Histoire de la commune de Nozay 44 La Naulière ...

Histoire de La Naulière (commune de NOZAY 44) (Yohann Gourdon : historien)

Ces éléments sur le hameau de la Naulière (orthographié ici Naullière) situé sur la commune de Nozay (Loire-Atlantique) sont issus d'une recherche effectuée par Yohann Gourdon, historien local et diplômé d'histoire à partir de sources consultées aux archives départementales de Loire-Atlantique.

 

LA NAULLIERE

 

 

 

A la veille de la révolution française, la métairie[1] de la Naullière fait partie de la seigneurie de la Touche ; on accède au manoir et ses dépendances par deux chemins menants au manoir de la Grande Villate. La Naullière a dans son voisinage le bourg au sud, ledit château de la Touche à l’ouest, la Hunière à l’est, et au nord la Grande Villate et la Petite Villate, trois autres métairies de la Touche. La création du domaine de la Naullière est le fruit d’un long processus remontant au moins au XVe siècle. Les acquisitions de terrain effectuées par des familles de notables nozéens ont mené à la constitution d’un ensemble cohérent.

Le vocable Naullière a pour origine le nom d’un nozéen du XVe siècle, Jean Nau, auquel le suffixe -llière est venu se rajouter au début du XVIe siècle pour désigner un endroit habité. Jean Nau est nommé simplement de cette manière dans des aveux[2] de 1496 et 1519, mais identifié sans ambiguité par ses biens, il apparait en 1504 et 1551 sous le nom de Jean Estienne dit Nau. Nau est donc un surnom, qui pourrait être issu du prénom Naul ou Naullet[3], mais qui est plus sûrement un toponyme tiré du gaulois nauda qui a donné noe. En effet, les surnoms qui aux temps médiévaux différencient des homonymes, comme par exemple Jean Robin de la ville et Jean Robin de Coabrac, sont souvent tirés de leur lieu d’habitat[4], ce qui en matière d’identification est bien le plus utile. Ces surnoms arrivent au fil du temps à se substituer au nom de famille auquel ils sont accolés.

L’abondance des sources sur la paroisse de Nozay et un travail rigoureux de transcription permettent aujourd’huy de retracer la genèse de la Naullière et l’histoire de ses différents propriétaires.

 

Le temps des Jehanneaux

Les premiers terrains à partir desquels s’est construit le domaine de la Naullière nous sont décrits dès 1405, lorsque Jaheneaux Symon rend aveu au seigneur de la Rivière pour divers  héritages. Tout d’abord, trois journaux[5] en une pièce de terre labourable avec une chaintre au bout, situés entre « l’orme du bourg et la noe de la Villate (sud et nord de la Naullière), le chemin par lequel l’on va de l’orme du bourg à la Villate (actuel chemin de la Villate à l’ouest) et terre que tient la femme Rohuon (à l’est)»[6]. Il possède de plus le tiers d’une maison au bourg, et le tiers d’un journal et demi de terre « entre les vignes à la femme Sorin (la Touche), terre que tient Perrot Euner et le chemin par lequel l’on va de la Haye au bourg (chemin des Masses)».



[1] Exploitation agricole dans laquelle le métayer signe un bail agricole selon lequel l’exploitant partage la récolte avec le propriétaire, ici le seigneur.

[2] Aveu : déclaration et dénombrement des biens, droits et devoirs d’un vassal à son seigneur auquel il prête foy et hommage ; minu : aveu établi lors d’une succession pour en lever les droits de rachat.

[3] Nous verrons plus loin que ce sera le cas pour Jean Symon dit Jehanneaux ; Jehanneaux/Jaheneaux étant une autre forme de Jean, tout comme Jehan, Jahen, Jehannot, Jehannin.

[4] Tel Estienne Leclert dit Haut-Peret, Jean Geffrelet dit Houssaye, ou Jean Tiephaine dit Bolatin.

[5] Un journal représente un demi hectare de terre. Une chaintre est une aire dégagée permettant d’accéder à une terre arable. Une noe est une prairie marécageuse. Le pâtis est un paturage permanent. Courtil est synonyme de jardin. Un commun est une pâture laissée par un seigneur à disposition de ses villageois.

