Histoire de Bohallard Yohann Gourdon Historien

Notes sur l'histoire de Bohallard (Bohallart), d'après une recherche de Yohann Gourdon, historien

Bohallart

 

 

La première mention de Bohallart se rencontre dans un vieil inventaire du XVIe s. des archives des seigneurs de Châteaubriant, mention confirmée par une autre source de même type1. Un dénommé Pierre de Laval, certainement noble, rend aveu le 4 mai 1411 à Jean II de Rieux maréchal de France et seigneur de Nozay, pour son hébergement2 de Bohallart et autres revenus en la châtellenie de Nozay. Si à cette date la majeure partie de la paroisse de Puceul dépend de la seigneurie de Saffré, quelques terres relèvent d’autres seigneuries, comme Bohallart et la Couesnetière, dépendantes de celle de Nozay. On peut donc pour l’instant simplement dater l’origine de Bohallart à la fin du XIVe s.

 

Les enquêtes menées par l’administration ducale en 1424 et 1444 à Puceul, dites de réformation de la noblesse, destinées à dénombrer les sujets exempts d’impôt et à réajuster la taxation de chaque paroisse, mentionnent à ces dates les lieux nobles de Puceul et leurs propriétaires. Tous ces propriétaires ne sont pas forcément nobles, mais peuvent exercer des charges qui leur confèrent des privilèges, comme c’est le cas pour Pierre de Monnoel, procureur de Saffré. Celui-ci ne possède sur Puceul en 1424 que l’hébergement appelé le Herbert. Les noms de Monnouel et Herbert n’apparaissent plus dans l’enquête de 1444. L’information tirée du Nobiliaire de Potier de Courcy, selon laquelle Pierre de Monnouel serait seigneur de Bohallart et de Beaujouet vers 1427 est à prendre avec précaution3. Il est douteux, au vu de ce qui suit, et sans preuve formelle, que Bohallart ait été aux mains des Monnouel4. Il faut aussi rejeter, sans plus de preuves, le lien entre la famille de Monnouel et la seigneurie de Monnoel en Conquereuil.

On trouve dans ces enquêtes de la noblesse la deuxième mention de Bohallart, en 1444 : « l’hostel et domaine de Bohelair noble », occupé à cette date par un métayer qui y est exempt d’impôt. Il n’est indiqué ni le nom de ce métayer, ni celui du propriétaire du domaine. Peut être est-ce toujours la famille de Laval, mais le doute ne peut être levé, Bohallart n’apparaissant pas dans l’enquête de 1424. Bohallart pourrait donc être à l’origine la propriété d’une famille noble qui y aurait construit un petit manoir, soit pour y résider dans un premier temps avant de l’abandonner, soit plus sûrement pour en faire directement une métairie5 noble, pratique courante aux XV-XVIe.

 

En 1456, le seigneur de Nozay reçoit l’aveu de Jamet Thomas6, bourgeois de Nantes, et Anne (Le) Ferron sa femme pour le lieu et domaine de Bohallart. Leur fils Gilles7 (parrain8 en 1499) est trésorier général de Bretagne et seigneur de Gorges (44). Marié avec Jeanne du Cellier (marraine en 1483), ils ont une fille nommée Jeanne. Anne Le Ferron était d’ascendance noble, fille de Geffroy Le Ferron, seigneur de Souché9 (St Aignan de Gd Lieu), trésorier général de Bretagne de 1439 à 144110.

 

Le 4 mars 1541, « Jean de Peillac, seigneur de Bohalar », apparait dans un acte nantais11. Il y est dit co-acquéreur de certains héritages dépendants de la seigneurie de la Guilbaudière (sans doute en St Julien-de-Concelles), ayant appartenu à Anne Blanchet, héritière de Jean Blanchet, sénéchal de Nantes, d’origine nozéenne12. Selon certains sites de généalogie, Jean de Peillac aurait été marié avec Jeanne Blanchet, nièce de Jean Blanchet, et tante de Anne B. Quel que soit le mode de passage (vente ou succession) entre ces familles, le domaine aura été laissé dans un statut de métairie (dans la noblesse et la bourgeoisie des XV-XVIe, on préfère habiter en ville, lieu plus propice à la gestion des affaires).

