Puceul : Seigneuries et Lieux nobles. Yohann Gourdon

Puceul : Seigneuries et Lieux nobles.

Par Yohann Gourdon (Historien spécialiste de la région de Nozay) 

 

Le territoire de Puceul est organisé en paroisse depuis au moins 1283, date de la première mention de Puceul, trouvée dans les anciens Pouillés de Bretagne1. Le bénéfice de la cure de Puceul, présentée par l’évêque de Nantes, représente alors une valeur de cent sous de rente, ce qui est l’un des plus petits bénéfices du nord de l’actuel département, témoignant d’une population puceuloise sans doute modeste2. La première mention de l’église paroissiale de Puceul date de 1523.

 

Les seigneurs supérieurs de Puceul

Une date est capitale dans l’histoire de Puceul : 1493. Jusqu’à cette date, la grande majorité des habitants (nobles et roturiers) de la paroisse de Puceul est vassale du seigneur de Saffré, lui même vassal du seigneur de Fresnay. La châtellenie bannerette de Fresnay, basée sur la paroisse de Plessé, s’étendait aussi aux paroisses d’Avessac, St Gildas des Bois, Guenrouet, Puceul et Saffré. Le premier seigneur connu de la châtellenie de Fresnay est Guillaume de Blain dit de Fresnay, en 1236. Il est le fils de Hervé, seigneur de Blain et vicomte de Donges, et de Constance de Pontchâteau, et a pour frères Hervé II de Blain3 et Eudon du Pont. La châtellenie de Fresnay pourrait donc avoir été un démembrement de ces grandes seigneuries de Pontchâteau ou Blain, en vue de possessionner un cadet. Par extension, le territoire de Puceul aurait pû se trouver avant le XIIe siècle dans la mouvance de la vicomté de Donges, ou dans celle de la baronnie de Pontchâteau.

Vers 1250, l’héritière de Guillaume dit de Fresnay, Anastasie de Blain dite de Pontchâteau, épouse Hervé de Volvire, et porte dans cette famille de Volvire la châtellenie de Fresnay, avec ses territoires de Saffré et Puceul, et ce, jusqu’à cette date de 1493. Nous connaissons certains des seigneurs de Fresnay par leurs aveux rendus au Duc de Bretagne, ou par les aveux reçus de leurs vassaux : Maurice de Volvire en 1406, Nicolas de Volvire en 1428, Jean de Volvire en 1429, Joachim de Volvire en 1442, Jean de Volvire en 1455, Marguerite de Belleville en 1460 (peut-être fille ou petite-fille de Jean), Jean de Volvire en 1475 (fils de Marguerite).

En 1493, François Tournemine, seigneur de la châtellenie bannerette de Saffré (ne s’étendant qu’en Saffré), vassal de Jean de Volvire, profite du fait de sa grande richesse et du fait que la lignée des Volvire est en train de s’éteindre (reprise par les Rohan), pour racheter une partie de la châtellenie de Fresnay : celle qui s’étend en Saffré et Puceul. Cette châtellenie de Fresnay étant supérieure de la châtellenie de Saffré, il rachète aussi par là même la châtellenie de Saffré ne s’étendant qu’en Saffré. François Tournemine devient donc seigneur suzerain de toute l’étendue de sa châtellenie de Saffré (qu’elle se trouve en Saffré, ou en Puceul), et ne doit donc plus rendre hommage à personne d’autre qu’au Duc de Bretagne, situation bien plus confortable et moins embarrassante pour des seigneurs de l’envergure des Tournemine. Ainsi, à la veille de la Révolution, le couple Cottin-O’Riordan, seigneurs de Saffré, est propriétaire d’une châtellenie bannerette nommée Fresnay, s’étendant en Saffré et Puceul, et d’une autre châtellenie bannerette nommée Saffré, ne s’étendant qu’en Saffré.

