Foires et Marchés à Nozay Bretagne Y. Gourdon

Foires et marchés à Nozay, en Bretagne, au Moyen-Age, par Yohann Gourdon

Article de Yohann Gourdon, Historien, spécialiste de la région de Nozay.

 

Foires et marchés à Nozay au Moyen-Age

 

En Bretagne au Moyen-Age, les localités se divisent en deux catégories : les bourgs et les villes. Posséder ce statut de ville est un véritable privilège, accordé par le Duc de Bretagne à de rares localités : dans le secteur, seuls Châteaubriant, Blain, Fougeray, Bain et ... Nozay le possédent, toutes les autres n’ayant droit qu’au nom de bourg. Nozay l’a mérité tout d’abord grâce à sa position géographique, placée notamment sur l’axe Nantes-Rennes, où ses auberges et son aumônerie accueillent les voyageurs de toutes conditions. Elle le doit aussi à sa population, l’une des plus nombreuses au nord du Nantais, autant qu’à la richesse de ses productions, agricoles (grains) mais également artisanales (textiles et peaux), le tout développé grâce à l’expertise économique et au poids politique de la puissante maison de Rieux, seigneurs de Nozay.

Le statut de ville permet de bénéficier de droits exceptionnels, dont sur le plan économique celui de tenir foire et marché hebdomadaire. Le marché de Nozay se tenant chaque lundi sous la cohue (la forme bretonne du mot français halle) est attesté depuis le début du XVe siècle dans les archives anciennes1. Sa longévité est impressionnante, car s’il existe probablement depuis au moins le XIIIe s.2, il est confirmé jusqu’en 1840, ce qui représente plus de 3000 marchés du lundi ! En 1718, dans la subdélégation de Derval n’existent toujours que trois marchés : Nozay (le lundi), Fougeray et Bain3.

Ce droit de marché s’accompagne selon les aveux nozéens du XVIe siècle d’un droit de coutume, trépas, prévôté, billette et branchère. La coutume est en ancien droit breton une taxe levée par le seigneur sur le transport des marchandises, alors que le trépas rajoute une notion de péage. Ce péage est annoncé par des branchères, poteaux portant une pancarte où sont rappelés le droit coutumier et les tarifs en usage. Une fois le droit de coutume payé et le péage franchi, le marchand reçoit une billette : une lettre de sauf-conduit valable sur l’étendue de la châtellenie. Quiconque « trépasse » hors de ce péage encoure une peine d’amende prononcée par le prévôt. Sa charge de prévôté l’autorise à rendre justice sur les marchés et les axes de circulation des marchandises de sa juridiction, qui s’étend jusqu’aux paroisses d’Abbaretz, Puceul, Treffieux et d’y percevoir taxes et amendes. Le péage de Nozay, aussi nommé barrière de Nozay, se trouve au carrefour des rues du château, Saint Jean et du Fresche, à un endroit bien lisible sur le cadastre napoléonien, là où une maison empiète sur la voie pour en réduire la largeur de passage (cf plan 1).

Le marché de Nozay est installé au Moyen-age en plein coeur de la ville, rue du château, tout autour du bâtiment de l’auditoire de justice. On peut comprendre la nécessité d’un tribunal dans ce contexte marchand où l’importance des sommes et des biens en circulation devait occasionner de nombreux actes d’escroqueries, vols et conflits, sans parler des resquilles au trépas. Voici d’ailleurs une anecdote révélatrice : « Pour pouvoir faire des achats considérables sans être inquiétés, des marchands, fonctionnaires ou particuliers, se servaient à l’occasion du nom du roi et de l’autorité royale et prétendaient agir pour le compte du gouvernement. En 1765 notamment, les bourgeois de Nozay accusèrent le sieur du Fortin, capitaine de vaisseau, fermier général du prieuré de Marsac, et ses associés, d’avoir fait de gros achats en se servant du nom du roi. 4 » C’est pourquoi l’auditoire de justice est surmonté à l’étage d’une prison et au-dessus de greniers permettant de garder les denrées en sûreté. Une tour surplombe le tout, accueillant l’horloge, autre équipement ne se trouvant que dans les villes du Moyen-Age.

 

 

Plan 1 : L’auditoire, les halles et la barrière (voir en bas de page)

 

Ce bâtiment de l’auditoire de 15 mètres par 11m est borné à l’ouest par le marché aux porcs et à l’est par la grande halle aux marchandises, vaste toit reposant sur 20 poteaux et s’appuyant sur le mur de la tour. Cette grande halle est rejointe au-dessus de la rue du Château par la petite halle, qui elle porte sur 16 poteaux. Le Blayer nous apprend ce qui se vend habituellement en 1843 sous ces 2 halles : « les gens de la campagne dans un rayon qui s’étend jusqu’à 4 lieues apportent du beurre, des œufs, des volailles ou gibier, de la filasse, du fil, de la toile, des étoffes de laine, des porcs de quelques mois, des grains... ». Un autre témoin rajoute que « le marché qui se tient le lundi à Nozay est l’un des plus considérables du département pour la vente des grains » 5. Nul doute que cet état au XIXe s. est très représentatif de ce qui se pratiquait dès le Moyen-Age.