En 1540, Jean de Laval, seigneur de Nozay, avait reçu l’aveu de Jean de Peillac pour Bohallart. En 1545, le même Jean de Peillac rend aveu au seigneur de Saffré, sans doute pour des biens différents que ceux qu’il tient du seigneur de Nozay. Le 23 juin 1555, le seigneur de Saffré reçoit un nouvel aveu de Jean de Peillac. Il peut s’agir soit de nouveaux biens qu’il tient de son seigneur, soit d’un nouveau Jean de Peillac fils et héritier du précédent Jean, et qui dès lors doit rendre son aveu au seigneur de Saffré.

 

Le 12 février 1581, Margueritte de Peillac rend aveu au seigneur de Saffré pour Bohallart. En 1583, dans un minu présenté par Charles d’Avaugour, seigneur de Saffré, aux représentants du Roi, le fief de Bohelart est possédé par damoyselle Margueritte de Peillac dame dudict lieu (de Peillac, paroisse de Guer) et de Bohelart.

Par un mystère qu’il reste à éclaircir, le seigneur de Bohalart en 1570 est Vallentin Collobel. Celui-ci, qui est dit demeurer à Bohallart, prend à ferme la châtellenie de Saffré. A la date de 1583, il est mentionné seigneur de la Grustière en Nozay, et prend à ferme la châtellenie de Nozay. Est-il lié aux de Peillac en 1570, ou n’est-il que simple locataire par bail du manoir de Bohallart, pour des questions pratiques et géographiques, afin d’administrer au mieux la châtellenie de Saffré ?

 

En avril 1606, on retrouve Bohallart aux mains de Pierre Du Guet (ou Dugué), écuyer, décédé en avril 1632 à Puceul. C’est sa fille ainée Louise et son mari, (et non la cadette Jeanne), qui héritent du domaine. Elle devient dame de Bohallart après le décès de son mari Olivier de La Rue, seigneur de Bohallart, inhumé le 11 février 1636 à Puceul13. Pour preuve, Marguerite de Rohan dame de Blain rend aveu au roi en juin 1638 pour ses terres et les terres de ses vassaux. On trouve parmi elles la terre et appartenances de « Bohallart, fief et moullin en despandans appartenans a damoyselle Louise Dugue et consors »14. On retrouve Louise Dugué dans les registres paroissiaux au mois de septembre de la même année comme marraine à Héric15, et plus tard comme marraine de Louise Hubert, sa petite-nièce, baptisée à Puceul le 7 septembre 1647, fille de Guyonne16 Géraud, elle-même fille de Jean Géraud et Jeanne Dugué, et soeur de Jacques. On peut déduire de la suite que Louise décède sans descendance, après sa soeur et son mari Jean Géraud. C’est donc le fils de ces derniers, Jacques, qui hérite de Bohallart.

 

Jacques Géraud, sieur du Houssay (en Saffré) et du Bohallart (en Puceul), est présentateur d'une chapellenie (chapellenie de la Racoudelais en Saint-Julien-de-Vouvantes) en 166217, suite à la sépulture d'Anne Morel sa femme, survenue le 9 août 1662. Jacques décède le 3 février 1674 à Puceul. Il avait eu de sa femme plusieurs enfants, dont Marie, née en 1652, qui reçoit Bohallart (les seigneuries plus importantes revenant à ses ainés). Elle est mariée avec Jean Pigeaud sieur de la Belliere. Le 26 septembre 1680, Henri de Bourbon Condé, seigneur de Nozay, déclare au roi Louis XIV dans son aveu que relèvent de sa chatellenie de Nozay et lui doivent hommage « escuyer Jean Pigeault sieur de la Belliere a cause de Marie Gerault sa femme pour la maison et fief du Bois Allard18 ».