Si jusqu’à la Révolution Française la plus grande partie de la paroisse de Puceul relevait de la châtellenie de Fresnay, certains fiefs relevaient d’autres seigneurs, comme ceux de Nozay et Blain. Du fait de ces suzerainetés, toutes les mesures de grain se font aux mesures de Fresnay, de Blain ou de Nozay. D’ailleurs, lors de l’enquête de réformation de la noblesse de 1444, on trouve parmi les exempts de taxes à Puceul, un sergent de Nozay, un de Blain, un de Fresnay, tous chargés de collecter auprès des paroissiens les rentes en deniers ou en nature pour leurs seigneurs respectifs. Enfin, des teneurs de petits fiefs ou de petits héritages relèvent des seigneuries de Toullan, Perret et Procé en Nozay.

. Les Puceulois, qu’ils soient roturiers ayant une terre en tenue ou en fermage, ou bien qu’ils soient nobles et propriétaires de leur terre (ou pas), sont donc tous vassaux de ces différentes seigneuries.

 

 

Les lieux nobles ou privilégiés

Les enquêtes menées par l’administration ducale en 1424 et 1444 à Puceul, dites de réformation de la noblesse, destinées à dénombrer les sujets exempts d’impôt et à réajuster la taxation de chaque paroisse, mentionnent les lieux nobles de Puceul et leurs propriétaires. Certains n’apparaissent à cette occasion qu’une seule fois dans les textes, et sont difficiles à identifier pour l’instant. C’est le cas en 1424 de l’hôtel et métairie appartenant à Lespinet de Nantes4, ou un hôtel nommé le Herbert appartenant à Pierre de Monnoel. D’autres sont identifiables avec un indice de fiabilité plus important, comme en 1444 l’hôtel de Tresselais (la Treuxelaye vers 1700) où vivent trois frères et leur mère ; et comme les deux hôtels appartenants à Guillaume Orieult au village de Nissac (aujourd’hui Bissac) et au village de la Bodiniere (la Bourdinière). D’autres enfin existent toujours sous la même forme, tel l’hôtel du Pas-Robert, en 1424, propriété de Jean Blanchet, châtellain de Nozay, ou l’hôtel et domaine du Bohelair en 1444. Tous ces propriétaires ne sont pas forcément nobles, mais peuvent exercer des charges qui leur confèrent des privilèges, comme Pierre de Monnoel, procureur de Saffré. D’autres comme Guillaume Orieult ou Jean Caillaud, se voient accorder en 1444 une franchise de taxe pour leur hôtel en récompense d’une vie de service auprès de l’administration ducale. Sur Puceul, seuls les manoirs du Pas-Robert et le Herbert sont nobles, avec d’anciens propriétaires issus de vieille noblesse.

Parmi les fiefs rencontrés dans les anciens aveux, certains sont aujourd’hui situés à la Chevallerais, commune démembrée de l’ancien territoire de Puceul en 1949. Ce sont Bissac, le Pas-Robert, la Tressalais, le Domaine. Le Herbert, non identifié précisément, en faisait peut-être aussi partie. Un autre cas est aussi intéressant : en 1397, les seigneurs de Nozay recoivent l’aveu de Guillaume Levoyer (ou Levaer), seigneur de Bocahen en Puceul. C’est l’unique mention de ce seigneur. On peut penser qu’il s’agit de Boucahan, aujourd’hui en Blain, à 3km du bourg de la Chevallerais.

 

1 Cartulaire de Redon.

2 La forme de l’ancienne paroisse, formée des territoires de Puceul et la Chevallerais, va aussi dans ce sens. Cette forme allongée sur un axe nord-sud, écrasée entre les paroisses de Saffré et Vay-La Grigonnais, pourrait être preuve d’un territoire longtemps délaissé et sans doute formé tardivement sur des landes défrichées appartenant à l’origine aux territoires de Saffré ou Nozay.

3 La châtellenie de Fresnay, à la mort de Hervé II de Blain, vers 1244, passe à ses enfants du mariage d’avec Olive Chabot. Ces enfants sont : Eon du Pont de Fresnay, Marquise de Fresnay, Eustachie de Pontchateau (aussi nommée Anthaise de Blain) dame de Rocheservière par la famille Chabot.

4 Ces documents sont des (mauvaises) copies du XVIIe siècle, avec des noms propres souvent transformés. Si on y ajoute les variations et transformations au fil des siècles, on pourrait rapprocher Lespinet du village de Laspé, rencontré au début du XVIIIe siècle.