[6] Des cartes en cours d’élaboration permettront de mieux se représenter la géographie des lieux.

 

Dans un second aveu rendu par le même en 1419 au seigneur de la Croix Merhan, apparait un premier bâtiment à la Naullière, à savoir « un herbergement[1] estant près la Villate contenant tant en maison rue issue joignant un pré de deux journaux ». Un troisième journal de terre se trouve plus au nord au Massay, et un dernier journal près les vignes du bourg.

En 1457, c’est Jehan Simon dit Jaheneaux de la Villate[2] qui confesse « estre homme estaiger[3] » du seigneur de la Croix Merhan. Il s’agit sans doute du fils du précédent, et l’on remarque l’apparition d’un surnom, emprunté au prénom de l’aieul. La description de ses terres reste toujours aussi cohérente à côté de celles de 1419 : « trois journaux de pré et labour joignant le patis de la Villate, l’orme du bourg, le chemin qui conduit du bourg à la Villate et terre a Olivier Rocaz » (la Petite Villate). En revanche, la description de l’herbergement se précise avec « une maison couverte de pierre avec ses rues issues mazières et desserves et appentis estant a la Villate ». La « maison Jehan Jehanneaux » est déjà mentionnée lors d’une collecte de l’impôt du fouage en 1455, à proximité de la Villate et de la Petite Villate.

L’environnement de la Naullière est confirmé en 1478 dans un aveu du prêtre Missire Jacques Blanchet pour des terrains qui deviendront le domaine de la Blanchardière. Ils sont situés « en la masure des masses du moulin[4] d’auprès la Touche, entre le bourg, le chemin du bourg à Cardunel (chemin des Masses), le chemin de la Touche à la Villate et la noe Jaheneaux ». Ce dernier toponyme prouve l’émergence d’un nouveau petit domaine qui se cherche un nom et dont l’élément le plus marquant dans le paysage est cette noe entre la Villate et la maison Symon.

C’est la veuve de Jean Symon, Jeanne, qui hérite de l’herbergement Jehaneaux, et que nous voyons rendre hommage aux seigneur et dame de la Croix Merhan en 1492. Les héritages déclarés sont exactement les mêmes que précédemment : « une maison couverte d’ardoise en laquelle ladite veuve est demorante et estaigère avec ses courtils, rues issues et terre labourable contenant deux journaux de terre entre la veuve d’Olivier Rocaz, le chemin qui conduit de la croix de l’orme à la Villate et la noe et commun de la Villate ». Dans un minu de la seigneurie de la Croix Merhan de 1496, c’est toujours elle, « hommesse estaigere »[5] , qui est redevable de trois sous de rente, mais elle est associée à un certain Jean Nau, « pour leurs héritages qu’ils tiennent près la noe Jehanneaux ». Etape importante que l’apparition de ce Jean Estienne dit Nau, qui nous l’avons vu, donnera son nom à la Naullière, que l’on n’appelait jusqu’à présent que l’herbergement près la noe Jehanneaux.

En 1519, extraordinaire perpétuation familiale, c’est toujours un Jehan Symon dit Jehanneaux[6] et sa femme estaigers qui sont soumis à devoir de rentes « par cause de leur herbergement qu’ils tiennent avec Jean Nau prèsla Noe Jehanneaux », entre le bourg etla Villate.



[1] L’herbergement ou plus tard hébergement représente un petit domaine avec maison ; ses dépendances sont appelées mazieres (petits murs), desserves, appentis (remises). On reconnaitra plus bas en 1457 un pays de carriers où les maisons sont couvertes d’ardoises.

[2]La Villate désigne ici la zone allant de la Touche jusqu’aux Grées comprenant la Grande et Petite Villate, l’étang de la Villate, et la Villate aux Martins. Le fait que Jean Symon soit localisé à la Villate prouve que le toponyme Naullière n’existe pas encore.