 

Généalogie des seigneurs de Bohallart

1411 Pierre de Laval

1424-44 ?

1456 Jamet Thomas et Anne Le Ferron

1540-1555 Jean de Peillac (et Jeanne Blanchet ?)

1570 Vallentin Collobel ?

1581 (à 1606) Margueritte de Peillac

1606 à 1632 Pierre Dugué, père de Louise et Jeanne

1632 à 1636 Olivier de la Rue, par sa femme Louise Dugué

1636 à (1647-1662) Louise Dugué veuve

(1647-1662) à 1674 Jacques Géraud neveu de Louise Dugué, fils de Jeanne, et frère de Guyonne

1674 à vers 1713 Marie Géraud, fille de Jacques, et Jean Pigeaud ont un fils :

Vers 1713 à avant 1735 François PIGEAUD de LA BELLIÈRE a pour héritier :

(Né le 5 /12/1689 (Puceul) Décédé avant 1735 Seigneur de la Bellière)

avant 1735 à 17 ?? son épouse ?

17 ?? à 1755 Jean-Baptiste PIGEAUD sieur de la BELLIERE a pour héritier :

Né 25/02/1720(Puceul)(Château de Bohalard)DCD22/02/1755(Puceul)(Château de Bohalard)

1755 à 17 ?? son épouse ? A pour héritier :

17 ?? à 17 ?? Louis François PIGEAUD sieur de la BELLIERE a 7 enfants dont * héritière

Né 6 06 1752 (Puceul) (Château de Bohalard) DCD le 24 10 1807 (Puceul) (La Bellière)

Cession de Bohallard

1782 Landais ? Père de Landais Michel né en 1782 au Château de Boisallard en Puceul , il deviendra grenadier de l'ex garde impériale

Bohallard ira ensuite entre les mains d'un notaire puis de nouveau aux descendants de :

après 1807 à 18 ?? * Pigeaud Agathe Aimée Né 08 07 1791 DCD 16 03 1873 Château de la Bellière Mariée avec Bertrand Jacques Né 08 09 1774 DCD 08 11 1863 , ont 1 fille :

après 1852 à 1854 Bertrand Séraphie Marie Aimée (fille de Pigeaud Agathe et Bertrand Jacques) Née 20 12 1831 DCD 25 04 1854 Mariée avec Poulain Alcide Fernand Hyacinthe et réunit ainsi les deux Bohallard (neuf et ancien)

1854 à 1881 Poulain Alcide Fernand Hyacinthe (fils de Poullain Amaury DCD le 01 08 1867 à Bohallard et Charrier Louise DCD en 1851 qui possédait en son nom le vieux Bohallard de ses parents Louis Mathurin Charrier et Louise Agathe Moreau)

Né 11 09 1830 à Bohallard DCD 19 05 1883 à Puceul

1881-1893 Poullain Alcide vend Bohallard (neuf et vieux) les 6-7 01 1881 à M Marraud des Grottes Pierre Joseph Aristide demeurant à Nantes

Le vieux et le neuf Bohallard sont rachetés par Mme Carouge en 1893 qui se marie avec M St Girons. Hubert ST Girons le petit fils meurt à Bohallard le neuf en 2000

Transmission de Bohallard aux deux enfants Anne (l'ancien) et Renaud (le neuf)

Anne vendra Bohallard l'ancien à Cécile et Thierry Patouillère en 2004

1Sources : Archives en ligne Gallica, et AD44.

2«Hébergement : exploitation rurale de petite dimension sur laquelle se trouve une ferme isolée, qui est, en même temps, une maison d'habitation, et qui sert parfois de résidence à une famille noble », H. Sée, Etude sur les classes rurales en Bretagne au MA, Annales de Bretagne, t.XI et XII, Paris-Rennes, 1896, p. 30.

