-sociétés paysannes s’impose avant qu’elles ne s’effacent de nos mémoires.

Les landes en 1855 à Jans (Source Atlas de Tollenare)