[3] vassal tenant sa terre de son seigneur. Ici le vassal est roturier c’est à dire non noble, mais cependant plus important que le simple teneur d’une censive.

[4] Une grande partie des terres au nord du bourg relevaient de Toullan. C’est près des Masses entre la Touche et la Naullière que se trouvait au début du XVe siècle la justice de la seigneurie appellée le sep ainsi que les ruines d’un premier moulin de Toullan (à la Blanchardière ?).

[5] Hommesse estaigere: vassal féminin.

[6] Notons qu’à la même époque il existe un Jean Jarry dit Jehanneaux. Est-il issu de la Noe Jehanneaux, ou est-ce un surnom tiré du prénom d’un aieul ?

 

Si Jean Symon est le fils de Jeanne veuve en 1496, les deux Jean Nau sont sans doute un même homme. Dans ce minu de la Rivière, Maistre Guy Rocaz seigneur de la Villate est déclaré tenir les héritages de la Villate et de la noe Jahenneaux. En réalité, un minu de cette petite seigneurie révèle vingt ans plus tard qu’elle ne tient des terres qu’autour de la noe Jahenneaux, laquelle est sans doute un commun de la Rivière dont une partie a été prélevée et mise en nouvelle baillée aux premiers Symon.

Enfin, le destin de ce dernier Jean Symon et de son herbergement Jehanneaux est mentionné dans un document de 1551 où il est fait mention « d’une maison située près la Naullière qui fut vendue jadis par Jehan Symon à Jacques Deluen », lequel nous allons le voir, est le fondateur du domaine de la Naullière, entre 1519 et 1532.

 

Le temps des Deluen

En effet, la première mention de la Naullière remonte au 5 février 1535, à l’occasion d’une vente de terres par la veuve Ferault à Pierre Pirault, seigneur de la Touche[1]. Ce dernier se fait alors représenter pour cette transaction par Maître Jacques Deluen seigneur de la Naullière, son procureur[2], et par ailleurs notaire en ville de Nozay depuis 1508. Il apparait dès 1504 comme voisin dudit Jean Estienne dit Nau et du seigneur de la Touche, et est l’un des héritiers (certainement le fils) de Guillaume Deluen.

Guillaume est mentionné dès 1482 dans un aveu rendu à la seigneurie de Toullan pour une maison de la rue du Fresche. Puis désigné dans les textes comme marchand demeurant en la ville de Nozay, et marié à Jamette Boheas, il prête à deux reprises en 1489 et 1490 une forte somme d’argent à Jean de Montnouel[3] seigneur de Beaujouet. La garantie de ce prêt déguisé, appelé vente à racquit et réméré, est la quantité de 13 boisseaux de seille, peut-être production des grands moulins à eau de Beaujouet. Les affaires de Guillaume Deluen ne s’arrêtent pas là. Il prend en 1490 le fermage des prés de la Vallée du bourg, puis de 1492 à 94 la ferme des prés de Cussat près Cardunel, et enfin un rolle de faux et amande( ?) en baillage à cinquante sous, le tout auprès de la seigneurie de Toullan. Il apparait donc comme un riche marchand bien intégré à l’élite nozéenne et créditeur de la noblesse. Jacques saura tirer profit de la richesse et de la position sociale de son père, aussi bien que de celle des autres Deluen nozéens, ses parents supposés.

En effet, un autre Deluen, Robert, peut-être le frère ou le cousin de Guillaume, fait aussi des affaires en cette fin XVe. Il prend en 1486, puis de 1491 à 94, « la ferme du debvoir de coustume du trespas du lundy », baillée par le seigneur de Toullan. Il s’agit de la quarte partie des rentes deues à la seigneurie de Toullan et perçues sur les marchandises passant par la ville de Nozay le lundi, jour de marché. Il est aussi propriétaire par sa femme Hylaire Pesteul d’une maison en ville rue du Fresche, selon un aveu rendu en 1485 à Toullan.

Une autre branche importante de la famille Deluen[4] fait son apparition en 1509. Jamet Deluen prend par bail le domaine de la Croix Merhan[5] auprès de Jean Spadine Le Jeune seigneur de Beauvoirs, qui le tenait du seigneur de la Croix Merhan.