3Cet ouvrage étant surtout un armorial, il ne prend en compte que les noms de famille, sans distinction des branches distinctes, frères ou cousins. En outre, ses infos sont invérifiables, et vu le caractère encyclopédique de l’oeuvre, les erreurs, confusions et errreurs de lecture doivent y être nombreuses.

4Il existe plusieurs aveux des Monnoel seigneurs de Beaujouet (pour moitié seulement) rendus aux seigneurs de Nozay aux XV-XVIe s., et aucun ne les signale aussi seigneurs de Bohallart.

5Exploitation de bonne taille louée non pas pour une somme d’argent, mais pour la moitié de la récolte et du croît du troupeau.C’est la qualité et la taille des terres de ce domaine, allant de paire avec celles de l’habitation (c.a.d. le manoir, aussi appelé hostel ou hebergement), qui vont susciter l’intérêt d’un riche roturier ou bourgeois à prendre ce bien en métayage. Contre un loyer d’importance, il peut espérer en tirer des revenus tout aussi conséquents.

6Fils de Jean Thomas, et petit-fils de Georges Thomas et Philippée de Monceaux (JP Leguay, Vivre dans les villes bretonnes au MA, 2009).

7Au côté de Gilles Spadine et de la veuve de Jean Grimaut dame de Procé, deux familles nozéennes. (AM de Nantes, paroisse Ste Croix).

8Il est aussi parrain en 1495 au côté de Pierre de Vay seigneur de la Fleuriais. (AD44 Fonds Freslon).

9La branche des Ferron se poursuit au moins jusqu’en 1542, avec Pierre sr de Souché (cf Dufournaud).

10Fils de Guillaume Le Ferron et Guillemette Drouet, laquelle acquiert de Gilles de Rais en 1435 les seigneuries des Jammonières et Souché. (A. Bourdeaut, Chantocé et Gilles de Ray, Société des Historiens du Pays de Retz).

11Nicole Dufournaud, Rôles et pouvoirs des femmes au XVIe siècle dans la France de l'Ouest, thèse dirigée par André Burguière, EHESS, France, septembre 2007, 2 volumes, 1 CD rom.

12Une autre piste à creuser dans la passation entre les familles Thomas et de Peillac, est la succession des époux Jeanne Thomas (descendante de Jamet Thomas ?, décédée en 1503) et Jean Blanchet, sieur de la Guilbaudière et sénéchal de Nantes (décédée en 1496). Dans l’acte de partage de leurs biens en 1505 apparait le nom de Gilles de Peillac. (cf Dufournaud).

13Le 18 septembre 1636, "baptême d'Edouard, fils de Jean Bureau, sieur de la Barre, et de G. Jourdanoit; parrain: Edouard Busson, maître de la verrerie de Héric; marraine: Louise de Bohalard, veuve d'Olivier de la Rue, écuyer, sieur de la Pommeraie." (AD44 BMS paroisse Saint-Nicolas de Héric)

14On peut trouver bizarre que ce ne soient plus les seigneurs de Nozay mais les seigneurs de Blain qui recoivent l’aveu des seigneurs de Bohallart. C’est un mystère que les juristes de la Révolution qui se sont penchés dessus ne peuvent expliquer : échange ou plutôt usurpation de la part des Rohan ?

15Le 18 septembre 1636, "baptême d'Edouard, fils de Jean Bureau, sieur de la Barre, et de G. Jourdanoit; parrain: Edouard Busson, maître de la verrerie de Héric; marraine: Louise de Bohalard, veuve d'Olivier de la Rue, écuyer, sieur de la Pommeraie." (AD44 BMS paroisse Saint-Nicolas de Héric)

16Guyonne est décédée le 5 avril 1687 à Puceul.

17Archives de Loire-Inférieure, B1007; G153, 579 ; H301.

18Il ne s’agit là que d’une erreur de graphie, confusion avec le Bois Allart en Saffré, à un siècle où le développement de l’administration et de la multiplication des copies des documents les plus importants engendre beaucoup d’erreurs de ce type.