Mégalithes Pays de Redon Cyrille Chaigneau 2007

Des Mégalithes et des Hommes aujourd’hui en Pays de Redon

Des Mégalithes et des Hommes                                                                          aujourd’hui en Pays de Redon

Décembre 2007 Cyrille Chaigneau       Notes et extraits (Généralités)

Le Pays de Redon : l’autre pays des Mégalithes

Des sites encore peu reconnus

Un mégalithisme du Pays de Redon caractérisé par la modestie qui oblige à sortir des sentiers battus.

Ce livre n’est pas un inventaire descriptif. Il n’est pas une tentative de vulgarisation du fait mégalithique. Il explore les relations des hommes du Pays de Redon avec ces pierres d’un autre âge.

Néolithi...quoi?

Un âge de la Pierre nouvelle très proche de nous. C’est à cette époque que la plupart de nos modes de vie prennent racine. Il nous reste à décoloniser notre regard sur la Préhistoire. Cette transformation progressive des sociétés vers une sédentarisation des populations avec ses difficultés inattendues. Ce lent mouvement de transformation du Proche-Orient vers l’Ouest pour s’imposer en Europe Occidentale à partir du 5e millénaire avant notre ère.

Dans les villages se développe des types d’artisanat : Vannerie, tissage, poterie… Après quelques années, la communauté est obligée de se déplacer quand les culture ont épuisé les sols. Si les hommes sont bien sédentaires c’est le village qui se déplace. Seul le fait mégalithique témoigne encore de cette époque. Mais c’est une image tronquée.

Il est encore difficile d’imaginer la vie quotidienne de ces populations même si les fouilles archéologiques restituent une partie de la richesse matérielle de ces civilisations.

Plus qu’une civilisation de la pierre perçue au travers des seuls mégalithes, les hommes du Néolithique ont développé une civilisation du bois. Avec pour outils la hache polie et l’herminette. Ces haches s’échangent parfois à des centaines de kilomètres.

Mégalithe : Un gros mot pour des gros cailloux

Les mégalithes sont avant tout de grosses pierres.

Le mégalithisme est un fait architectural universel.

Deux catégories de monuments :

  • Les Menhirs et pierres dressées de plus ou moins grande taille, isolées ou groupées de façon diverse, dont les fonctions restent floues si ce n’est probablement un moyen d’organiser symboliquement et spirituellement les territoires.
  • Les Dolmens, monuments funéraires abritant un nombre plus ou moins élevé de sépultures.

Pour comprendre la richesse architecturale du phénomène, il convient d’y associer les constructions funéraires préhistoriques faites en maçonnerie de pierres sèches avec un nombre limité de grandes dalles monolithiques à l’exemple de la plupart des monuments du Pays de Redon. Mégalithe ne convient pas pour qualifier ces architectures si différentes les unes des autres. Ne nous sont parvenues que des ruines. Des traces de poteaux  de bois révèlent un état initial complexe.

Le dolmen même n’est qu’un squelette décharné d’un monument plus important. La chambre funéraire structurée de gros blocs était recouverte d’une masse parfois considérable de pierres et de terre : tumulus, cairn ou tertre.

De tout temps, ces masses de recouvrement ont été de belles carrières à ciel ouvert.

La part des gros cailloux dans les monuments funéraires néolithiques est relativement faible (souvent moins de 10% de l’ensemble). Fascinés par le déplacement de ces gros blocs, on n’imagine pas l’énergie bien plus considérable encore nécessaire à l’accumulation des matériaux de recouvrement de la chambre funéraire.

Ces monuments ont été construits sur une période de 3000 ans du début du Néolithique (vers 5000 avant JC) au milieu de l’âge du Bronze (vers 1500 avant JC).

Par élimination on peut dire qu’un menhir n’est pas un moyen d’observer la course du soleil ou de la lune, l’astronomie est désormais exclue du champ de la réflexion.

Ces monuments participent d’un dialogue des hommes du Néolithique avec l’espace, le temps et la Nature. En modifiant de manière profonde l’environnement proche et créer des espaces maîtrisés, une réalité nouvelles surgit la Nature restée sauvage et incontrôlée devient étrangère et hostile. Les pierres dressées sont donc probablement un moyen d’organiser d’un point de vue symbolique ou spirituel le paysage. Elles sont les portes d’un ici maîtrisé et un ailleurs sauvage entre l’en de ça et l’au-delà.

Les Néolithiques ont « inventé » le temps.

Le calendrier, indispensable pour encadrer les chaînes opératoires complexes nécessaires aux travaux des champs nécessite des repères.

En inventant des architectures intemporelles dont la durée de vie dépasse une vie d’homme, un nouveau dialogue avec le passé et le futur s’instaure.