[1] Il est alors secrétaire ordinaire du Roi en ses chancellerie et conseil du pays de Bretagne.

[2] Le procureur est celui qui agit pour un autre en vertu d’une procuration.

[3] Il est acompagné de Phelipes sa femme, et de ceux qui sont certainement ses métayers, à savoir Pierre Crouesaud en 1489 et Naullet Durand l’année suivante.

[4] Reste Geffroy Deluen, de filiation non déterminée, héritier en 1534 jusqu’en 1550 du jardin Rollart et de la maison Briend qui furent à Chastenaye.

[5] Il baille en échange 10 journaux de terre près la Grustière. Il faut bien distinguer ici le domaine et la juridiction, qui elle reste aux mains du seigneur de la Croix Merhan et lui assure des rentes régulières.

 

 Il le gère toujours en 1525 avec Pierre Deluen, peut-être son fils, avant que ses enfants issus de deux lits[1] le vendent à Pierre Piraud en 1535. On retrouve en 1529 la descendance de Jamet Deluen, Dom Michel Deluen prêtre[2] et la veuve d’Ollivier Deluen, propriétaires de maisons en la rue du Fresche, à côté de celle d’un certain Jacques Deluen.

La mention de ces personnages a son importance, car leur enrichissement progressif et l’accumulation de biens pris en censive qui en résulte va, par le biais d’échanges et de successions, renforcer leur implantation près du site de la Naullière, et finir par profiter à Jacques Deluen. En effet, apparaissent au début du XVIe siècle dans nos sources, des terres proches de la Touche provenant de ces diverses branches de la famille Deluen. De la femme de Robert Deluen peuvent venir les terres des héritiers Pesteul mentionnées près de la Touche en 1504, et de Robert des héritages au même endroit en 1525. Du côté de Guillaume Deluen, ce sont ses héritiers « Michel Godart et femme et autres leurs consors[3] » qui doivent des rentes sur des biens situés de l’autre côté du domaine de la Touche, vers la Haye, en la matière du Ponterel et des carrières des Perrieres Gallon. On retrouve ces tenuiers de 1509 à 1515 ; puis en 1517 et 1518 ce sont leurs héritiers, dont Jacques Deluen, qui sont détenteurs des mêmes héritages.

Jacques a le premier, nous l’avons vu, le titre de seigneur de la Naullière, en date du 5 février 1535, et est le créateur d’un domaine qu’il va chercher à étendre. Les nombreux biens dont il rend aveu, soit par le fait d’héritages soit par la prise de censives[4], vont lui être utiles dans son entreprise. Il apparait d’abord dans les aveux pour des terres aux alentours de la Touche dès 1525, malheureusement sans plus de précision, et détient aussi un jardin à Madihou et des jardins au bourg en association avec Guillaume Chenuet en 1530.  Il recoit en héritage en 1531 une maison rue du Fresche et le jardin de la Boheasière (de Guillaume et femme), plus le pré du Patis Jourdeau, les Perrieres Gallon et le Ponterel (des Godart et consors). Enfin, il apparait en 1533 comme co-tenuier du village de Gatine, et en 1534 teneur d’héritages aux Masses, entre la Touche et la Naullière. Et justement, le 2 septembre 1535[5], il cède à Pierre Piraud un journal de terre près la Touche contre un journal de terre situé aux Masses, chacun au profit de son domaine, où l’on voit la Naullière continuer à s’étendre sur les Masses. L’on assiste ici à ce mécanisme d’échange, où chacun peut se débarrasser de terrains de peu d’intérêt car isolés, contre les pièces manquantes du puzzle que peuvent être certains domaines.



[1] Jamet Deluen et Jacquette Croezaud sont parents de Michel, Jean, Olivier et Pierre (Pierre étant tuteur de Jean le Jeune fils d’Olivier) ; Jamet Deluen et Guyonne Judalet sont parents de François, Guillaume, Pierre et Pierre.