En effet, hormis la preuve écrite d’une communauté de bourgeois dès 1332, on rencontre dans les aveux nozéens (pour ne prendre que ceux du XVe s.) des membres de ces principales castes de marchands : les tanneurs-taillandiers Jean Davy et Pierre Pirault, les maréchaux Pierre Bouschier et Perrin Rouxel, le fournier Jean Bizeul, sans compter « tous les bouchers et vendants chair par le menu et détail en la ville de Nozay, qui doivent vingt cinq sols monnoye de rente ». De fait, on trouve dans les anciennes transactions tout le florilège des monnaies qui circulent alors au marché de Nozay : angelots, écus au soleil, pistoles (écu espagnol), ducats, florins (monnaies italiennes), liars, karoli, douzains, treizains... C’est aussi pourquoi l’on a trace dès 1429 d’un office monétaire en pleine ville, tenu par les familles Blanchet puis Bredin, porteurs du titre de changeur, synonyme de banquier, et chargés de faire le change entre toutes ces devises.

En plus du droit de marché, le duc de Bretagne avait concédé des droits de foire. Si les aveux féodaux ne nous assurent que du droit accordé au seigneur de Nozay chaque 20 juillet pour la foire de la Sainte Marguerite (d’Antioche) sur la paroisse d’Abbaretz au lieu-dit la Grange, on peut raisonnablement penser qu’il y en avait trois de plus sur la paroisse de Nozay. En effet, en 1718, sur la subdélégation de Derval se tenaient 15 foires6, dont 3 à Nozay, 3 à Derval et celle d’Abbaretz7. De plus, si l’on tient compte d’une mention dès 1270 de la tenue « des foires de Derval », on peut penser que celles de Nozay sont tout aussi anciennes. La confrontation de plusieurs informations nous permet d’en apprendre un peu plus sur ces dernières. Un document de 1840 précise qu’« il y a des foires le lundi après les Rameaux, en septembre, et en novembre » 8 et un autre de 1853 le fait un peu plus encore : « Foires de Nozay : lundi d’après le dimanche des Rameaux, le mardi après le 8 septembre, le 25 novembre9». Sur le calendrier, la foire des Rameaux correspond au lundi avant Pâques, le mardi après le 8 septembre est la foire de la fête de Notre Dame de l’Angevine (c.à.d. la foire de Beaulieu), et celle du 25 novembre est la foire de la Sainte Catherine. S’il n’existe aucune mention de ces 3 foires avant le XIXe s., l’origine médiévale des foires des Rameaux-Pâques et de l’Angevine peut être étayée par le fait que dès les premiers aveux du XIVe s. les paiements de redevances seigneuriales se font aux termes de l’Angevine, Pâques, et Noël. Concrètement, à une époque où l’argent était destiné à circuler et non pas à être thésaurisé, l’on faisait coïncider les dates auxquelles les marchands et paysans nozéens bénéficiaient de rentrées d’argent, grâce aux ventes de leurs produits sur les foires, avec les échéances de paiement des redevances seigneuriales. Si l’on ignore à quand remontent ces 3 foires, à quel emplacement d’origine, et à quel moment se sont arrêtées celles de Beaulieu et des Rameaux, la dernière foire nozéenne, celle de la Sainte Catherine, s’est éteinte dans les années 1990.

 

 

Yohann Gourdon, Décembre 2017

1 Fonds des Archives antérieures à la Révolution. Archives Départementales de Loire-Atlantique.

2 Ainsi, les premières mentions de foires à Derval remontent au XIIe s.

3 AD35, C1570. Etat des foires non franches qui se tiennent dans la subdélégation de Derval. Mars 1718.

4 Travaux juridiques et économiques de l’université de Rennes, T1, fasc2, 1907.

5 G. Touchard-Lafosse. La Loire historique, pittoresque et biographique. T4. Nantes. 1840.

6 Les autres sont : 3 à Derval, 3 à Fougeray, 2 à Conquereuil, 2 à Joué, , 1 à Pierric.

7 AD35, C1570. Etat des foires non franches qui se tiennent dans la subdélégation de Derval. Mars 1718.

8 Cf note 3.

9 Almanach impérial des Deux-Sèvres. Niort. 1853.

Auditoire, Halles et la Barrière