Les dolmens sont la preuve d’une croyance en une vie après la mort. Ces grands monuments funéraires où le groupe, le village, se retrouve régulièrement, placent le territoire et la communauté sous la protection des ancêtres.

Il est probable qu’en arrachant une pierre à la terre, en la déplaçant, parfois sur de longues distances, en la verticalisant, les hommes du Néolithique ont voulu affirmer leur domination sur la Nature.

200 ans d’archéologie : à la découverte du mégalithisme en Bretagne intérieure.

La comparaison de ces deux listes d’inventaire des mégalithes en 1886 et 1930 montre l’importance des destructions qui affectent le patrimoine mégalithique à la charnière des 19e et 20e siècles.

Si la politique de rénovation des chemins vicinaux en est la principale cause, la mode des grottes de Lourdes contribue aussi à la disparition de nombreux blocs.

Dans les années 1960, le remembrement et ses destructions marquent profondément les esprits et entraîne une prise de conscience quant à la nécessité de préserver ce patrimoine.

 

À Fleur de terre : Des rochers aux mégalithes

La Pierre est omniprésente dans la vie du Pays.

Des centaines de carrières, plus ou moins importantes, déchirent, depuis plusieurs millénaires, le sous-sol et alimentent une économie de la pierre toujours vivante.

Chaque monument mégalithique est unique. Il est le résultat d’une équation complexe où l’on trouve :

  • Une géographie (Le monument dans son paysage)
  • Une sociologie (le clan qui décide de sa construction)
  • Une géologie (matériaux disponibles localement, et plus loin)
  • Une technologie (savoir-faire propre ou extérieur)
  • Une histoire (personnalité des personnes inhumées, aléas du chantier)
  • Une pensée religieuse (cultes, rituels funéraires)
  • Des inconnues (effets de mode, succession des générations).

Qui dit mégalithe dit affleurement, dit carrière.

Présence dès cette époque de carriers, de techniciens spécialisés dans l’extraction, le déplacement et la mise en œuvre de ces blocs parfois colossaux.

Pour ces populations profondément animistes, cela implique un imaginaire qui sublime le geste technique :

  • dans le choix de la roche que l’on va dégager
  • Dans le désir d’en inverser les valeurs fondamentales.
  • Dans l’exercice mental qui anticipe le déplacement
  • Dans la transformation d’une Nature horizontale et stable en quelque-chose de définitivement vertical.

La clé du mégalithisme n’est probablement pas dans les mégalithes eux-mêmes.

L’extraction et le déplacement sont deux actes majeurs avant même le sens donné au menhir.

La signification profonde est la transformation du site initial par un prélèvement, et celle du site réceptacle.

D’où l’importance du déplacement dont le parcours n’est pas sans évoquer quelque cortège.

En osant arracher au sous-sol un bloc de rocher, l’homme du Néolithique ose toucher la terre dans sa chair même.

Par ce geste, il affirme, en maître et possesseur de la Nature, sa domination sur son environnement.

Requiem pour un menhir.

Une des idées reçues de l’archéologie est d’affirmer que l’Eglise s’est employée, dès le Moyen-âge à détruire les monuments mégalithiques, dans le cadre de la lutte contre le paganisme.

Or, les traditions populaires nous montrent que des cultes et rituels païens rendus aux pierres étaient encore bien vivaces au moins au début du 19e siècle.

En fait, nous n’avons guère de preuves de destructions idéologiques de mégalithes avant le 16e siècle.

 

Le christianisme s’est installé en zone rurale, dans un tissu complexe de lieux de culte et il a du laisser la place à des pratiques qui remontaient à une date bien antérieure à l’évangélisation. Pour imposer la religion nouvelle, l’Eglise s’est appuyée sur ces supports du paganisme plutôt que les détruire : elle installa ses croix sur ou à côté des pierres (Calvaire sur le site du Rocher à la vache, siège d’un vaste ensemble mégalithique).

Les choses changent à la fin du 16e siècle. La contre-réforme catholique conduit à un ré-encadrement spirituel sévère des populations rurales.

Une foi à soulever les pierres : les édicules chrétiens en Pays de Redon.

La relation entre Eglise et mégalithe évolue tout au long de l’Histoire. La fin du 19e siècle et le le début du 20e marquent une nouvelle étape.

On assiste à la réalisation d’édicules chrétiens à partir de la récupération de gros blocs de pierre, mégalithes ou non.

L’impact de ce prélèvement sur le patrimoine mégalithique fut probablement considérable.

Pauvres pierres ou la grande misère des mégalithes

Si l’Eglise a une part de responsabilité dans la destruction récente de monuments mégalithiques, les destructions causées par l’empierrement des chemins vicinaux au début du 20e siècle ou le remembrement après la Seconde  Guerre mondiale, sont difficilement quantifiables