[2] Cette maison est prise en censive par Michel Deluen auprès de Marie du Fresche, dame du Merre. Il s’agit de la Croezaudière, autrefois tenue par Guillaume Deluen.

[3] La consorterie est une association de tenuiers ou teneurs d’un bien pris en censive ou en bail à ferme. Il y a souvent à l’origine un lien de famille entre consors, mais qui arrive à se perdre au fil des ans par suite de successions ou de remariages.

[4] Bien (terre, maison) alloué par le seigneur à son vassal contre une redevance annuelle à titre perpétuel appelée cens et payable en nature ou en argent. Le bien peut être repris pour défaut de rentes ou d’hommages à leur seigneur et réattribué à titre de nouvelle baillée. Rappelons en effet qu’un vassal (noble ou roturier) n’est jamais propriétaire de ses biens qui appartiennent au seigneur supérieur, mais en tant que détenteur par censive il peut les transmettre héréditairement ou les vendre. Le nouveau possesseur hérite des droits et devoirs de ces biens.

[5] C’est cette pièce d’archive, mal lue par l’abbé Bourdault, qui est à l’origine de la fausse idée que Pierre Piraud rachète la Naullière à un certain Jacques Debien, et ... l’embellit pour loger la cour de Jean de Laval !

 

 La dernière mention de Jacques vivant est du 13 juin 1536, date à laquelle il vend 13 bouexeaux de seille à Pierre Piraud[1]. Pour terminer, revenons à la mention faite en 1551 dans un aveu de la seigneurie de la Touche de « la maison située près la Naullière qui fut jadis à Jehan Symon dit Jehaneaux » (celle co-tenue en 1519 avec Jean Nau). Il y est précisé qu’elle fut vendue par ledit Symon à Jacques Deluen, qui l’abattit et transmis son emplacement à son neveu Jean Lespaigneul, seigneur de la Naullière en 1552. L’héritage de celui n’est donc pas négligeable : de nombreux biens et revenus et surtout un jeune domaine marqueur d’une position sociale élevée.

 

Les Lespaigneul

La famille Lespaigneul (issue de marchands espagnols ?) a des origines aussi lointaines que la famille Deluen, et a suivi la même ascension, pour allier ses biens à ceux des Deluen, pour le profit de la Naullière.

Dès 1478 dans un aveu à Geffroy Grimaut seigneur de Procé et Rozabonnet, apparaissent Pierre Lespaigneul et Margot Lemerciez sa femme, associés sur des biens à Clémence Deluen et Jacques Auffray son mari, tuteur de Jeanne fille de feu Jean Lemerciez. Les liens entre les deux familles sont donc anciens et se retrouveront à nouveau au milieu du XVIe siècle, n’étant en rien surprenant dans une petite communauté où les alliances entre les quelques grandes familles de Nozay ont tendance à s’entrecroiser régulièrement. Pierre parait lui aussi être un marchand nozéen, prenant en 1483 le fermage de la vente des bois du Haut Mérel auprès du seigneur de Toullan. En 1509 ses héritiers ont des terres près la Grutière, rappelant la situation de Jamet Deluen, et en 1519 tiennent la pièce de terre du bois Tenaud en consorterie.

Son fils Pierre Lespaigneul et sa femme (une soeur de Jacques Deluen), les parents de Jean, sont tenuiers des jardins de Madihou de 1512 à 1515[2]. Un autre fils probable de ce Pierre, Pierre Lespaigneul, seigneur du Vauguillaume, héritier de feu Jacques Deluen et de feu Jean Deluen, rend aveu en 1582 à Toullan pour quelques pièces de terre. Jean Deluen parait être un de ceux issus de la branche de Jamet Deluen, et appuie l’existence de liens du sang entre celle-ci et celle de Guillaume.

Certainement appuyé par son oncle, Jean Lespaigneul suit le même parallèlle que Jacques Deluen. Fils de marchand, il embrasse une carrière de notaire dès 1537 pendant au moins 10 ans, et en 1539 est lui aussi procureur de Pierre Piraud. La même année et dans une même optique, les deux voisins font échange de 2 hommées de terre près la Touche, ne laissant pas passer une occasion d’agrandir leur domaine. Celui de la Naullière est sans doute alors à son apogée et dans son état définitif. Jean Lespaigneul n’est mentionné pour la première fois seigneur de la Naullière qu’en 1557[3], mais l’est certainement déjà dès 1536. Des sources plus complètes nous montrent en ce milieu du XVIe siècle toute l’étendue de ses biens. En 1530, allié à Roland Davy il prend la ferme des jardins de Madihou à la suite de ses parents. Jusqu’en 1558, il gardera des biens dans cette partie de la ville dont une maison. Il possède aussi des rentes en nature sur la métairie de Beaujouet comme en témoigne l’acte d’achat par Pierre Piraud en 1535, et dont il jouit encore en 1538. Son oncle Jacques Deluen lui fait parvenir avant sa mort le pré du patis Jourdeau dès 1534, puis il est titulaire vers 1537 du jardin de la Bohéasière, des jardins de Madihou désormais appelés jardins de Château Gaillard, d’une gagnerie près la Touche qui fut à Rocaz, et de jardins qui furent à Guyhou.



[1] qui rachète ainsi les racquits de 1489 et 1490 dont il avait hérité lors de l’achat de la petite seigneurie de Beaujouet l’année précédente.

[2] Signalons ici la vente d’un journal et demy es masures de Madihou à Piraud en 1537 par Vincent

Lespaigneul, peut-être frère ou fils de Pierre.

[3] Il est alors curateur de son neveu Jacques Bredin, descendant de Jean Bredin, châtellain de Nozay.

 

 Apparaissent ensuite vers 1550 les Perrieres Gallon et le Ponterel, un jardin au bourg, une maison rue du Fresche et un jardin qui fut Herbert, des héritages es Masses, le tout relevant de la seigneurie de Toullan. Parallèllement, il tient à la même époque de la seigneurie de la Rivière, et toujours par le biais de son oncle, la pièce de la Mozsentière, la Brelaudaye et la Noe Rondel à la Haye, des terres près le moulin à vent de la Haye, le pré et le bois Tenaud près Cardunel, et bien sûr les biens de feu Jean Jehanneaux. Enfin, il est à remarquer que sur « trois journaux situés dans la grande pièce de la Naullière et sur les terres de défunt Jean Jehanneaux situées à la Naullière » sont levées des dîmes allouées à la chapellenie[1] St Michel fondée en 1437 par Jeanne du Moulin dame de la Croix Merhan. En faisant de Jean l’un des notables les plus influents de la paroisse de Nozay, la famille Lespaigneul finit par s’allier avec la noblesse locale en la personne d’une fille de Jean du Fresche, le puissant seigneur du Peret et de Toullan.

Jean décède vers 1582, et c’est sa veuve damoyselle Francoyse du Fresche dame de la Naulliere et tutrice des enfants Lespaigneul, qui rend aveu de ses héritages, dernière occasion de se rendre compte de la puissance de cette famille. Rien que pour la seigneurie de Toullan : cinq journaux en la pièce du patis Jourdeau, deux pièces près le Pontray et les Perrieres Gallon, les jardins du bourg avec Hervé Amyon et Julien Martin, deux jardins rue de Madihou l’un appelé le Château Gaillart, et l’autre près les fontaines de Madihou, deux maisons rue du Fresche, l’une appelée la Crouezaudière et l’autre qui fut à Dom Pierre Madre, deux jardins à la Bohéasière, une pièce à la Vallée du bourg, deux pièces aux Masses faisant à présent le tour de la grande pièce de la Naullière, les prés de Cussat près Cardunel. Puis, comme héritière de Jacques Bredin, elle est détentrice « d’une partie des terres de la métairie des Hayes lui appartenant au grand domaine de la Justice de Grand Jouan » . Enfin, elle hérite sans doute des autres biens de son mari relevants de la Rivière et Croix Merhan, comme ceux près la Haye et Cardunel.[2]

 

 

En 1612, Honorable Homme Goluin Garel et sa femme Anne Fresche sieur et dame de la Naulliere rendent aveu à Toullan pour la Vallée du bourg. La transcription de nos sources des XVIIe et XVIIIe siècles nous apprendront sans aucun doute les conditions de cette transition et le devenir de la Naullière.

 

Les bâtiments de la Naullière

Les descriptions très précises que nous avons des bâtiments de la Naullière en 1686 et 1718 permettent de faire le lien avec les constructions mentionnées depuis le XVIe siècle.

Le premier bâtiment de la Naullière édifié à priori avant 1419 et démoli par Jacques Deluen autour de 1525 est peut être celui dont le document de 1686 présente comme les mazières d’un logis ruiné avec les restes d’une cheminée donnant sur un four à pain extérieur. Il se trouvait dans la cour au derrière, vers le sud. On n’en trouve plus trace en 1718. Cependant, le four à pain apparaissant au cadastre napoléonien pourrait être un reliquat de ce logis ruiné ; du moins la position au bout de la cour de derrière correspond.



[1] Bénéfice attaché à une chapelle pour l’entretien d’un culte en souvenir du légataire du bénéfice.

[2] Tous les biens mentionnés ici ne sont certainement qu’une partie des possessions des familles Deluen et Lespaigneul ; nos sources étant incomplètes sur certaines années, et surtout ne représentant pas la seigneurie dite de Villocher, de qui relevait peut-être un cinquième de la paroisse.

 

Ces matériaux ont pu servir à édifier le manoir porche et sa tourelle ; construction qui aurait pu être achevée avant 1532[1], première mention du titre de seigneur de la Naullière, titre qui valait bien un bâtiment ayant quelque majesté. La description de 1686 présente un corps de logis exposé au nord et divisé en quatre parties : de l’est à l’ouest une étable, le porche, une chambre basse sans cheminée, une autre chambre basse à usage de cellier. Au dessus et selon la même orientation, deux petits cabinets au dessus de l’étable, une grande chambre avec cheminée et latrines au dessus du porche et de la chambre basse, et une autre chambre avec cheminée au dessus du cellier. Un grenier recouvre toute la longueur de ce bâtiment. Une tourelle avec un degré à vis en schiste à l’arrière du manoir permet de monter à l’étage et au grenier. Un élément d’architecture extérieur cité comme une terrasse reliant les deux chambres hautes, semble être une coursive. Ce grand logis est en bien plus mauvais état que la longère se prolongeant vers l’ouest, et doit logiquement être plus ancien.

Cette longère qui sert en 1686 de logement au fermier avec deux étables au côté n’est couverte que d’un petit grenier à foin desservi par un petit escalier de schiste à vis. Elle ne date peut être que de la fin du XVIe siècle, apport des Lespaigneul et femme, ou plutôt des Garel au XVIIe siècle à des fins de métayage. Ce bâtiment agricole devait fonctionner avec la grande grange placée à l’équerre du bout oriental du grand logis et formant cour par le devant. Le plus étonnant est qu’elle vient placer l’un de ses pignons devant l’une des ouvertures du porche, ou du moins juste à côté, et selon un équerrage étrange.

En 1718, le fermier a trouvé refuge dans la meilleure partie du grand logis et réutilisé la partie insalubre vers l’est comme étable à brebis. Le cadastre nozéen de 1811 présente un plan conforme à ces descriptions avec la moitié du grand logis mentionné en ruine. Une vaste restauration menée au XIXe siècle a pu sauver la tourelle et la partie occidentale du grand logis, après de lourds travaux pour cette dernière, comme la reconstruction d’un grand pignon avec cheminée, le changement des planchers (entraits compris) et la redistribution des pièces comme l’indique une porte du haut de la tourelle ne débouchant sur rien de nos jours. Les pierres ont pu servir à la construction des écuries en 1892.

 

Yohann Gourdon, décembre 2012

Source : Archives Départementales 44, série 1E seigneurie de la Touche en Nozay



[1] Cette date semble correspondre avec l’architecture que nous pouvons observer de nos jours.